l'ag éducation de Montpellier

Nos assemblées générales ont eu une qualité rare : l’absence de conflit, ce qui ne signifie pas l’absence de divergences. Cela ne s’explique pas simplement par le caractère sympathique des individus en présence ! Il faut en effet aller chercher plus loin dans l’explication. Même la longueur parfois importante des ag n’a pas produit de lassitude, ce qui aurait été pourtant bien compréhensible. Alors, à quoi est-ce dû ?

            Il me semble que deux éléments importants sont à prendre en compte.

            Le premier vient du fait que les positions n’étaient pas nécessairement a priori figées, ce qui est malheureusement souvent le cas lorsque des courants constitués a priori ne font que polémiquer sans que les lignes bougent. Il m’est par exemple souvent arrivé de ne pas avoir le même point de vue après l’ag qu’avant. Par exemple, je me souviens d’une ag où il me semblait que l’objectif de désorganisation partielle du baccalauréat était un objectif déjà fort ambitieux. Quelle n’a pas été ma surprise en prenant conscience que ma position apparaissait à la plupart comme un discours bien trop modeste, laissant de côté notre volonté commune de mettre fin aux réformes Blanquer. J’ai rarement été ainsi débordé par la gauche, ayant fait souvent l’amère expérience opposée d’une radicalité finalement minoritaire. Une des conditions pour qu’une ag ne tourne pas à vide et ne finisse pas par devenir la propriété des professionnels de l’exercice, c’est que personne ne soit a priori certain de la position qu’il a à défendre. On me dira sans doute que c’est là un objectif illusoire, mais c’est pourtant bien l’expérience concrète que j’ai pu constater. Si on vient à une ag uniquement pour faire gagner une ligne politique figée, l’ag perd au fond son caractère démocratique.

            De ce point de vue, la démocratie ne se réduit pas à l’affrontement de discours préconstitués, sur lesquels on tranchera par la loi de la majorité. En d’autres termes, l’ag se doit d’être formatrice, non seulement parce qu’elle permet de mettre en forme ce que l’on pense, mais parce qu’elle peut produire du doute et des changements de points de vue.

            Le second élément est lié à l’urgence de l’action. Tant que l’on est pris dans l’urgence de devoir décider de l’attitude à prendre pour le lendemain (par exemple rendre ou non les copies), on évite les grandes polémiques stériles et abstraites. Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il n’y a pas de réflexion dans l’ag, mais que les réflexions doivent conduire à tenir une ligne de conduite cohérente dans l’immédiat. Du coup, on ne peut pas s’appuyer sur des idéologies prédéfinies qui dicteraient la ligne juste. En effet, qui pouvait a priori savoir quel serait le moment opportun pour rendre les copies ? C’est chaque jour que la question venait à se poser, sans qu’aucune évidence ne s’impose a priori. Et la décision finale de l’ag ne permet pas non plus de supprimer le doute lié à toute forme de stratégie. Si le 8 juillet a été un succès (date de la remise des copies), personne n’en avait a priori la certitude. Nous sentions simplement pendant le week-end précédent le 8 que quelque chose prenait, mais nous en avons été les premiers surpris. En tout cas, même s’il n’a jamais été question de ne pas rendre du tout les copies, le fait de les rendre le plus tard possible a été un facteur décisif pour la réussite de cette journée.

            Il fallait en effet transformer la fin provisoire d’une lutte en un succès, ce qui peut sembler paradoxal au premier abord. Cela nécessite également une réflexion a posteriori. Les copies étaient en quelque sorte notre arme, et nous savions que nous allions à un moment donné rendre les armes. Il fallait donc relever une forme de défi : rendre les armes victorieusement ! Il est vrai que la bêtise du ministre nous a bien aidé, car elle nous a rendu un immense service en nous donnant le réel pouvoir de bidonner le bac, ce qui n’aurait pas été le cas s’il avait décidé de repousser la date des résultats. Nous avons donc pu exploiter les erreurs de l’adversaire et rendre les copies après les résultats ! C’est cela qui a constitué le point décisif.

On peut de tout cela tirer quelques leçons provisoires. En effet, toute forme de lutte nécessite une forme de patience, non seulement parce que les moments de solitude peuvent être longs, mais parce qu’il faut parfois du temps pour que l’adversaire commette enfin un faux pas. D’autre part, le rôle de l’ag est décisif, dans la mesure où il constitue une véritable école de formation dans la lutte.

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