Pour en finir avec le flou volontaire autour des « 10 % » et « 2000 € nets » !
Un article qui se veut être principalement une réponse ultime à toute hésitation quant à la réalité des promesses de Macron sur la revalorisation des enseignants à venir, et dont les multiples justifications, voire preuves ne sauraient désormais laisser place à de quelconques doutes ...
Elle dénonce aussi l’évident stratagème de manipulation mis en place par Macron nous concernant (en ayant bien conscience que nous n’en sommes pas les seules victimes), qui fait probablement le plus mal à la condition enseignante, en freinant pas exemple ce qui pourrait déboucher en d’autres circonstances sur des mobilisations nécessairement plus importantes. Il semble évident que les effets de cette manipulation systématique – une communication sciemment trompeuse – sont complètement sous-estimés par la grande majorité des enseignants, qui, de fait se voient plus participer à un jeu de dupes qu’à un bras de fer où il y aurait un quelconque espoir d’aboutir à des avancées … On peut se demander d’ailleurs comment on peut en être là dans une république démocratique comme la nôtre.
Pointe aussi la responsabilité des médias, trop complaisants en général, mais aussi des syndicats (leurs têtes) dont l’attitude que l’on peut qualifier de non-agression pose question. Des lignes rouges semblent clairement établies, infranchissables, permettant ainsi à ce gouvernement de continuer sa pièce de théâtre à nos dépens, en toute impunité. Rien de gratuit dans cette publi, bien sûr, il s’agit de pointer des évidences, de provoquer des prises de consciences dans une attitude pro active où, soyons fous, on pourrait espérer que les choses puissent commencer à évoluer dans le bon sens. Car il arrive un moment où on finit par se demander « A quoi bon ? », si les dés sont pipés d’avance …
Des perspectives, aussi, concernant les paramètres qui influeront sur notre pouvoir d’achat l’année prochaine, notamment la GIPA qui avait très certainement décidé des 3,5 % de revalorisation récentes …
Je remercie d’avance ceux qui partageront, si au moins ça pouvait se diffuser un minimum …
1) Le débat de l’entre-deux tours des présidentielles le 22 avril 2022
Partons de ce débat où Macron fait face à M. Le Pen :
https://www.france.tv/actualites-et-societe/politique/3264511-le-debat-de-l-entre-deux-tours.html
Lorsque vient le sujet des revalorisations, Macron commence ce que l’on peut appeler son « numéro » de rhétorique sciemment ambigüe. Sur le sujet de la revalorisation prévue pour les enseignants, ce communicant exceptionnel réussit ce qui était prévu : faire croire à une revalorisation inconditionnelle de 10 % pour TOUS les enseignants. Mais sans jamais prononcer cette phrase. Et pour cause … alors j’avais fait un publi, à l’époque (avant même le debunk officiel qui va suivre) où je montrais en détails comment Macron s’y était pris, et je ne vais pas alourdir ce texte en la recopiant, mais deux exemples néanmoins :
- utilisation de « les » ou « des », ou même encore « nos » enseignants quand il aurait fallu utiliser « une partie des/de nos ».
Comme par exemple à 2h00’10’’: « Ce qui fait que de façon inconditionnelle il y aura une revalorisation d’environ 10 %, de nos enseignants ». (en notant que la virgule est importante)
Ou encore, à 2h02’20’, après avoir quasiment versé une larme en rendant hommage aux profs grâce auxquels il a été possible de poursuivre l’enseignement pendant le Covid … : « C’est pourquoi les enseignants, contrairement à ce que vous avez dit, feront l’objet d’une revalorisation, mais elle est inconditionnelle ».
- utilisation de formulations qui flirtent avec le mensonge :
Par exemple à 1h53’ 50’’ : « On va tous les revaloriser comme on a commencé de le faire. Mais on revalorisera très substantiellement toutes celles et ceux - jusqu’à 20 % - qui iront vers les méthodes les plus innovantes, et en permettant plus de liberté sur le terrain à nos professeurs». En fait les enseignants n’ont pas du tout déjà été TOUS revalorisés. De plus, Macron parle dans la deuxième phrase de revalorisation en incluant les 10 % qui, eux, ne seraient pas inconditionnels, et pour atteindre 20 % au total on ne peut donc partir que des échelons 2 (voir plus loin) ….
