COACHING OU ACCOMPAGNEMENT ET LE TIERS EXCLU

« Coaching et accompagnement » appellent aux questionnements et interrogent sur les enjeux de l’un et l’autre. Premier pas vers " ce qu'accompagner veut dire"...(à suivre) avec des auteur(e)s faisant référence en la matière : Martine Beauvais, Christine Charpentier et Maéva Duchène, Mireille Cifali, Maela Paul, Frédérique Lerbet-Sereni, Jean-Pierre Boutinet, Michel Fabre, Michel Vial....

Le coaching serait-il l’outil de la performance au risque de révéler une certaine fragilité humaine, là où l’accompagnement serait à la recherche d’une « conscience de soi » qui ne serait pas une « connaissance de soi ».
Le fondement éthique serait basé sur un « doute » ou un « paradoxe » ? Comment alors donner du sens : la pensée complexe de la « réalisation de soi » serait-elle liée à l’adaptation au système, norme ou société…et que cette performance ne serait pas sans souffrance ?
Le coaching ou l'accompagnement se distingue t’il de la thérapie !?

Prenons alors le biais de la fiction pour y réfléchir. Je vous suggère la lecture du livre de Richard YATES, « La fenêtre panoramique » adapté au cinéma sous le titre « Les noces rebelles » par Sam MENDES. L’histoire se déroule dans les années cinquante au Etats-Unis et tourne autour d’un couple modèle qui s’efforce de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu’ils ont fait construire dans la banlieue New-yorkaise : « l’American way of life. Mais ils sont persuadés qu’ils sont différents de tous ces petit-bourgeois au milieu desquels ils vivent, certains qu’un jour leur vie changera… Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions qu’ils espéraient. Lui, englué dans un emploi qu’il déteste, malgré une belle promotion ; elle, femme au foyer avec deux enfants à charge, obligée de faire une croix sur sa carrière de comédienne… Le couple commence alors à ce dégrader devant cette vie déjà toute tracée…jusqu’à ce que le drame éclate.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves, il faut du courage pour vivre la vie que l’on souhaite réellement. Comment aurions-nous pu les accompagner, les coachés dans leurs projets avortés ? Doit-on distinguer ce qui relève du professionnel et du personnel ? Quel sens donner à leur situation complexe où ils se débattent dans le "réel", chacun dans leur « névrose » !?

« Comment alors donné du sens : la pensée complexe de la « réalisation de soi » serait-elle liée à l’adaptation au système, normes ou société…et que cette performance ne serait pas sans souffrances ? ».
Pour illustrer cette problématique, je ferai appel au sociologue Alain EHRENBERG qui nous explique le déplacement dans notre société contemporaine des « névroses » vers « l’état dépressif » :
- La névrose s’attaquerait qu’à l’individu divisé par ses conflits intérieurs ne sachant que choisir entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ; Elle serait donc le reflet de la culpabilité : une maladie du sujet.
- La dépression, quant à elle, montre les limites de l’homme qui vivrait une tragédie interne se sentant insuffisant : elle serait le symptôme de fatigue d’entreprendre et le découragement à devenir seulement soi-même.
(...)
Le point clé de cette affaire serait la montée de « l’autonomie », à la fois comme une aspiration à une liberté accrue, mais en même temps comme norme, comme une contrainte. Nous somme aujourd’hui dans une société qui s’est déplacée de l’obéissance et la discipline vers une société de l’action et de l’autonomie individuelle : devenir entrepreneur de sa vie, ce qui implique une capacité réflexive pour interpréter des normes plurielles en changements constants, avec toute la précarité que cela entraîne et qui valorise en fin de chaîne la « responsabilité de soi ». Normalité et conformité étaient équivalents, mais là il y a éclatement de la notion : tout le monde pourra être normal, quel que soit sa différence. L’important c’est de pouvoir l’exprimer, de pouvoir l’assumer, d’y faire face.
(...)
Désormais on ne peut plus répondre à la question « que faire ? » sans se poser en même temps la question « qui suis-je ? ». Ce qui se produit là dans ce débat entre névrose et dépression, c’est une indétermination quant à l’identité de soi, précisément parce qu’il n’est pas un sujet qui est pris dans une sorte d’antériorité et extériorité à la loi qui le soumet. Alors que le « soi » est plutôt un rapport à l’identité qui se construit dans un rapport à l’avenir dont il porte en lui seul le poids. S’affranchir crée des conflits névrotiques / être affranchi génère un vide dépressif. Ce qui est en jeu est la « passion » d’être soi et la difficulté à l’être…devant le message valorisé par notre société de partir à la double conquête de la réussite sociale et de son identité personnelle : réussir socialement en devenant soi-même est bien là le message de la performance qu’appelle le coaching au contraire du « counseling existentiel» dont le rôle est de faire émerger la « personne » pour qu’elle s’appuie sur elle-même pour inventer sa vie, lui donner du sens et agir.

Reste à savoir où passe la frontière entre souffrance normale ou pathologique ? Qu’est-ce que c’est que la normalité ? Qu’est-ce que c’est d’être soi-même ? A partir de quelles limites ne l’est-on plus ?

Il faut savoir laisser la discussion nous échapper…!
Avant d’être psychiatre, thérapeute ou coach, il y a un homme ou une femme ; qu’elle idée nous faisons-nous de l’humanité : « chacun rêve de changer l’humanité, mais personne ne pense à se changer soi-même. » (L.Tolstoi)
Du « pourquoi ? » de la psychanalyse au « comment ? » des thérapies cognitives et du coaching/accompagnement, la question est bien d’abord « pour quoi ? », c’est-à-dire donner du sens ! Aucun (je l’espère) ne propose la quête du bonheur, ni de prétendre aider quelqu’un à l’atteindre, mais de mieux vivre et de redonner l’envie d’agir. Changer, c’est aussi penser, voir et agir autrement… Mais entre « besoins », « être de désirs » et « désir d’être » les possibles vont de l’adaptation à la situation à l’invention de soi.
Nous devons aussi rester ouvert à l’interdisciplinarité (philosophie, sociologie, psycho-sociologie, psychopathologie…) et comprendre les processus de socialisation, individuation et émancipation…
Au final c’est bien une question « d’engagement » entre l’accompagnent/accompagné ; d’où la nécessité d’être bien informé pour permettre une liberté de choix (éclairé).

(Référence : Fatigue, énergie, dépression dans les sociétés démocratiques Alain Ehrenberg  sociologue, CNRS)

 

"En...quête de soi" : Qui êtes-vous pour ne pas l'être ?

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Reste à savoir ce qu'accompagner veut dire... (à suivre)

« désir d’être ou l’existence comme itinéraire de sens : comment rester actif aujourd’hui ? » Assumer la "ligne de fuite" de mes projets professionnels comme partage d'une expérience jamais achevée...

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