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Billet de blog 1 nov. 2015

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Joffrin, Hufnagel, où en êtes-vous dans vos bidouillages ?

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Libé naguère possédait un espace web des plus vivants. Certes gangrené par une modération partisane, noyautée par les trolls FdG, mais on s’en accommodait, un minimum d’expérience permettait de louvoyer entre les écueils, d’éviter les récifs, les requins, les bestioles insanes, finalement on rigolait.

Le journal s’est engagé dans un fatras de réformes, sous lesquelles on sent poindre le manque d’argent, l’absence d’audace, et pas mal de velléités contradictoires.

Laurent Joffrin, l’un des deux nouveaux pontes de Libé, pitié, on connaissait, on s’est délecté de sa prestation, en ce début juillet 2014, salle du hublot, à Libé (http://videos.lexpress.fr/actualite/medias/video-laurent-joffrin-a-liberation-extraits-du-grand-oral_1555949.html), arborant l’uniforme germanopratin, costard anthracite, chemise blanche, ouverte, pas de cravate, mais chemise immaculée, évidemment, l’incandescence se situe dans la barbiche, dont l’aspect négligé est travaillé avec soin. Il paraissait un peu mal à l’aise, tendu, il présentait son projet, devant un parterre de vieux routiers impavides et sans illusions, travaillés par les syndicats, ils avaient lu Le Monde, ou Mediapart, ils mesuraient l’exacte température, l’étendue du désastre, les sombres perspectives. Joffrin gardait constamment la main droite dans la poche de son pantalon (stress ? tremblote ? tu suais, mon salaud !), relisait ses notes sur la table, ce qui lui permettait de ne pas affronter les regards, le malheureux tentait de percer l’algorithme philosophal qui permet de rester socialiste, fidèle à ses convictions, tout en étant l’homme des actionnaires, et le père d’un plan social.

Johan Hufnagel, l’homme du web, Huf pour les intimes, je ne le connais pas. Térérama nous renseigne (http://www.telerama.fr/medias/johan-hufnagel-et-laurent-joffrin-ils-vont-diriger-libe-ensemble-mais-tout-les-oppose,114547.php), mais je contemple son œuvre. C’est plutôt nul. Je suis aimable. C’est nullissime.

Il n’y a plus aucune convivialité sur le site de Libé, les libénautes sont atomisés -c’est selon toute vraisemblance le but recherché-, la censure opère à tous les étages, avec cette particularité qu’il est souvent possible de lire des textes racistes ou fascisants.

Prenons mon cas personnel que forcément je connais mieux, Marcela Iacub a publié sa chronique ce week-end (http://www.liberation.fr/chroniques/2015/10/30/mensonge-et-sacrifice-du-couple_1410098). On peut se gausser de cette socialiste qui semble plus à même de draguer la frange des lecteurs de Play Boy qui se piquent d’intellectualité, plutôt que de nous expliquer comment on passe de DSK à François Hollande comme on change de boulanger. Il se fait que je suis lecteur de Play Boy, et donc un prospect potentiel. J’ai commenté Marcela, également répondu à Libertango, l’unique libénaute acceptée (je glisse mon texte au bas de ce billet afin que chacun puisse se faire une idée). Censure ridicule et sans objet, plusieurs fois. Censure contreproductive, puisque Libé est censé vivre de débats, les animer, les étayer.

Si l’on ajoute que le site est particulièrement peu réactif, qu’il est difficilement consultable sur une tablette, qu’il n’y a guère de couleurs, que tous les avatars sont anonymes, on se dit que des lendemains difficiles sont à redouter, et que la bonté de Patrick Drahi, le nouvel actionnaire de référence, sera à nouveau sollicitée incessamment sous peu. Or comme il paraît que le monsieur serait un financier, et que les financiers, ça calcule, va falloir que Joffrin se déguise en mendiant, qu’il sache où placer ses mains, et qu’il se fasse aider pour un business plan plus crédible.

Mes posts chez Marcela :

" Pourrions-nous bâtir une société dont la structure de base ne soit pas formée par le couple, mais plutôt par le phalanstère ou le mariage de groupe, plus respectueux de l’individu et le liant à plus de monde ? "

Glups ! J'ai quelque angoisse. C'est que je pense que dans le phalanstère fourriériste, l'individu n'est pas la finalité, c'est son bonheur qui l'est, et son bonheur, l'autorité -qui sait tout et que l'on doit aimer- est prête à bien des sacrifices pour le lui offrir, quitte à user d'un peu de contrainte, des sanctions justes et équilibrées. 

Pour son bien, ça va de soi.

Réponse à Libertango :

Dans Madame Bovary, ou Belle de jour, parlons cinéma, l'héroïne ressent le sacrifice d'elle-même comme un malheur tragique et sans objet. Elle se réalise ailleurs, soit en pensée, soit ailleurs vraiment.

Reste à savoir s'il ne s'agit pas des fantasmes masculins de Flaubert ou Buñuel, qui auraient pu s'imaginer en cet ailleurs.

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