PCF : Sur la situation, notre parti et le rassemblement : Un nécessaire retour aux « fondamentaux ».

 

Sur la situation, sur notre parti et le rassemblement :

Un nécessaire retour aux « fondamentaux ».

 

Ces quelques lignes ont été rédigées au moment du Conseil National de notre parti, sur ce que nous estimons être nos « tâches » urgentes du moment, au vu de la gravité de la situation de notre pays. Dans ce contexte, différents appels fleurissent depuis plusieurs semaines, certains d’ailleurs rédigés avant les élections européennes, et l’on a un peu du mal à suivre dans le détail, le point commun de plusieurs de ces appels étant la volonté de constituer et de structurer le Front de gauche, via des adhésions directes. C’est évidemment un débat sérieux, qu’il ne faut pas évacuer, mais affronter, comme en 2007, en donnant la parole aux communistes et en leur donnant autant que possible les éléments de réflexion, pour qu’ils puissent décider en toute connaissance de cause, lors de la conférence nationale de novembre.  

Pour notre part, nous n’avons rien dit – publiquement – pendant plusieurs mois, ne voulant pas encourir le reproche d’avoir, par nos critiques, altéré la réussite d’un rassemblement ou d’une – éventuelle – dynamique électorale.

Nous ne reviendrons pas non plus ici sur les conditions de constitution des listes aux européennes, où nous avons subi le diktat et le chantage du PG, et où, en cédant lors de ces discussions, nous n’avons pas correctement respecté les communistes et leurs instances, à tous les niveaux, cet épisode venant en outre après la périodepour le moins  tourmentée – elle aussi !- des municipales.  …

Nous co-signons ce texte, avec Jeanne Jimenez, conseillère régionale, membre du secrétariat fédéral du PCF.

Eric Jalade, secrétaire départemental. Fédération du Tarn.

Sans aller jusqu à qualifier le moment que nous vivons de “catastrophe imminente”, il reste que nous vivons une période lourde de périls, avec notamment l’absence de perspective progressiste, en apparence et la seule force politique en dynamique étant l’extrême-droite, le FN, par ailleurs largement promu dans les médias dominants.

Le pouvoir actuel, issu de la majorité socialistes-Verts des élections législatives de juin 2012 et le président Hollande sont confrontés, du fait essentiellement de leur politique antisociale à une impopularité record, qu’ont traduit, chacun à leur manière, les deux derniers scrutins, et que révèlent à la fois l’ensemble des études d’opinion comme les luttes et mouvements sociaux.

Pour paraphraser un grand ancien, il convient donc de s’interroger sur les moyens à mettre en oeuvre pour tenter de “conjurer” cette “catastrophe”    

Comme responsables du PCF, nous souhaitons porter notre attention sur des points qui nous semblent décisifs.

 Elle portera dans un premier temps, sur la question européenne, puis sur les questions du rassemblement et enfin sur le parti et son avenir. Nous ne voyons ces quelques réflexions que comme des pistes pouvant ensuite donner lieu à discussion entre nous – le CN des 14 et 15 juin ayant convoqué une Conférence Nationale pour les 8 et 9 novembre prochain.

 Sur la situation du pays et la campagne des européennes.

 La politique du pouvoir, tellement éloignée des préoccupations et des aspirations populaires apparaît de plus en plus visiblement au service des intérêts du MEDEF. Les deux exemples récents de la “réforme ferroviaire” et de la “réforme territoriale” en sont l’illustration parmi tant d’autres exemples. 

Le chômage de masse atteint un niveau inégalé, sans que rien ne puisse laisser à penser qu’il y aura à terme une inflexion à la baisse (ah, “l’inversion de la courbe” …). Cette situation est plus difficile encore dans les anciennes régions industrielles, et dans les régions périphériques de notre pays, éloignées des métropoles qui concentrent bien souvent l’essentiel des investissements publics et privés et des aides publiques.