2) Le message qui a été « compris », et relayé
La grande majorité des personnes qui ont suivi le débat, les citoyens, et même des enseignants, Et des syndicats (vraiment ?) a donc compris le message suivant : « TOUS les enseignants seront revalorisés de façon inconditionnelle de 10 % », mais aussi « aucun enseignant ne commencera sa carrière à moins de 2000 € nets. »
Laissons le deuxième point de côté pour l’instant, le premier est de loin le plus important, de par le caractère exceptionnel de ce qui est annoncé. Car cela signifie purement et simplement augmenter la masse salariale des enseignants de 10 %, ce n’est pas rien ! Cette information, telle quelle, est alors relayée par la grande majorité des médias télé/audio/écrit toute la journée. Et même par des médias spécialisés dans le monde enseignant, dans des articles encore accessibles :
La café pédagogique : http://www.cafepedagogique.net/LEXPRESSO/Pages/2022/04/21042022Article637861202578680059.aspx
« E Macron a donc évolué sur cette question. Il propose maintenant une double échelle de la revalorisation : 10 % sans condition et 20 % pour les enseignants acceptant des contreparties, ceux du "nouveau pacte". »
L’étudiant : https://www.letudiant.fr/lycee/presidentielle-quelles-visions-pour-la-jeunesse-lors-du-debat-macron-le-pen.html
« « Il y aura une revalorisation d’environ 10 % des salaires des enseignants » ».
« « La revalorisation a commencé sous ce quinquennat, elle se poursuivra et sera de l’ordre d’environ 10 % pour tous les enseignants » .» Avec cette citation qui est justement erronée, Macron n’ayant pas dit « tous les » mais « de nos ».
Et on pourrait continuer la liste en passant par les médias télé et audio, où ; cette fois-ci, c’est plutôt la fake-news «« TOUS les enseignants seront revalorisés de façon inconditionnelle de 10 % », qui aura été clairement prononcée …
Ainsi, concernant les citoyens n’ayant pas assisté au débat en direct, s’ils auraient pu avoir un doute en assistant à ce direct quant à l’interprétation des propos de Macron, ils ne pouvaient plus en avoir en écoutant/lisant les différents médias de la journée …. Les enseignants - ces chanceux, déjà tant choyés ! – vont donc encore être revalorisés !! Et ils seraient encore capables de se plaindre !? Objectif réussi ! Macron a réussi a faire passer les enseignants qui, de fait, n’auront donc aucune raison de se plaindre concernant les revalorisations à venir …
C’est un désastre pour les enseignants, une grande victoire de communication (aidée) pour le gouvernement.
Le lendemain, concernant les médias télé/audio, la fake-news n’apparaît plus. Sans démenti quelconque. On laisse les citoyens dans ce qui leur a été communiqué la veille, et il n’y alors aucun raison qu’ils doutent que ces informations étaient finalement fausses.
Enfin, il faut aussi comprendre deux choses importantes :
- E. Macron a donc trompé le monde en laissant à penser de fausses informations lors d’un avant tour des présidentielles, ce qui aura bien sûr permis de récupérer quelques milliers (plus) de voix enseignants indécises, aidé, comme expliqué, par la récupération des médias et la non réaction des syndicats pour dénoncer ce stratagème …
- Cela lui a donc aussi servi de faux arguments face à son adversaire (M. Le Pen) qui proposait une revalorisation qui, elle était, non seulement claire et nette (3 % d’augmentation générale supplémentaire chaque année – avec contrepartie pour le primaire -) largement supérieure – et sans aucune mesure – avec ce que proposait E. Macron ! Je laisse le soin aux personnes intéressées de faire les calculs pour en avoir une idée plus précise.
3) Le debunk officiel, la confirmation s’il en fallait une …
« Fake-news » … sur la seule interprétation de la rhétorique supposément trompeuse du discours de Macron ? Cela me paraissait personnellement suffisamment clair, oui, quand on a compris comment Macron avait pour mission de ne pas réellement mentir en ne disant JAMAIS clairement la fake news qui avait été pourtant relayée « « TOUS les enseignants seront revalorisés de façon inconditionnelle de 10 % » …
Mais voilà, la confirmation – officielle - est de toute façon arrivée 2 jours plus tard, via un article du Nouvel Obs :
(Remarque : dans la phrase : « de manière inconditionnelle, il y aura une revalorisation d’environ 10 % des enseignants », il manque la virgule après entre « 10 % » et « des ». La baisse d’intonation de E. Macron lors de sa prononciation le confirme, et cela change beaucoup quant à l’interprétation que l’on peut en faire ensuite : c’est donc bien « des » (donc une partie) enseignants qui auront une revalorisation inconditionnelle de 10 %.)
