La poésie : Eric Dubois.

Ai-je tout dit ? La rivière asséchée au bout du monde ? Les larmes faciles de l'amour ? La chute de l'arbre dans la forêt salie ?

Selfie. Eric Dubois. 10/12/2020 Selfie. Eric Dubois. 10/12/2020
Ai-je tout dit ?

La rivière asséchée

au bout du monde ?

Les larmes faciles

de l'amour ?

La chute de l'arbre

dans la forêt salie ?

Les escarres et les

barres ?

Tous les jouets

des caprices ?

La mort de l'enfant

et la vie mortifiée ?

Le néant qui absorbe

le monde ?

Le crédit qu'on accorde

à l'argent ?

***

Que disent nos mots

de tous les jours ?

Que disent les paupières

Éventails de lumière ?

Que disent les absences

et les romances infinies?

Que disent les mains

Perruches du matin ?

Que disent les présents

redoutés et redoutables?

Rien d'autre que le cri

de la mariée et le sable

accumulé des siècles.

***

Dans le matin

je cherche ta main

je ne trouve que le vide

que tu as laissé

au creux du lit

mon regard s'attache

au vase rempli de roses

à la continuité des choses

à quelque chose

qui ressemble à la vie

aux remords aux regrets

à la source étonnée

***

Du souffle

des mots

et de la

respiration

de la chair

jaillissent

toujours

l'écume

et le rêve

***

Fragile descente

de l'aube

des lumières éclatées

comme autant

de pulsars inquiets

Sommeil du géant

aux bras de couleuvres

Le jour bleuit

dans les rideaux

du soleil

***

Tout est silence

comme modelé

par des mains

invisibles

Nos mots glissent

entre les pages

des livres

Ciselée par la nuit

la lune lumineuse

est comme un croissant

fertile

***

Lumière du monde atteinte par l'indicible, je te poursuis toujours en chasseur de papillon.

***

Nommer le tout par le vide qu'il contient ?

***

L'été est une simple caresse

sur la nuque

Tandis que la nuit glisse

au coin des rues

***

Tout est dans la continuité des mots, rompu parfois par des silences éloquents.

***

Toutes les ombres s'agitent. Le chant le plus grave a une voix de métal. Le soleil est transitoire entre les rives.

***

L'abîme est proche
je sens sa langue
sur mes yeux

***

Je sais que la nuit va et vient

dans les orbes du monde

que mon amour n'est plus

qu'un rêve à demi éveillé

fait dans l'urgence de vivre

Je sais que je cherche l'être

qui me dira que je suis beau

malgré les années et les tempêtes

que j'ai encore le charme

d'un jeune homme

***

L'eau descend

dans la vallée

des larmes

amour

L'eau glisse

entre les peupliers

tristes de l'été

amour

L'eau remonte

le temps

dans l'oubli

de l'amour

L'eau

pénètre les yeux

sans armes

amour

***

Et la nuit

dans la

corrosion

des îles

cherche

l'écume

des valises

l'ivresse

tangente

des voyages

Août 2021

ERIC DUBOIS 

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