Ainsi, dans notre département, le chômage demeure nettement au dessus de la moyenne régionale et nationale, atteignant 15% sur le territoire de l’agglomération de Castres-Mazamet, et des niveaux plus élevés encore dans plusieurs villes ou anciens bassins industriels. De plus - mais nous ne faisons pas exception avec d’autres régions françaises - les jeunes sont ici trop souvent contraints de s’exiler s’ils veulent essayer de trouver un travail en rapport avec leurs études, leurs diplômes ou leur qualification. Durablement, la désindustrialisation s’accentue, et avec elle, le manque de perspectives d’emploi, d’avenir durable qui s’installe, aggravant le manque d’espoir, le fatalisme, voire la résignation devant un déclin irrémédiable et irréversible de no territoires (en périphérie des grandes métropoles ou des grands axes européens) …

Les choix opérés par les dirigeants de grands groupes capitalistes, comme ceux d’Alstom, témoignent d’un choix de classe, qui ne répond nullement à celui du maintien d’un appareil productif dans notre pays, et simultanément, de grands groupes français du CAC 40 se comportent en prédateurs ailleurs dans le monde, en maltraitant les ressources de la planète et les droits des travailleurs, dans le seul objectif d’engranger des profits et des dividendes pour leurs actionnaires.

A ce titre, notre parti devrait engager une grande bataille, dans la durée, sur la question cruciale, du « vivre et travailler au pays », articulée avec une bataille idéologique pour « produire en France », relancer l'appareil productif de notre pays, avec l’objectif de la nationalisation de plusieurs grandes entreprises et secteurs stratégiques (par exemple l’énergie et les transports).

Cer qui ne signifie pas pour autant que l’on se range, sans ciller, derrière un “capitalisme national” ou un “patriotisme économique” qui élude la distinction entre exploiteurs et exploités, parce que nous connaissons l’antagonisme de classe fondamental entre les possédants et ceux qui vivent essentiellement – ou uniquement – de leur travail. 

 Sur la question européenne

Notre peuple a exprimé à cette occasion, comme il l’avait déjà fait à plusieurs reprises une immense colère contre l’UE et le mépris dont elle fait preuve à l’égard des peuples et de leur souveraineté. Il était fréquent d’entendre des électeurs de 2005 manifester leur désappointement ou leur colère à l’égard des “politiques” qui ne respectaient pas leur vote, lorsqu’on leur avait demandé leur avis...

La question que l’on doit se poser c’est d’essayer de comprendre  pourquoi, alors que nous avons été le fer de lance du “Non” à Maastricht en 1992, alors que notre parti a joué aussi un rôle décisif et reconnu dans le “Non” au TCE de 2005, nous avons échoué aujourd’hui à être entendus et à rassembler alors que, à l’inverse, le FN - marginalisé en 2007 comme en 2009 ou 2010 - est aujourd’hui le principal vainqueur de ce scrutin.

Il ne serait pas juste cependant de considérer que l’ensemble de l’électorat FN peut basculer dans notre camp, sur la base d’une intense lutte politique pour disputer à ce parti l’électorat des salariés et la jeunesse issu des couches populaires, puisque nous savons tous qu’il y a toujours eu, y compris dans les périodes plus fastes du mouvement ouvrier, une frange qui était influencée par la droite (que ce soit à l’époque gaulliste, comme dans les années 30 du reste) voire l’extrême-droite. Mais là, nous avons changé d’échelle, et c’est évidemment ce qui pose problème.

En plus de l’abstention, qui reste largement majoritaire – 57%, ce qui est considérable – et aussi une marque de rejet, à sa manière, de l’UE et de ce qu’elle porte.   

Le discours que nous avons véhiculé, avec le Front de gauche, sur “l’Europe sociale”, sur l’idée que l’on allait “refonder l’Europe” est un discours qui, fondamentalement, ne convainc pas, en particulier il ne touche pas le monde du travail et les couches populaires. 

Nous avons été trop timorés sur ce sujet, nourissant des illusions sur la possibilité “d’aménager” – en mieux- la construction européenne alors qu’il fallait partir de la colère populaire et tenter ensuite de la structurer politiquement. “Un pas en avant, pas dix ...”

Pour être entendus et compris par la population, il faut partir de ce que vivent les gens.

 La réalité de la construction européenne, dans nos régions, c’est la casse de la sidérurgie, des houillères, du textile, une PAC qui a ruiné les petits paysans en subventionnant les grosses exploitations (notamment céréalières) ...

Une des principales lacunes selon nous porte sur la nature de l’UE, de la politique mise en œuvre en son sein, de l’appréciation du rôle de la monnaie unique, des batailles à mener contre l’application des directives européennes …

Au fond, en résumant, notre orientation (celle du parti et celle du front de gauche) ont continué d’être marquées par l’illusion « euroconstructive » (dominante depuis la période de la « mutation » chère à Robert Hue et à la « fameuse » campagne « Bouge l’Europe » de 1999).