Avec la partie qui nous intéresse particulièrement :
« Considérer qu’une revalorisation homogène n’est pas souhaitable n’exclut pas de procéder à une augmentation globale des enseignants. Nous nous fixons bien l’objectif d’arriver à une rémunération nette de 2 000 euros pour les enseignants en début de carrière contre 1 869 aujourd’hui, ce qui correspond grosso modo à une augmentation de 10 % du brut. Pour les autres, nous poursuivrons les efforts réalisés depuis le Grenelle de l’Education, mais l’ampleur de la revalorisation sera à préciser lors de la grande concertation que le candidat souhaite organiser dès le lendemain du second tour. »
On ne peut pas faire plus claire et, avant de passer aux calculs, une petite remarque concernant une subtilité quant à la sémantique utilisée, lorsque l’on parle de « nette », puis de « brut » : « nette » pour sous-entendre le SALAIRE net. « Brut » pour sous-entendre que l’on parle du traitement indiciaire (brut ou pas, d’ailleurs, car cela ne change rien). En effet, parler d’une augmentation de 10 % « du net » aurait de fait sous-entendu que l’on rajoutait 10 % au salaire net, or cela n’est donc pas le cas. Qu’est-ce qui explique cette interprétation ? Eh bien cela vient de la cohérence avec la sémantique d’E. Macron lorsqu’il parle de « 2000 € nets », il s’agit du salaire, pas du traitement indiciaire, et bien évidemment cela change tout.
Pour ne pas alourdir ce texte, j’ai mis les calculs en annexe 1, ils permettent donc, en partant des informations officielles données d’arriver à ces 2000 nets, largement ! La compréhension du debunk donné, avec l’utilisation des valeurs données, impliquent donc que, comme supposé :
- les 10 % mentionnés s’appliquent à partir de l’échelon 2 (l’échelon 1 est perçu comme un stagiaire, qui, de fait, n’est pas – implicitement – considéré comme une enseignant « ayant débuté sa carrière » …).
- le salaire net inclut TOUT ce qu’un enseignant échelon 2 « de base » touche, c’est-à-dire la prime Grenelle (2 regroupées en 1), l’indemnité de suivi et d’orientation ISO (pour le secondaire, partie fixe) ou ISAE (pour le primaire) et possiblement la prime informatique, versée en janvier en une seule fois ... mais qui aura été mensualisée pour minimiser les augmentations à venir !
- Les « 10 % » concernent uniquement l’échelon 2, et il s’agira pour le reste de primes dégressives en avançant dans les échelons … en clair il s’agit purement et simplement d’une troisième prime Grenelle ! Dont on peut légitimement penser qu’elle s’arrêtera à l’échelon 10 (avec une trentaine d’euros max, probablement).
Bref, ce qui était devinable suite au discours de Macron, en décryptant sa rhétorique sciemment trompeuse, était ici confirmé.
4) Les réactions et les conséquences de ce 20 avril concernant la « revalorisation » à venir
Pourtant, aucune réaction des syndicats concernant cet exercice de manipulation. Pour celui qui en prenait la peine, on savait donc que Macron ne promettait qu’une troisième prime Grenelle avec les 10 % supplémentaires conditionnés à des missions supplémentaires), qui confirmaient la continuation de tassement des salaires déjà entreprise (voir annexe 2). mais avec des médias qui auront permis (en se faisant berner … ou pas pour certains ?) de faire basculer toute interrogation, toute ambiguïté dans son discours vers ce qui allait dans le sens d’E. Macron : faire croire que TOUS les enseignants seraient revalorisés inconditionnellement de 10 %, sans démenti officiel, hormis ce debunk qui sera finalement resté dans la discrétion, et que manifestement aucun syndicat ne voulait exploiter …
En plus de laisser l’ambiguïté sur quel échelon commencerait à être revalorisé. L’ambiguïté aussi sur le « 2000 € nets » … donc en fait avec ou sans les primes/indemnité, quand cela était quand même a priori évident qu’il s’agît de les compter …
Les conséquences sont bien sûr désastreuses concernant les enseignants qui sont laissés (volontairement ?) dans le doute, dans leur interprétation, sous l’influence des fausses informations données par les médias … voire des syndicats ! Un débunk clair d’une partie au moins des syndicats, une DENONCIATION de la stratégie de communication sciemment trompeuse d’E. Macron et la réalité de ce qu’il avait vraiment annoncé, aurait pu permettre d’INDIGNER une bonne partie des enseignants. Ceux entre-deux eaux, et même les moins militants possiblement, au vu de ce qui nous était réservé, c’est-à dire une continuation du déclassement salarial des enseignants, d’autant plus au vue de l’inflation galopante dont on savait déjà en avril qu’elle allait continuer … une indignation qui aurait certainement provoqué une augmentation du nombre de syndiqués, renforçant ainsi des syndicats en bonne partie affaiblis.
