Vous reprendrez bien un peu de bassesse ?

Mon pauvre François, comment es-tu tombé si bas ?

Tu es couché, mon salaud, silence de la nuit, il est tard, Molenbeek dort, baise ou trafique, derrière toi, un grand oreiller, une lampe pleine de rotules et de ferronneries, devant, tes mains, exfiltrées de la touffeur boxonale, immobiles, en lévitation, dans la froidure, et au milieu, en leur sein, un bouquin, éclairé par le faisceau jaune de la calbombe, du Greggio, Simonetta, une Italienne insupportable qui nous farcit de récits abjects, ceux que tu préfères, tu te complais dans le malsain, c’est ta mère qui te l’a dit, une sainte femme, tu avais 7 ans, bien vu, la vieille !

Dolce Vita, page 247, tu ne devrais pas lire des choses pareilles, ça te perturbe le cerveau, ça te refile des idées bizarres, des croyances qui compromettent ton vote PS au second tour, tu arrives à Vincenzo Vinciguerra. Ce mec, membre d’Ordine Nero, Ordre Noir, est un des participants au massacre de la fiat 500 « Il 31 maggio 1972, a Peteano una Fiat 500 abbandonata con due fori di proiettili, esplose provocando la morte dei carabinieri Donato Poveromo, di 33 anni, Franco Bongiovanni, di 23 anni, Antonio Ferraro, di 31 anni » (Le 31 mai 1972, à Peteano, une Fiat 500 abandonnée avec deux impacts de balles, explose, provoquant la mort des carabiniers…).

Dans le livre, Simonetta Greggio nous parle d’un autre attentat, celui de la piazza Fontanella, décembre 1969, dans une banque, une bombe, seize morts, des blessés, le lendemain quatre mille arrestations, des anarchistes, des syndiqués, un danseur, pas de fascistes, ce n’est pas eux, forcément, les fascistes respectent l’ordre établi, elle cite Vinciguerra : « La Stratégie de la Tension cherchait à déstabiliser le peuple pour stabiliser l’ordre politique, justifiant ainsi l’intervention répressive, une répression accueillie avec soulagement par les gens. Parce que c’est ça que les gens veulent : vivre en paix. »

Soudain, mille loupiotes s’allument dans ton regard. Bien sûr Hollande n’a pas organisé lui-même les attentats, le Bataclan, les tueries, faut pas déconner, néanmoins, dans les jours qui suivent, deux mille perquisitions, des assignations à résidence, des manifestants écolos arrêtés, parqués à plusieurs dans des cellules étroites, transférés, menottés, tu as lu les témoignages dans Mediapart, vu les photos.

Or vient maintenant frapper à la porte de ton besoin de sécurité ce que, d’après le fasciste, tu devrais accueillir avec soulagement, plus de répression, et cette perspective nouvelle, une écume effervescente dans le cocktail : déchoir de leur nationalité les bi-nationaux. Bref, créer une sous-catégorie de Français, ceux qui ont une sorte de carte à points, un crachat par terre, deux points de moins, manque de respect envers un flic, ton compte est bon, troisième fois, c’est out, terrorisme, vingt ans de taule, puis tu repars chez toi.

Ce n’est pas Marine Le Pen qui décide cela. Ni le Nicolas Sarkozy inspiré par Patrick Buisson. C’est l’Elysée. En arrière-fond, la photo de François Mitterrand, celui qui a aboli la peine de mort. Là, tu te dis que quelque chose dérape…

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