 Et il faut dire que cette orientation n’a jamais vraiment été débattue en profondeur et sérieusement dans notre parti, ni en congrès ni après. La « convention » tenue à la hâte en pleine période de préparation des élections municipales, avec un texte adopté alors qu’il n’a pas sérieusement été discuté ni amendé (ni lu!) est révélateur de ces carences … dont les conséquences ont été lourdes.

 Au moment où la colère de notre peuple – contre le pouvoir et contre l’UE, vécue de plus en plus comme une machine à broyer les droits des travailleurs - pouvait coïncider avec un discours communiste qui aurait porté clairement notre analyse historique sur la construction européenne, le discours du parti (comme celui du front de gauche) ont continué de tenter de nourrir des illusions sur « l’Europe sociale » ou sur l’idée de « refonder l’Europe », alors que cette Europe est, en réalité (et les gens en font de plus en plus l’expérience concrète – et voient ce qui se passe ailleurs en Europe) un outil exclusif au service du capital, du grand patronat, pour mettre à bas toutes les conquêtes sociales, les salaires …

 Au fond, avec un discours trop technocratique (ou économiste) prolongeant, de surcroit, les illusions « euroconstructives » de l’époque de la « mutation », notre parti n’a pas été en capacité de porter une parole rassembleuse dans laquelle pouvaient se reconnaître les millions de salariés, de retraités qui sont aujourd’hui en colère contre ce pouvoir, comme ils l’étaient auparavant vis-à-vis de Sarkozy et de l’UMP.

Le terrible paradoxe est là : une colère populaire considérable contre l’Europe du Capital et un pouvoir socialiste (qui applique à la lettre les recommandations de l’UE), de l’autre côté, des intellectuels progressistes, des économistes qui, chacun à leur manière, font le constat de la justesse de l’analyse historique du PCF sur la construction européenne,, sa nature de classe, son bilan, sur la monnaie unique …

A l'heure où la « construction européenne » apparaît de plus en plus pour ce qu'elle est réellement, c'est à dire une véritable machine  de guerre promue et façonnée par les grands groupes capitalistes contre le monde du travail, les services publics dans leur ensemble, les statuts des personnels (notamment dans la fonction publique), contre la démocratie. Il est clair que les électeurs français, dans leur masse, n’ont pas oublié 2005 et le déni du vote populaire, organisé par les dirigeants européens, la droite et la social-démocratie françaises.

Le contenu de la campagne aurait gagné précisément à prendre appui sur cette colère populaire, sur la défense conjointe de la souveraineté populaire – celle du peuple français – et des droits des travailleurs.

A contrario, qui avons-nous convaincu avec la promotion de la candidature d’Alexis Tsipras pour présider la Commission Européenne ? Poser la question, c'est y répondre. La Commission européenne symbolise tout ce que les gens rejettent, aavec par exemple la sinistre troïka . Personne sur les marchés n'est venu nous dire, « bravo, ça c’est une proposition formidable ! »

Plus largement, qu’a apporté, depuis 2004, l’appartenance de notre parti au PGE ? – parti institutionnalisé, financé par l’UE, validant de surcroit des institutions dont le peuple français conteste, à juste titre, la légitimité ? Une « vitrine » institutionnelle dans l’UE et un brouillage de notre identité communiste, alors que, dans la même période, le vrai visage de l’UE est apparu à des millions de français et à des centaines de millions d’européens, sous les traits de cette épouvantable « troïka », aux ordres du grand patronat, qui fait la chasse partout aux dépenses publiques, aux salaires, aux pensions, aux droits sociaux et aux acquis des luttes …  

 A l’inverse, nous avons fait peu de cas des questions de la désindustrialisation, des dégats de la « mondialisation » capitaliste – d’ailleurs le débat sur la « démondialisation » n’a pas eu lieu non plus, puisqu’il faut “mondialiser autrement” ...  

La question importante des travailleurs détachés n’a pas fait non plus l’objet d’un axe de campagne alors qu’elle constitue une pression considérable contre les salaires de la part du patronat, notamment dans plusieurs grandes branches de la production (le bâtiment en particulier) et ce, partout en Europe, et notamment en France. 

Il ne s’agit pas, disant cela, d’attiser les divisions entre travailleurs français et immigrés, comme le font le FN et la droite, mais de combattre des dispositions mises en oeuvre par le patronat (quel que soit la nationalité du groupe capitaliste) pour comprimer partout les salaires et les droits sociaux.   

