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Billet de blog 20 avril 2015

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La tactique de l'insulte

En affirmant sur Canal plus que Marine Le Pen parle, en matière économique et sociale,  « comme un tract du parti communiste des années 70 », François Hollande a-t-il cherché à insulter le PCF, plus largement le Front de gauche et tous ceux qui à gauche refusent la dérive libérale ?

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En affirmant sur Canal plus que Marine Le Pen parle, en matière économique et sociale,  « comme un tract du parti communiste des années 70 », François Hollande a-t-il cherché à insulter le PCF, plus largement le Front de gauche et tous ceux qui à gauche refusent la dérive libérale ?

Certes, les anciens se rappelleront que le PCF a longtemps affiché des positions économiques nationalistes du type « Produire et acheter français », ce qui n’a rien de scandaleux en soi. On a souvent laissé entendre que le PCF avait des positions ambiguës sur l’immigration, notamment en déformant l’affaire de « la destruction au bulldozer » du foyer Sonacotra de Vitry au début des années 80. C’est oublier un peu vite le rôle actif de nombreux militants communistes (et cégétistes) aux côtés des travailleurs immigrés, dans la défense de leurs droits, dans leur protection, dans leur alphabétisation, etc. Et l’on a trop tendance, trop rapidement selon nombre d’observateurs, à voir dans le vote ouvrier lepéniste un simple transfert de voix d’anciens bastions communistes (cf. les cartes établis par le démographe Hervé Le Bras). La comparaison visant à rapprocher le FN du PCF est devenue un argument basique de la « pensée » de droite.

Alors pourquoi François Hollande s’est-il permis cette sortie méprisante ? C’est sans doute la meilleure façon qu’il ait trouvée pour signifier à la gauche du PS qu’elle n’a plus aucune illusion à se faire, si tant est qu’elle s’en fasse encore. Hollande, adepte des sondages et des enquêtes d’opinion, a parfaitement mesuré le glissement à droite de la société française et, loin de vouloir le freiner, il entend bien en profiter en 2017. Il a d’ores et déjà fait une croix sur le vote de gauche, celui du Front de gauche et celui d’une partie des écologistes, il est vrai mal en point comme l’ont montré les dernières élections. Mais cette saillie anti-communiste s’adressait surtout à l’électorat centriste affolé par la montée du FN. Un clin d’œil racoleur pour tenter (désespérément ?) de séduire le marais politique français, inquiet du retour de Sarkozy, de ses mœurs et de ses affaires. Que cela ait eu lieu sur Canal plus n’est sans doute pas indifférent.

Autre avantage aux yeux de François Hollande : quitte à se faire traiter de lepénistes, certains électeurs populaires tentés par le vote FN pourront le faire sans trop d’états d’âme, et assécher un peu plus la gauche antilibérale. Hollande, comme Mitterrand avant lui, a tout intérêt à voir monter le FN avant la présidentielle, quitte à prendre un risque irresponsable.

Le récent livre de François Bazin, Les ombres d’un président*, fait une très intéressante comparaison entre François Hollande et le cartel des gauches de 1920. Pour résumer un peu vite, Hollande solde le cycle mitterrandien marqué par la contradiction voulue entre un discours gauchisant et une soumission au marché, en revendiquant de plus en plus ouvertement une posture plus conforme à la doctrine sociale-libérale des autres PS européens.

Il est clair qu’à part cette phrase remarquée, Hollande n’a pas dit grand chose lors de cette longue et complaisante émission spéciale. Le président a juste acté la stratégie de droitisation du PS, à quelques semaines du congrès socialiste de Poitiers, au lendemain d’une loi liberticide et après la nomination emblématique de son conseiller Macron à Bercy. À se demander s’il ne serait pas préférable, dans cette optique, de lui préférer l’original, un certain Valls Manuel…

*Les ombres d’un président, François Bazin (Plon actualité, 14,90 €). Il est rare que je fasse la promotion des livres de journalistes, mais celui-ci, rapide à lire, mérite l’attention. La comparaison que l’auteur fait entre Hollande et les radicaux, voire les « socialistes opportunistes » de la fin du XIXe siècle (rien de péjoratif dans ce terme historique), est éclairante.

À lire aussi sur mon blog <etatsetempiresdelalune.blogspot.fr>

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