Ambiguïté de la notion de représentation

  1. Les ambiguïtés de la notion de représentation.

 

            La notion de représentation politique n’est en réalité pas bien claire et on a même tort d’opposer purement et simplement la démocratie autogestionnaire à la démocratie représentative. En effet, dans toute pratique autogestionnaire, il est question de mandats, c’est-à-dire d’une forme de représentation.

            Parler dans une assemblée à la place d’autres individus qui ne sont pas présents n’est en effet pas neutre, et induit bien une forme de délégation de pouvoir. Bien sûr, dans la tradition libertaire, on arguera du fait que ce mandat doit être à la fois strictement contrôlé et révocable. Pourtant, parler « au nom de », c’est bien objectivement faire quelque chose que les autres ne feront pas, soit parce qu’ils ne le peuvent pas, soit même parce qu’ils ne le veulent pas. De ce point de vue, dans le mouvement des gilets jaunes existe une bien curieuse querelle sur la notion de porte-parole. S’il s’agit simplement de refuser qu’une personne prenne des décisions en son seul nom, cela peut bien sûr se comprendre. Mais, s’il s’agit de refuser que des individus expriment, par exemple dans un media, ce que d’autres peuvent dire ou penser, c’est plus problématique. Car, en un sens, on a besoin de porte-paroles.

            Il faut donc en ce domaine éviter une forme de purisme qui conduit à une impasse. L’idéal autogestionnaire, c’est que tout le monde fasse tout de manière parfaitement horizontale, sans aucune prise de pouvoir. Mais n’est-ce pas une illusion qui risque de se retourner en son contraire ? En effet, qui a le temps, la disponibilité, pour tout faire tout le temps ? Il faut accepter que justement, les travailleurs les plus exploités, les femmes au foyer débordées par les tâches domestiques, ne peuvent pas rentrer dans ce cadre. L’idéal autogestionnaire risque fort alors de se retourner en son contraire, ne laissant la possibilité de le pratiquer qu’à ceux qui disposent du temps et du luxe de se consacrer entièrement à la lutte.

            Sous cet angle, on ferait mieux peut-être de s’intéresser aux modes de représentation que l’on souhaite promouvoir. Car il existe effectivement un danger dans l’idée de représentation, qui consiste à croire que le représentant, dans une sorte de posture de transcendance, voit mieux que les autres ce qui est de l’ordre de l’intérêt général, alors que ceux-ci sont enfermés dans leurs intérêts particuliers. C’est sans doute cette illusion qu’il faut combattre absolument, d’autant plus que le représentant a bien un intérêt particulier à défendre, c’est sa posture de représentant.

            Il faut alors revenir au sens premier de la notion de représentation, qui signifie simplement le redoublement d’une présence ; être présent pour l’absent. Il faut tenir bon sur cette définition, qui n’implique aucune position de transcendance ou de hauteur de vue par rapport à la personne qui est représentée.

            Toutefois, à ce stade, on ne peut éviter une discussion sur le pouvoir de la parole. Certains parlent mieux que d’autres, expriment mieux que d’autres ce que ceux-ci pensent profondément eux-mêmes. Or cela est bien de l’ordre d’un pouvoir. C’est là qu’une distinction simple s’impose, même si elle n’est pas très nouvelle. Il faut dissocier radicalement le fait de prendre la parole de la prise de décision. Le porte-parole ne doit pas avoir d’autre pouvoir que celui de…prendre la parole !

            De ce point de vue, on peut parfaitement concilier la démocratie de l’assemblée générale avec la fonction de porte-parole.

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