Car on ne peut pas dire qu’E. Macron a réellement menti à un moment ou un autre dans son discours. Mais il a été aidé, bien aidé pour tromper tout le monde.
Et comme déjà dit, c’est un désastre pour l’image à venir des enseignants auprès de l’Opinion publique, si jamais ils osaient réclamer « encore » quoi que ce soit à l’avenir, au vu de ce qui a pourtant déjà été annoncé !!
Ah, j’ai rajouté en annexe deux interventions éloquentes dans les médias qui ne peuvent que faire sourire quand on a compris le jeu de com’ auxquels jouent les membres du gouvernement, E. Macron en premier bien sûr :
- L’interview d’E.Macron sur France Inter le 22 avril 2022. Un numéro de grand art pour éviter de vendre la mèche … (annexe 3)
- L’interview d’Amélie de Montchalin le 25 avril sur « Public Sénat ». Un grand moment de langue de bois ! (annexe 4)
Mais on n’a pas encore atteint le pire du cynisme de ce gouvernement, ni de la mollesse des syndicats …
5) Juillet 2022 : La revalorisation du point d’indice de 3,5 %
Le point d’indice est donc revalorisé. Pour de pas trop digresser ni grossir davantage le corps de cette publi, je mets en annexe 5 une analyse sur la présentation de cette revalorisation « historique » du point d’indice.
Et donc … 3,5 % ! On pouvait être surpris d’une telle générosité (très relative, donc) de la part d’un gouvernement néolibéral dont le statut de fonctionnaire hérisse le poil …
Mais il y a un paramètre important qui apporte des explications : la GIPA (garantie individuelle du pouvoir d’achat). Bon, il ne faut pas se baser sur la définition qu’A. De Montchalin en fait sur Europe 1 le 4 novembre 2021, qui a doublement menti sur les modalités d’attribution de la GIPA (voir annexe 6, avec lien pour les - vraies - modalités du calcul de la GIPA).
Je ne vais pas rentrer dans les détails ni les calculs, j’avais d’ailleurs déjà fait une publi sur ce sujet, en prévision du montant de la revalorisation du point d’indice à venir :
Pour aller au principal : depuis 2010, peu d’enseignants ont touché la GIPA (d’ailleurs peu savaient ce que c’était), puisque, malgré le gel complet du point d’indice, les passages d’échelon compensaient l’inflation. D’ailleurs sous Hollande, quelques gains via le PPCR et le dégel « électoral » du point d’indice ont permis à la majorité des enseignants d’éviter de perdre en pouvoir d’achat (en rappelant qu’on ne parle que du traitement indiciaire, « sur » une période de 4 ans, et avec quelques conditions particulières). Or, lors d’une période d’inflation galopante, comme c’est le cas actuellement, le passage d’échelon ne permet plus pour certains de compenser les pertes en pouvoir d’achat. Ainsi, sans la revalorisation de 3,5 % du point d’indice, l’Etat aurait dû verser, pour l’année 2022 (versement en 2023) la GIPA à une bonne partie des fonctionnaires ! C’est donc très certainement pour éviter d’être dans cette situation que le gouvernement, à l’issue bien sûr de prévisions financières, qu’il a établi ces 3,5 % : une revalorisation permettant de ne verser la GIPA qu’à une petite partie des fonctionnaires. Alors bien sûr le gouvernement aurait pu ne pas revaloriser le point, mais cela n’aurait pas été tenable. Ou revaloriser à seulement 2 % par exemple, mais alors il aurait dû verser de toute façon la différence (grosso modo) avec ces 3,5 % en 2023 sous forme de GIPA. Il aurait donc été dommage de ne pas en profiter pour servir une com politique, vu le peu d’intérêt de revaloriser en dessous …
Je reviendrai plus loin sur ce qu’il se prépare, par contre pour 2023, et cela ne sera certainement pas la même musique …
6) Le discours d’E. Macron face aux sénateurs : confirmation … !
