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Billet de blog 29 nov. 2015

Pas ce soir, Chérie, je lis Libé

Libé, c'est parfois du n'importe quoi, de fausses querelles qui servent à masquer la vacuité d'un engagement prétendument de gauche.

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Dix heures, la nuit efface le contour des meubles, elle enveloppe ton lit, éloigne les murs, tu baignes au centre d’une bulle de lumière chaude, dorée, tu te penches sur ton journal, tu veux comprendre ce passionnant débat, la réfutation, magistrale et définitive, de Michel Onfray, par Laurent Joffrin, cet homme de bien, ce progressiste, qui préside aux destinées de Libération.

Dans le couloir, la voix de Gainsbourg s’élève, puis celle de Jane, contrepoint, 69 année érotique, un pied apparaît dans l’entrebâillement de la porte, il bouge lentement, tu remarques les ongles rouges derrière la fine résille des bas noirs. C’est Aïcha. Fille sublime, merveilleuse. Syrienne, chrétienne. Père égorgé, mère assassinée, sœur emmenée. Elle s’était échouée, fleur brisée, au parc Maximilien, comme tant d’autres, à Bruxelles, dans ta ville, entre Molenbeek, ses zones de non-droit, ses bandes rivales, ses trafics, ses islamistes, et la gare du nord, ses trains, ses bordels, ses bandes rivales, ses trafics, ses Albanais. Tu l’as vue par hasard, vous vous êtes compris tout de suite, vous avez fait l’amour dès que ce fut possible, c’est-à-dire une fois la porte refermée.

Maintenant, elle danse devant le lit, se dandine au son de la chanson, adopte des poses provocantes, t’offre la cambrure de ses reins, les seins en avant. Elle porte un peignoir blanc, en tissu-éponge, qui souligne le noir de ses cheveux, longs, soyeux, le noisette de ses yeux, ils brillent, la couleur mate de sa peau, ses lèvres rubis, elle enlève le peignoir, découvre ses jambes infinies, tu observes la lingerie transparente, tu ne vois que cela, elle défait les agrafes de son porte-jarretelles, tu te replonges dans Libé, il le faut. Et Gainsbourg,

Une nuit que j'étais

A me morfondre

Dans quelque pub anglais

Du coeur de Londres

Parcourant l'Amour Mons-

Tre de Pauwels

Me vint une vision

Bonheur, Luc Le Vaillant, journaliste à Libé, a rédigé un papier récapitulatif, pour expliquer, résumer, il présente Joffrin en ces termes, ceux d’un match : « applaudissez Laurent Joffrin, directeur de Libération, social-démocrate rationnel et cartésien, progressiste et pragmatique. » Tu lis cela, tu n’en crois pas tes yeux, tu rigoles, tu te souviens d’un article de Télérama, cruel, ne resteraient à Libé que ceux qui n’ont rien trouvé ailleurs, tu songes aux rituels de soumission dans les tribus de chimpanzés, les singes qui se tournent devant le mâle dominant, ce dernier qui esquisse un geste de sodomie, tu te dis qu’à Libé, ce n’est finalement guère plus complexe. Aïcha ôte son soutien-gorge, tu reluques ses seins magnifiques, tu bandes, oui, non, tu es au seuil. Poursuivre !

Tu t’attaques au vif de cette réfutation, Laurent Joffrin himself. Il y a du jésuite chez cet homme, cela sent le Concile de Trente, la réfutation des thèses de Luther. Oh, le procédé paraît honnête, élégant. Joffrin te restitue la parole infâme, puisée au cœur même de l’abjection, le Figaro, la résume brièvement, l’air de rien, en réalité la biaise, Aïcha est entièrement nue, tu respire son parfum délicieux, cette fois tu bandes, tu reviens à Joffrin, il fait dire à Onfray ce qu’il ne dit pas, le caricature, et réfute ensuite la caricature. Sophisme de socialiste. Non que tu sois d’accord avec Onfray, c’est une sorte de BHL, elle se couche à côté de toi, et chaque époque a le BHL qu’elle mérite, nous étions fin de siècle, nous sommes fin d’empire, elle lit un bouquin, tu touches le bout de ses seins, ils se dardent, c’est une bande dessinée, non, un livre illustré, Milo Manara, L’art de la fessée. Et t’en n’as pas fini avec Joffrin. C’est une sorte de curé. A chaque époque sa chaire de vérité. Des demi-vérités, des demi-mensonges.

Tu vas et tu viens

Entre mes reins

Et je

Te re-

Joins…

Au diable Joffrin ! Tu te jettes sur elle, t’enfonces dans la chaleur des étoiles, la moiteur, la touffeur, tu ne penses plus à rien, dis n’importe quoi, tu lui dis que tu l’aimes, que demain t’iras chercher des croissants, tu t’oublies, te perds, tu es dans un autre monde. Et elle aussi, elle oublie.

Inch Allah !

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