SM

Brice Hortefeux, dont le sens de l’humour n’est plus à démontrer depuis sa fameuse boutade auvergnate, est-il un con ? Il trône au milieu du « mur des cons » du Syndicat de la Magistrature, avec d’autres amis qui s’offusquent, à juste titre, de se voir affublés d’un terme disgracieux qu’on croyait plutôt réservé aux pauvres, comme l’a si bien rappelé le très spirituel Nicolas Sarkozy un beau jour de 2008.

Soyons justes, l’ancien ministre de l’Identité nationale ne saurait être uniquement réduit à ce qualificatif brutal. Et de peu d’esprit. Car le vrai scandale de cette affaire de basse-cour de justice tient surtout dans l’indigence dont ont fait preuve nos pauvres magistrats. En se rappelant Edmond Rostand, on brûle de leur dire :

-Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en somme...Mais jeter au nez d’Hortefeux ces trois seules lettres, c’est rester au pied du mur.

J’entends bien qu’on se plaint de ce qui peut apparaître comme une opinion partiale de la part de ces magistrats syndiqués, et redouter en l’espèce une absence d’indépendance d’esprit. C’est légitime, surtout lorsque l’on craint, à bon droit peut-être, de se retrouver dans le bureau de tel ou tel de ces grossiers personnages. Mais je crains plus encore de devoir mépriser demain leurs verdicts quand je sais qu’à la fin de l’envoi, pour reprendre à nouveau le bon Cyrano, ils touchent si mal et si peu.

M. Hortefeux est sans doute digne de bien des avanies et l’expression de la vérité, en ce qui le concerne, peut nous faire redouter de sortir des limites de la bienséance. Pour ce qui est de ces magistrats à mortier (à truelle serait plus juste), au risque de manquer à la présomption d’innocence, la recherche de la vérité nous oblige – la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ! – à les condamner avec la plus grande fermeté et surtout, pour une fois, avec équité : les pauv’ cons, aujourd’hui, ce sont eux.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.