Le 25 aout 2022, E. Macron revient donc sur la revalorisation à venir, dans cet extrait :
https://twitter.com/Ithyphallique/status/1562756721688612864
Bref, sur le fond – et sur la forme ! - il dit la même chose qu’en avril, en ne disant jamais que « TOUS les enseignants seront revalorisés de façon inconditionnelle de 10 % », en utilisant la même rhétorique trompeuse :
- utilisation de « les » ou « des », ou même encore « nos » enseignants quand il aurait fallu utiliser « une partie des/de nos ».
- utilisation de formulations qui flirtent avec le mensonge : « nous avons commencé une revalorisation générale des enseignants il y a deux ans, qui sera poursuivie ».
A noter que E. Macron commence la dernière phrase par « Sur la base du Grenelle ». On pourrait dès lors interpréter, comme cela est en fait prévu, que la revalorisation à venir est effectivement une troisième prime Grenelle, sous la même forme.
Par contre, il y a deux changements essentiels, pour ne pas dire primordiaux, dans la déclaration de Macron :
- Le premier est clair, cette fois-ci il n’y a pas d’ambiguïté, et pour cause : la revalorisation initialement prévue en janvier 2023 est reporté à … septembre 2023 ! Inutile de commenter les conséquences, concernant les plus faibles échelons (puisque les seuls revalorisés) au regard de l’inflation qui ne pourra que s’accentuer à partir de janvier 2023 …
- Le deuxième est très subtile, et a d’ailleurs logiquement interloqué avant de faire l’objet d’interprétation – ou non ( ?) : l’utilisation de l’expression latine « statu quo (ante) » … qui ne pouvait bien sûr, dans le flou qu’il procure, que présager d’une mauvaise nouvelle !
7) … qui s’accompagne d’une (autre) mauvaise nouvelle !
Il suffit de faire preuve de logique. Nulle démonstration ici partant d’une argumentation complexe. Juste de la logique, voire du bon sens.
Que s’est-il donc passé entre le débat du 22 avril, et ce 25 aout, qui ferait utiliser à Macron une expression qu’il n’avait donc pas utilisé précédemment … ?!
Une seule chose : la revalorisation du point d’indice de 3,5 % !!
Ce que donc, Macron, cyniquement, n’a pas voulu expliciter – on se demande bien pourquoi ! – c’est que, dans cette revalorisation de 10 % échelon 2 (qui était déjà une valeur gonflée, dans les deux sens du terme) initialement prévue, il INCLUAIT les 3,5 % qui avaient déjà fait augmenter les traitements de base (mais aussi l’ISO ou ISAE …).
Pour ceux qui ne seraient pas convaincus, il y a le deuxième point logique qui confirme le premier : Macron parle toujours d’atteindre les 2000 € nets « en début de carrière, le montant annoncé en avril n’a pas changé ! Si Macron avait continué de parler de ces « 10 % d’augmentation » - sans rien préciser - pour atteindre les 2000 € nets, et donc en partant des nouveaux montants des traitements de base (et nouveaux montant d’ISO ou ISAE), alors soit cela aurait fait beaucoup dépasser des 2000 € nets prévus. Il aurait donc fallu, pour qu’il ne mente pas par rapport à ce qui était prévu, qu’il utilise un pourcentage beaucoup plus bas (en fait 6,3 % max, mais plutôt entre 4 et 5 % grand max ! Voir annexe 7 ) pour simplement atteindre les mêmes 2000 € nets …
Macron ne prévoit donc absolument pas de changer quoi que ce soit dans ce qu’il avait prévu, qui était déjà dérisoire – surtout pour la majorité des enseignants – malgré la confirmation de la continuation de l’inflation galopante, mais en plus avec un recul de janvier à septembre 2023 … cela vient probablement du fait qu’il avait déjà fixé les objectifs à atteindre, sous la forme entre autres d’un budget alloué à l’EN déjà fixé (voir plus loin pour plus de précisions).
