petite réflexion

            On ne sort pas indemne de plusieurs mois de lutte, et pourtant j’ai mis du temps à y entrer (fin mars à peu près). Par contre, une fois pris par la lutte, elle a rythmé l’ensemble de mon existence jusqu’au 8 juillet. Cela pose justement des problèmes de rythme et de temporalité. On ne peut pas être tout le temps dans la même intensité, à moins de pouvoir écarter de soi tout ce qui constitue une vie (les enfants, les rencontres amoureuses, la vie pratique quotidienne etc.). Bref, à moins de pouvoir compter sur des « esclaves », on ne peut consacrer toute sa vie en continu au loisir de la politique (cf Aristote).

            Il faut donc savoir se conserver, car la lutte nécessite de la patience. Il ne suffit pas de quelques coups d’éclat pour constituer une authentique activité politique. C’est en un sens le problème de l’activisme : aller à toutes les réunions, être de toutes les luttes etc. Il va bien falloir inventer une figure du militant différente, capable de se battre sans sacrifier le reste de son existence. Bien sûr, des choix s’imposent et il ne s’agit pas de dire que l’activité militante ne doit rien coûter. Mais elle doit s’inscrire dans la durée et cela impose une discipline particulière, d’autant plus qu’il y a toujours de longues périodes pendant lesquelles le mouvement social est absent. Si l’après 8 juillet m’a semblé si vide au point que je craque psychologiquement, il y a bien un problème. En un sens, je me sentais alors devenu incapable de faire autre chose que de l’action militante. Les vacances semblaient vaines, voire même une tâche insurmontable quant à leur organisation.

            Tout cela pour dire quoi ? On ne milite pas pour combler un vide, sans quoi cela ne tient pas. Il faut au contraire presque militer par excès, au sens où cette nécessité s’impose, tout en sachant que l’on est capable de remplir sa vie par autre chose. Bref, il y a là une articulation un peu fine, puisqu’il ne s’agit pas de voir le militantisme comme un luxe contingent, mais il ne s’agit pas non plus d’y voir le moyen de remplir une existence par ailleurs vaine.

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