 Cette question n’a pas été portée au niveau où elle aurait dû l’être, de même que celle de la lutte contre les conséquences de l’application des directives européennes de libéralisation et de la nécessaire convergence à faire grandir entre les intérêts des usagers partout sur le territoire – qui veulent un service public, l’égalité des tarifs ...-  et les luttes des cheminots qui se battent aujourd’hui face à la (contre)réforme ferroviaire et pour le service public.

 Au fond, le discours sur l’Europe, « qu’il soit euroconstructif »ou « alter-européen », assez largement éloigné des préoccupations populaires a laissé, d’une certaine manière, le champ libre au Front National qui s’est employé à détourner un certain nombre d’aspirations et de craintes populaires – notamment sur la mondialisation et ses conséquences par exemple. Le FN a su capter et détourner à son profit, de manière habile et démagogique, une partie de la colère populaire, qui aurait pu trouver un débouché progressiste, si  notre parole s’était appuyée à la fois sur l’expérience des gens, sur un dialogue avec ces intellectuels critiques (par exemple, Lordon, Todd, Sapir ...) et avec une analyse communiste  renouvelée, prenant appui sur nos « fondamentaux historiques » sur la CEE puis l’UE.

 Les gens sont malheureux, en colère, et nous ne parvenons pas (plus) à les rassembler … Des millions de salariés et de retraités sont dans la rue, à l’automne 2010, celles et ceux qui avaient voté pour les candidats de gauche en 2012 et là, nous échouons, au même titre – pas dans les mêmes proportions – que les socialistes ou les verts.

De fait, la progression infinitésimale par rapport à 2009 ne peut masquer cet échec, parce qu’entre temps, il y a eu ces mouvements et une nouvelle situation politique, notamment depuis le printemps 2012. 

Comment se fait-il que notre discours sur l’Europe soit inaudible, en particulier de la part de celles et ceux qui auraient tout intérêt à être défendus par des élus communistes – ou progressistes ?

C’est, entre autres, à ces questions  décisives qu’il faut s’atteler à proposer des réponses.

 Le rassemblement et le parti.

Qui devons nous chercher à rassembler ?

L’objectif, pour nous, communistes, doit demeurer de construire un grand rassemblement majoritaire qui pourra, à terme permettre et oeuvrer à  une mobilisation populaire consciente et aux ruptures nécessaires avec le capitalisme pour construire une société plus juste, ce que nous appelons le socialisme.

 Depuis plusieurs congrès, notre parti a suivi des orientations (promues par une majorité de ses dirigeants) d’abord la « mutation », concommittante à la participation au gouvernement de la « gauche plurielle », puis aujourd’hui, après la funeste expérience des collectifs antilibéraux, la constitution du « Front de gauche », démarrée fin 2008, avec le 34e congrès.

 Ces choix stratégiques qui se voulaient un chemin nouveau – novateur ?- à la fois pour rassembler et aussi, pour « normaliser » l’image du PCF, devenu, peu à peu, au fil de ces évolutions, désormais un parti comme les autres.

 Quel  bilan pouvons-nous esquisser de cette période, pour notre peuple, pour notre parti ?

Difficile de considérer, sauf à voir le monde et la France avec des lunettes roses (et de surcroît déformantes) que cette période a vu un élan des idées progressistes ou révolutionnaires, une avancée des droits sociaux ou une progression de notre parti … Ces différents éléments allant de pair pour nous, et ne s’opposant pas, mais au contraire sont liés dialectiquement comme aussi toute l’histoire contemporaine de notre pays le démontre.

 Pour rassembler, encore faut-il exister de manière autonome, identifiée par le peuple, par les salariés de ce pays. Nous avons – et cela s’est hélas aggravé avec le front de gauche, un problème de visibilité, qui ne se résume pas à une simple question d’image ou de leadership : Par exemple, sommes nous « de gauche » ou « communistes » ? Quelle est la différence ? La nuance n’est pas que sémantique.

La somme d’abandons théoriques et idéologiques depuis la période de la « mutation » ont désarmé les militants communistes et n’ont jamais permis de conquérir des positions solides, au contraire … Nos références au socialisme, à la classe ouvrière, voire au marxisme … ont été reléguées au rayon des veilleries dépassées.  Parfois, cela a pu faire illusion, mais le propre des illusions, c’est de se dissiper, plus ou moins rapidement.

