La fonction de l'assemblée générale.

L'assemblée générale est souvent considérée comme la garante de la démocratie, notamment dans certains mouvements sociaux. Qu'en est-il?

Rien de tel qu'une assemblée générale pour décider démocratiquement de l'orientation d'un mouvement social. On fait une ag, on discute et on vote. Mais cela suffit-il? Bien sûr, on pensera à un certain nombre de garanties : égalité du temps de parole, parité, participants mandatés par d'autres camarades absents etc.  

Pourtant, la pratique montre que ce n'est pas si simple. En particulier, on constate, sans parler d'éventuelles manipulations, que les assemblées générales finissent souvent par s'enfermer dans une sorte de formalisme démocratique, et en viennent à oublier le contenu véritable de la discussion politique. Par exemple, on polémiquera sur les modalités de vote, on tentera vainement l'écriture collective d'un tract qui finit par ne plus ressembler à son intention initiale, ou encore on s'enfermera dans les questions d'organisation pratique, qui rendront apparemment inutile le vote sur le projet syndical ou politique. De plus, il faut reconnaître que bien souvent, les questions de fond n'apparaissent que masquées et implicitement, sans que personne n'ose les formuler ouvertement, de peur de perdre sa crédibilité face à l'ag. Par exemple, la discussion sur le lieu de l'ag peut en fait exprimer des divergences politiques latentes, entre ceux qui voudront par exemple se réunir dans un lieu plus ou moins légal et autogéré, et d'autres qui préfèreraient continuer à se réunir en plein air, pour s'ouvrir à une population au départ peu concernée. Bien sûr, on retrouve là la vieille querelle entre les anarchistes autonomes d'une part, et les militants moins radicaux qui recherchent l'unité par-delà leurs rangs. (a)

Ainsi, on se demandera pourquoi ce type de conflit ne peut pas s'exprimer tel quel dans l'assemblée générale. C'est qu'en réalité personne n'ose le dire, voire même n'en n'a pas conscience par une sorte de refoulement de l'impensé. De ce point de vue, une des conditions de la démocratie consiste à rendre explicite ce qui implicitement traverse l'assemblée générale. Mais cela est fort compliqué à réaliser et se heurte à la volonté de toutes celles et tous ceux qui ont intérêt à conserver le caractère implicite de l'enjeu réel. Au fond, il y a alors un enjeu de domination, c'est-à-dire que l'implicite permet de conserver un pouvoir, en particulier sur celles et ceux qui n'ont pas conscience de la question véritable.

Bref, toute ag est traversée par des processus inconscients qui rendent très difficile ce qu'on appelle ordinairement le débat démocratique.

On tirera de cette petite analyse quelques conclusions et quelques propositions.

1) L'égalité du temps de parole, la représentativité des mandatés et le désir de discuter du maximum de détails ne garantissent pas le caractère démocratique de l'assemblée générale.

2) Le problème des stratégies de manipulation n'est que la surface du vrai problème.

3) Il est nécessaire de pouvoir trancher sur des propositions politiques clairement identifiées et clairement divergentes.

4) L'assemblée générale se doit d'être courte et disciplinée, de telle sorte que chacune et chacun ait le sentiment d'avoir décidé en pleine connaissance de cause.

5) On ne remettra pas sans cesse en cause un vote antérieur.

6) Pour lutter contre les stratégies inconscientes de pouvoir, il faut les rendre conscientes, c'est-à-dire lever le refoulement, ce que la psychanalyse tente de faire dans son domaine. Pour cela, il sera nécessaire de pratiquer ce que Bourdieu appelle une socioanalyse, tant sur le plan individuel que collectif. En un sens, chacune et chacun doit avoir une sorte d'obligation morale d'explicitation. C'est évidemment le plus complexe à obtenir, car il faut alors affronter des rapports de force et respecter une sorte de déontologie. Mais, si celle-ci est explicitée également, l'analyse collective peut progresser.

(a) Toute ressemblance avec la récente ag du Peyrou à Montpellier est parfaitement volontaire.

 

 

 

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