Je m’exprime ici à titre personnel. En tant que victime de Bétharram, je dénonce l’opacité, les effets d’annonce et l’absence de concertation autour du projet de Conseil des victimes. Notre collectif sera présent le 13 janvier. Mais pour ma part, les illusions sont derrière moi. Assez parlé. Place aux actes.
📰 « Conseil des victimes : un projet, une réunion, et déjà un goût amer »
Par Eric Sa.
Alors que la France annonce la création éventuelle d’un Conseil des victimes, inspiré du modèle allemand mis en place dès 2019, le lancement de ce chantier crucial s’enlise déjà dans les faux-semblants. D’autres pays européens comme l’Autriche, la Belgique, les Pays-Bas, ont ouvert la voie dès les années 2010, souvent sous la pression des victimes elles-mêmes. En France, c’est Sarah El Haïry, ex-ministre devenue haute-commissaire à l’enfance, qui est chargée de piloter cette initiative. Et le moins que je puisse dire, c’est que sa nomination me laisse perplexe.
Je peine à me réjouir de cette annonce. Non par principe, mais parce que tout, dans la forme comme dans le fond, respire le recyclage technocratique et l’habillage institutionnel. Les propos de Mme El Haïry ? De véritables fadaises. Un sabir administratif mêlé de formules creuses, de constats mille fois ressassés, et d’un vernis compassionnel qui sonne comme une mini Maison des hypocrites.
À chaque question, une réponse qui ressemble à la question. À chaque drame, un constat. À chaque urgence, une promesse. Issue du même moule que François Bayrou et d’un macronisme compatible, elle en reprend les tics : emphase creuse, langue de bois fluide, et cette capacité à parler sans rien dire. Trop jeune ? Peut-être. Mais surtout trop formatée. Du « en même temps » à saturation. Et quand les réponses aux journalistes consistent à répéter la question avec un sourire entendu, la confiance ne suit pas.
Plus troublant encore : cette manière d’évoquer, dans une même phrase, l’ignorance passée de la société face aux violences faites aux enfants et la nécessité de « sauver le soldat Bayrou ». Oui, le regard a changé. Bravo pour ce constat. Mais en tant que victime de Bétharram, je rappelle que dans ma propre plainte, M. Bayrou est cité pour son rôle institutionnel et son inaction supposée, qui ont, selon moi, contribué à faire perdurer l’omerta. Ce n’est pas un détail. C’est un fait judiciaire.
On nous parle de « regard humanisant », de « société qui doit se réveiller », de « grande cause nationale »… mais côté actes, c’est le désert. Pas de budget. Pas de calendrier. Pas de cap. Juste du vent, mais avec de jolis mots. Le tout saupoudré d’un jeunisme de vitrine.
Et pendant ce temps, les collectifs ? Lesquels ? La réunion d’échange prévue le 13 janvier 2026, en présentiel et visioconférence, n’a même pas été annoncée à l’ensemble des collectifs concernés. Le nôtre n’a reçu aucune information officielle. Nous avons appris son existence par hasard, en glanant des bribes dans les coulisses d’une communication à sens unique.
On nous demande de remplir un questionnaire. De nous limiter à trois représentants par collectif. Et nous savons déjà que certains, mieux informés, bénéficieront de passe-droits. Certains pourront venir à plus de trois. D’autres resteront sur le seuil. Preuve que l’éthique, elle aussi, commence mal.
Alors non, nous ne ferons pas la politique de la chaise vide. Notre collectif participera. Mais en ce qui me concerne, je n’attends rien de concret. Pas de budget. Pas de cap. Pas d’actes. Juste du body language macroniste, du discours infantilisant, et une France qui se déshonore encore à force de prendre ses citoyens pour des couillons.
Je n’en dirai pas plus. Mais je n’en pense pas moins.
Eric Sa.
Victime de Bétharram, membre fondateur d’un collectif mis au courant de la réunion du 13 janvier 2026… trois jours avant. C’est dire.