Et, bien sûr, sans dire clairement les choses.
8) Les réactions et les conséquences de ce 25 aout concernant la « revalorisation » à venir
On a un « bis repetita » général de ce qui avait déjà suivi le 22 avril …
En ce qui concerne ce qui a été repris par les médias, j’avais entendu en temps réel sur Europe 1 que ces « 10 % inconditionnels pour tous les enseignants avaient été prononcé par le journaliste ». Coupé au montage du replay audio, mais qui reste présent sur le replay video, à partir d’ 1min05 :
De façon générale, les mêmes fausses informations ont été relayées par la grande majorité des médias comme cela avait été fait le 22 avril, dont la phrase précédente. Ensuite, les jours suivants et de la même façon qu’en avril, pouf, disparues des médias audio et vidéo, et bien sûr, sans démenti. Mais les fausses informations restent accessibles à l’écrit ou en replay, comme par exemple dans des médias supposés spécialisés du monde enseignants, comme dans le Café pédagogique :
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2022/08/25082022Article637970352058738025.aspx
Alors on peut se poser la question : pourquoi Macron fait-il sciemment (et à nouveau !) une déclaration trompeuse, quand de toute façon cela sera débunké rapidement dans la foulée ? De façon générale :
Cela est un des stratagèmes – clairement pensé, appliqué rigoureusement - utilisé par ce gouvernement qui font le plus mal à la condition enseignante. Car une fois le discours passé, débunké ou pas, le mal est fait. L’opinion publique a entendu, compris ce que le président voulait qu’il comprenne, et donc entendent que ces enseignants sont encore privilégiés ! D’autant plus que les médias reprennent cette infox dans la foulée, et que si elle disparait par la suite, ces médias ne vont certainement pas indiquer que « finalement attention, les enseignants ne seront pas TOUS augmentés de 10 %, il s’agissait d’une erreur ! ». Et puis si certains médias persistaient dans leur « erreur », la réponse consisterait à dire qu’ils n’ont manifestement pas compris les propos issus de sa « pensée complexe » …
Sans parler bien sûr de la partie des enseignants qui vont continuer à le croire encore …
Et si E. Macron choisit d’en arriver là, c’est parce que ce sont des milliards d’euros pour les prochaines années qui sont en jeu, qui s’ajoutent aux milliards d’euros déjà économisés. Endormir les enseignants, les laisser croire que, à l’aide des médias et des syndicats complaisants, permet de ne pas risquer des mobilisations d’ampleur. Devant tant de flou, voire de fausses informations, une bonne partie des enseignants ne se mobiliseront pas, comme d’habitude, alors qu’une dénonciation claire de ce qui est prévu – une continuation de la stratégie de tassement salarial, qui – au vu de l’inflation galopante – fera perdre non seulement en niveau de salaire, mais surtout en pouvoir d’achat la grande majorité des enseignants ! Sauf une partie de ceux qui accepteront ces missions supplémentaires censées leur apporter ces 10 % supplémentaires … comme si les enseignants ne travaillaient pas suffisamment… ?!
Je rajouterai concernant les effets de cette communication trompeuse, que ça fait 5 ans que cela se passe ainsi, et comme jamais auparavant d’une telle ampleur, à ma connaissance ! SI on en est aujourd’hui à l’apogée avec cet épisode des « 10 %, 2000 € nets », l’épisode de la mise en place de la réforme des retraites aura été éloquent ! Entre les déclarations clairement mensongères (« les enseignants seront les grands gagnants de la réforme des retraites », de Blanquer), les fausses promesses (les enseignants recevront des primes qui compenseront les pertes de pensions »), les cas-type complètement faussés pour faire croire que les montants de pension ne changeraient quasiment pas (en utilisant des critères tellement irréalistes dans le meilleur des cas), etc. Il va falloir se préparer pur cela aussi, car la réforme non seulement paramétrique (recul à 65 ans) mais surtout systémique sera bientôt relancée !
9) Complément de … bon sens sur cette communication !