Il en est ainsi du Front de gauche, qui, aujourd’hui, n’est plus porteur de dynamique, ne rassemble pas – sinon vraiment à la marge et en ne touchant pas l’électorat populaire – alors qu’il y a une colère terrible contre le pouvoir et la politique antisociale conduite par Manuel Valls et François Hollande. 

Pour nous, le Front de gauche n’est pas –n’est plus ? – porteur de dynamique de rassemblement, en particulier auprès de toutes celles et ceux qui ont – et c’est le cas des catégories populaires, de la grande majorité des salariés du public et du privé, de la jeunesse -  objectivement intérêt au changement de société.

Et la comparaison, par rapport à l’élection présidentielle de 2012, si elle est, évidemment cruelle, pour le Parti Socialiste, tout à fait logiquement sanctionné pour la politique antisociale de ses dirigeants, n’est guère plus positive pour le front de gauche : citer les chiffres.

Pour rassembler de maière positive et efficace, on ne peut éluder de poser la question du parti, qui est centrale pour nous aujourd’hui. Ce n’est pas par une fuite en avant sans cesse continuée soit vers de nouveaux “forums” – qui ne concernent que les cénacles habituels du “monde politique”, mais pas les classes populaires et le monde du travail – ou vers une nouvelle étape de l’effacement du PCF que l’on parviendra plus efficacement à rassembler.

 Ces démarches là ont échoué. Et si l’onessayait, plus modestement, de consolider, de renforcer un outil qui a largement fait ses preuves dans notre histoire contemporaine ?

 Pour un renouveau du parti

Historiquement, le PCF était le parti de la classe ouvrière, plus largement encore du monde du travail, (pensons au couplet que nous connaissons tous « Ouvriers, paysans, nous sommes le grand parti des travailleurs »).

Nous croyons toujours qu’il existe un espace pour le PCF dans la société française, dans la mesure où ce parti, notre parti, se dote à nouveau d’un objectif politique clair – pour nous comme pour la population-, d’une stratégie et de l’organisation pour y parvenir.

Il doit viser, à nouveau, prioritairement, de maintenir et renforcer ses positions dans le monde du travail, au sens large et nous devons viser tout particulièrement à (re)conquérir les salariés (ouvriers, employés notamment), dont les conditions de vie se dégradent très fortement qui se paupérisent de plus en plus, et qui se trouvent aussi  souvent dans des lieux de travail plus éclatés sur le territoire et davantage soumis à l’exploitation, au travail partiel, aux délocalisations.  

La France est devenue un des pays d’Europe où les bas salaires sont très nombreux.

Tout cela constitue une base sociale potentielle considérable à travailler et à reconquérir, non pas sur des orientations idéalistes ou semant à nouveau des illusions, mais bien sur la base de batailles concrètes, qui relient un objectif immédiat (par exemple contre la réforme territoriale et la suppression des départements et des communes, sur des luttes sur les salaires, le maintien de l’emploi, ou contre des « réformes » régressives comme celle des cheminots contre la « réforme ferroviaire ») à un objectif plus général (celui du changement de société), en travaillant en permanence à la convergence des luttes.

 Nous devons aussi, réaffirmer, démontrer dans nos pratiques, dans notre fonctionnement, combien nous ne sommes pas « un parti comme les autres ».

L’originalité et la réussite du PCF s’est fondée aussi sur cette réalité - et ce n’était ni une représentation, ni une image -, qui était que nombre de ses dirigeants et élus étaient issus du monde du travail (de la classe ouvrière et de la paysannerie, pour faire court) et que cela faisait une différence fondamentale avec tous les autres partis …

C’était aussi le « parti qui dit ce qu’il fait et qui fait ce qu’il dit ».

Nous pouvons échapper, par cette singularité du « parti de classe et de masse », que nous pouvons et devons redevenir, au discrédit considérable qui frappe aujourd’hui les partis politiques, pris indistinctement.

Il y a besoin de redonner un espoir à notre peuple, de porter nos idéaux, clairement et fermement. 

Nous croyons donc résolument au renouveau du PCF, à son rôle indispensable pour rassembler notre peuple. C’est même le seul chemin, selon nous,  même s’il est difficile,  pour  sortir de la terrible impasse où notre peuple se trouve. 

