Le renouveau politique se construit à Grenoble

Les élections municipales sont l'occasion pour sondeurs et autres analystes politiques de s'adonner au jeu de la prévision. Quelles sont les villes qui risquent de passer de gauche à droite, du PS à l'UMP ou inversement ? A Grenoble la configuration est toute autre !

Les élections municipales sont l'occasion pour sondeurs et autres analystes politiques de s'adonner au jeu de la prévision. Quelles sont les villes qui risquent de passer de gauche à droite, du PS à l'UMP ou inversement ? A Grenoble la configuration est toute autre !

Après trois mandats successifs, le Parti socialiste et ses alliés traditionnels repartent à la bataille. En 2008, un attelage hétéroclite PS-PCF-MoDem, comptant plusieurs personnalités de la précédente opposition de droite, avait été formé pour contourner des écologistes un peu trop autonomes et remuants dans la « capitale » des Alpes. Mais, pénalisé par cette alliance contre nature et comptable d'un mauvais bilan, le PS local est en difficulté :

- incapacité à endiguer la spéculation immobilière, la gentrification, la flambée des loyers et la relégation de certains quartiers ;

- accumulation de grands projets qui, en dépit de leur coût exorbitant, sont déconnectés des besoins réels des habitants.

De son côté, divisée et discréditée par le retour de Carignon, la droite n'a pas les moyens de percer, dans une ville très politisée et sociologiquement de plus en plus à gauche.

Ainsi une dynamique nouvelle se dessine. Certes, Grenoble a toujours été une ville d'initiative citoyenne, qu'il s'agisse des Groupes d'Action Municipale (GAM) d'Hubert Dubedout dans les années 1960, de GO citoyenneté ou de l'Association pour la Démocratie, l’Ecologie et la Solidarité (ADES). La « participation citoyenne » à la vie politique, y compris électorale, est donc ancienne.

Mais ce qui se joue aujourd'hui semble d'une autre nature : face aux errements de la majorité sortante, un large Rassemblement s'est constitué autour des objectifs suivants : construire une ville démocratique, à taille humaine, fondée sur l'égalité des droits, refusant les logiques d’austérité, protégeant les citoyens grâce à un bouclier social municipal et investissant dans la transition écologique. Ce rassemblement est issu d'une convergence entre un « Réseau citoyen » fédérant des habitants mobilisés dans plusieurs collectifs d’habitants, une association politique locale (Ades) et des mouvements politiques nationaux : EELV et plusieurs composantes du Front du Gauche dont le Parti de Gauche.

Ce rassemblement est d’abord le produit d'une suite de conflits locaux devenus emblématiques. Celui des « Mounier » régulièrement relaté par Mediapart, et qui a mobilisé parents, enseignants et jeunes pendant près de 2 ans pour préserver un lycée au cœur de la ville, symbole de mixité sociale et d'innovation pédagogique, contre des projets portés par le président socialiste du Conseil régional et la mairie de Grenoble. Il y a eu aussi les nombreuses résistances à des projets immobiliers : de celui, déjà ancien, du quartier Lustucru, à d'autres plus récents, comme celui de l'Esplanade, où il était question d’installer des tours de taille démesurée. Il y eut les questions scolaires du collège Fantin Latour et les réactions provoquées par la mise en œuvre précipitée des nouveaux rythmes scolaires. Enfin, des associations d'usagers ont lutté contre certains tarifs dont celui de la compagnie de chauffage locale.

A l'occasion de ces différentes mobilisations des rencontres ont eu lieu. De simples citoyens se sont engagés et ont travaillé avec des militants politiques. Des liens se sont tissés et se sont maintenus au delà des conflits eux-mêmes. Et le « Réseau citoyen » s'est créé pour rendre durable ce tissu issu de ces résistances constructives.

L'ADES, à l'origine, avec Raymond Avrillier, de la chute de l'ancien maire condamné pour corruption, Alain Carignon, a travaillé alors au rapprochement de ce Réseau Citoyen et de deux forces politiques : Europe Ecologie Les Verts et le Front de Gauche. Si le PCF a refusé de se joindre au rassemblement et a préféré demeurer fidèle à son allié socialiste, le Parti de Gauche (PG), la Gauche Anticapitaliste, des militants du Front de Gauche à titre individuel, ainsi que les Alternatifs y participent. Et l'alchimie fonctionne !

Depuis l’automne 2013, ces mouvements nationaux mettent leur énergie au service de ce rassemblement. EELV est porteur à Grenoble, un peu plus qu’ailleurs, d’une affirmation de l’autonomie de l’écologie politique et a déjà largement dépassé le PS aux européennes de 2009 (29% contre 19%), a fait jeu égal aux régionales de 2010 (26,5% et 27,6%) et a battu à deux reprises en duel le candidat socialiste sur l’un des cantons grenoblois (en 2004 et 2011). De son côté le Parti de Gauche, est porté par une forte dynamique militante issue notamment de l’élection présidentielle de 2012 où Jean Luc Mélenchon avait reçu 15,4% des suffrages, soit plus de 10 000 Grenoblois.

Tout indique désormais qu'il ne s'agit pas d'un simple coup électoral : le projet est en construction depuis l'été 2013 et lors d’un week-end mi-janvier plus de 40 candidats étaient réunis dans le Vercors pour un séminaire de finalisation. Et déjà certains envisagent l'après municipales ; car, selon des participants eux-mêmes, « on découvre tous les jours que si nous ne sommes pas à l'unisson sur tout, nous sommes d'accord sur ce que doit être la ville de demain ». Contrairement à ce qui se fait ailleurs, la question des places respectives de chaque composante n'a été abordée qu'après s'être mis d'accord sur un projet commun et il a été convenu que chaque composante serait représentée à égalité.

Le parcours d’Eric Piolle, tête de liste de ce rassemblement, est en phase avec cette dynamique. Co-fondateur du collectif « Roosevelt » avec Pierre Larouturou, Stéphane Hessel ou Edgar Morin, ses engagements étaient d’abord associatifs. Il a franchi le pas de l’engagement politique en 2010 à l’occasion de l’ouverture d’Europe Ecologie à la société civile, devenant alors co-président du groupe de la quarantaine d’élus écologistes de la région Rhône-Alpes.

Etape par étape, s'installe la conviction que face à la crise de la représentation politique, cette dynamique à l’œuvre à Grenoble avec le Rassemblement « citoyen, de la gauche et des écologistes » préfigure un renouveau inédit de la gauche, pour ne pas dire de la politique en général, en capacité de répondre aux défis de notre temps.

Eric Piolle,

Tête de liste « Grenoble une ville pour tous »

& l’équipe porte-parole du rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes :

Kheira Capdepon, Lucille Lheureux, Bernard Macret, Elisa Martin, Hakim Sabri.


Site de campagne : http://unevillepourtous.fr/

Sur Twitter : @Gre1VillePrTous & @EricPiolle

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.