autogestion?


L'autogestion risque fort de nous conduire à une nouvelle forme d'aristocratisme. En effet, qui a le temps et les ressources culturelles pour discuter continuellement en assemblée générale de tout, du détail de la formulation d'un tract au montant que nous allons attribuer à la participation au prochain bus pour la manif? De nombreuses femmes précarisées, mères isolées, sont dans l'impossibilité matérielle de faire cela. Ce qui conduit en fait l'autogestion à autosélectionner l'homme blanc, sans tâche ménagère, qui seul dispose de la possibilité de discuter tard dans la soirée de la manière dont on va organiser les prochaines modalités de vote ou le contenu du prochain ordre du jour. Les gilets jaunes devraient se méfier de cette dérive, qui risque d'écarter de leur mouvement les premières et les premiers concernés, notamment ces jeunes des cités dont on regrette l'absence dans les manifestations. La démocratie directe risque de nous conduire à une oligarchie mouvementiste, se retournant contre ses propres principes fondateurs. Nous avions déjà cela dans l'altermondialisme, et plus récemment dans nuit debout. De ce point de vue, il est temps de réfléchir au mode de représentation qui nous éloignera le moins de la démocratie, et qui permettra par exemple à la mère de famille, travailleuse à temps partiel éclaté, courant de tâches en tâches, de réellement faire de la politique. Sans quoi nous risquons de l'attendre longtemps à l'heure du rendez-vous de la 50e ag destinée à se demander comment on va organiser la commission destinée à organiser la commission pour la création de nouvelles commissions!
Eric Hassenteufel

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