Les Mensonges du Capital (2) : Les entreprises créent des emplois

Après avoir (j'espère) démontré l'escroquerie des "charges sociales trop élevèes" dans mon billet précédent, je vais tenter d'en démonter une autre : le fait que les entreprises -- pas toutes certes, uniquement celles qui ont été rendues "compétitives" de par le fait que l'on se soit joyeusement assis sur les acquis sociaux en terme de salaires, flexibilité des horaires, allongement du travail si ce n'est chantage au travail gratis (39h payé 37 chez Smart par exemple) -- créeraient des emplois.

Comme dans l'article précédent, le capital crée une illusion de généralité dans ce qui n'est qu'un cas très particulier durant une période relativement courte. Or l'emploi ne peut se mesurer qu'au niveau global, macro-économique. A quoi servirait en effet que X crée 5 emplois si Y licencie 10 salariés ? Et pourtant c'est ce que l'on veut nous faire gober.

Ce qui génère les emplois, c'est le besoin au sens capitaliste (c'est-à-dire la volonté d'acheter de la part du consommateur). Cette volonté (il n'est pas besoin d'être grand clerc pour s'en persuader) dépend directement et exclusivement du porte-monnaie et des moyens dont on dispose (moi-même, je m'achèterais volontiers un yacht, mais il y a un je-ne-sais-quoi du côté des revenus qui m'en empêche).

La seule création réelle d'emplois ne peut donc avoir lieu que s'il y a suffisamment d'argent pour faire croître la demande et donc la production. Ou dit autrement, que dans un système austéritaire tel que l'impose l'ordo-libéralisme allemand, avec des revenus ouvriers (salaires, retraites ou aides sociales) constamment rabotés à la baisse, l'emploi ne peut que diminuer puisque les ménages ont de moins en moins d'argent à dépenser pour acheter les différents produits.

Et les entreprises modèles dirigées par des patrons dans le vent avec des cadres dynamiques qui embauchent ça et là que nous ressassent les journaux de 20 heures ne sont que des paravents destinés à nous masquer ce que même les statistiques de l'INSEE (et pourtant Dieu sait qu'elles sont trafiquées) n'arrivent plus à nous cacher : dans le cadre d'une politique d'austérité, le chômage devient structurel et ne fait que croître continuellement.

Les seuls vrais créateurs d'emploi, si on leur en donne les moyens par un salaire décent, c'est vous et moi quand nous ouvrons notre porte-monnaie ou faisons chauffer notre carte bleue.

La classe ouvrière n'a donc aucun intérêt à accepter des négociations salariales à la baisse, car elle se tire une balle dans le pied en accélérant le processus de création de chômeurs...

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