Pour rassembler, il faut savoir ce que l’on veut, être clairs sur nos objectifs politiques – sur l’analyse de la société française, notre projet de société, notre stratégie, sur le rôle de notre parti …

Pour cela, il est indispensable que le PCF retrouve sa pleine et entière autonomie de pensée et d’action, chose qui n’existe plus réellement, on l’a bien vu, depuis que s’est structuré peu à peu le Front de gauche, dominé par la personnalisation organisée autour de Jean-Luc Mélenchon, présenté – sans jamais de démenti …   - comme étant « son leader », après avoir été son candidat à l’élection présidentielle.

 Malgré les difficultés présentes, nous gardons l’espoir d’un chemin où notre peuple retrouverait espoir, et une perspective positive de changement de société.

 Pour cela, il y a besoin d’un parti révolutionnaire, pas d’un club de discussion ou d’un « nouveau parti » qui larguerait plus ou moins rapidement les références au communisme et à la lutte des classes (le fantasme récurrent de certains), ne conservant qu’une vague référence à « la gauche », terme dont on voit bien combien il peut nourrir aussi des illusions et des confusions. Et pour cause : depuis 1981, à trois reprises, des gouvernements socialistes (donc « de gauche », le pire étant celui de la « gauche plurielle » de 1997-2002) ont mené ou accompagné, à des degrés divers, des politiques antisociales, ou ont conduit d’importantes vagues de privatisations (ce fut notamment le cas de la « gauche plurielle ») ou mis en œuvre des directives européennes qui ont démantelé des services publics : La Poste, EDF-GDF, création  de RFF (dissocié de la SNCF) …  

 On peut comprendre dès lors que les gens soient déboussolés, surtout quand ces politiques, après des promesses avant élection, se traduisent concrètement par autant d’abandons et de reniements, une fois parvenus au pouvoir. Alors que la gauche ( essentiellement le PS) promettait de « changer la vie »… au final, elle le fait, mais pas en mieux, en pire !

 La leçon de ces périodes, c’est que s’il n’y a pas un Parti communiste fort, indépendant de la social-démocratie, lié en permanence avec le mouvement populaire, avec « les masses », comme on disait naguère (comme on devrait redire), nous ne gagnons rien – et notre peuple non plus ! -, en particulier par le simple jeu institutionnel, au contraire, c’est un moyen pour nos adversaires politiques et nos adversaires de classe, de nous faire passer pour un parti « comme les autres », intégré au « système ». 

Les gens attendent de nous de la combativité, de la « radicalité », pas un discours technocratique ou « bobo », privilégiant les questions sociétales au détriment des questions sociales, au moment où la pauvreté et le chômage explosent, où les perspectives sont sombres pour des millions d’entre nous.  

 Redisons et réaffirmons, expliquons, pour la clarté, pour la cohérence, la différence – qu’éclaire l’histoire notamment du XXe siècle- entre réformistes et révolutionnaires. 

Ce n’est pas une clause de style, c’est une nécessité politique, pour à nouveau, à l’avenir, pouvoir espérer changer la société !

Pour nous, il n’y a pas de recettes ou de formules magiques, pour parvenir à rassembler notre peuple – la preuve, avec  ces derniers scrutins, où le « front de gauche » n’a fait guère plus que le PCF seul, dans une période de « basses eaux », il suffit de comparer les résultats de 2004, 2009 et 2014 par exemple…  

C’est en reprenant le chemin d’un « parti de classe et de masse » que l’on rassemblera à nouveau de façon significative, que l’on retrouvera la force et la conviction d’un parti populaire, et d’un intellectuel collectif militant et agissant, ce parti qui a fait ses preuves des décennies durant, à l’époque où l’on remportait des victoires sociales !  

Nous avons la conviction qu’il existe plus que jamais un espace dans notre pays et qu’il y a un avenir  pour un parti de classe et de masse. Pour tenter de le retrouver, il nous faut, au plus tôt, nous dégager des impasses dans lesquelles les choix stratégiques opérés depuis plusieurs années nous ont enfermés, à la fois avec le Parti Socialiste et avec le front de gauche.

En vue de la conférence nationale de novembre prochain, nous espérons que la discussion pourra se tenir, enfin, librement, sereinement, sans pressions extérieures, dans notre parti et en toute transparence, parce qu’il y va ni plus ni moins de l’avenir du mouvement révolutionnaire en France.

  

 

 

 

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