Car parfois, il suffit simplement d’un peu de bon sens :
- si la revalorisation des 10 % avait été réellement prévue pour TOUS les enseignants, comment croire une seule seconde que les membres du gouvernement ne l’auraient non seulement pas dit très clairement, mais surtout n’auraient pas insisté lourdement sur une annonce aussi exceptionnelle ?!
- De même concernant le « salaire net » de 2000 €. Comment peut-on concevoir que s’il avait été question, d’abord de l’année de stage, ils n’auraient pas non plus insisté dessus ?
- De même concernant la prise en compte ou non des primes … comment auraient-ils pu ne pas dire clairement, en insistant, que les 2000 € nets concernait uniquement le traitement de base net, si tel avait été le cas ?!
Avant de passer par des « preuves », le simple bon sens, qui semble se perdre pour une majorité des enseignants par exemple, donnait déjà la réponse de manière évidente …
« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup !», et quand c’est volontairement très flou, c’est que l’on se fout de nous …
10) Perspectives concernant les salaires des enseignants
Il faudrait d’autres publis pour analyser et confirmer ce que je vais dire, ce que les syndicats auraient déjà dû faire : sous Macron, la masse salariale des enseignants (dont le montant semble – bizarrement – inaccessible !?) est en baisse à euros constants, et ce à cause de différents facteurs : le gel complet (ou très partiel) du point d’indice, bien sûr, la non (ou très faible) augmentation du nombre des enseignants et l’augmentation en moyenne du nombre de HSA faites (beaucoup plus rentables en général). Hors CAS (pensions). Si on inclut les pensions, celles-ci engendrent là encore une baisse à euros constants, de par le fait que, les derniers échelons n’étant jamais revalorisés, ils toucheront moins, en moyenne que leurs prédécesseurs.
La baisse de cette masse salariale est clairement un objectif de ce gouvernement qui tend à faire baisser, de façon générale, le budget alloué aux services publics (au moins à euros constants).
Or, jusqu’à maintenant, il était rare pour un fonctionnaire, donc un enseignant, de perdre en pouvoir d’achat sur une période de 4 ans (voir partie 5), grâce à la fameuse GIPA. La GIPA sera pour cette année touchée (en 2023) par un peu plus d’enseignants que les années précédentes, car, même si la revalorisation du point d’indice de 3,5 % assez proche de l’inflation moyenne de cette année qui sera prise en compte dans son calcul (5 % ?), le cumul d’inflation sur les 4 dernières années sera supérieur aux cumuls précédents. Par contre, c’est l’année prochaine que, en considérant une inflation identique à cette année (avec probable envol dès janvier) et une non revalorisation du point d’indice, la GIPA concernerait TOUS les enseignants, et d’ailleurs TOUS les fonctionnaires, d’autant plus que cette GIPA ne prend pas en compte dans son calcul des primes ou indemnités (donc seulement le traitement indiciaire) ! Ainsi aucune prime Grenelle ne compterait, ce qui se transformerait alors en aubaine pour une partie des premiers échelons !
Mais il y a un hic. Un énorme HIC : la GIPA avait été reconduite pour les années 2021 et 2022 comme s’y était engagé E. Macron. Mais il n’y a eu aucune communication sur une reconduction éventuelle pour 2023 et encore moins pour les années suivantes, et d’ailleurs il n’y a aucune obligation de le faire, et pour cause !
On pourrait penser à plusieurs possibilités qui permettraient en première idée de continuer à verser cette GIPA, mais comme elle s’applique à l’ensemble des fonctionnaires, cela ne serait certainement pas satisfaisant pour un gouvernement qui veut continuer à faire des économies sur la masse salariale, notamment sur celle des enseignants. Bref, à moins d’une énorme surprise, la GIPA telle qu’appliquée jusqu’à maintenant, celle qui permet réellement sur 4 ans de ne pas perdre en pouvoir d’achat, devrait être purement et simplement supprimée, à moins de changer radicalement dans son mode de calcul en vue de minimiser les montants à verser. Ceci à mettre en lien avec une éventuelle refonte – prévue - des grilles salariales des fonctionnaires qui pourraient là aussi changer la donne.
D’ailleurs le fait qu’E Macron annonce des montants de « revalorisation » – qui plus est pour septembre 2023 seulement ! – aussi faibles et pour une partie seulement des enseignants (dérisoire ou nulle pour la majorité), pourrait bien aller dans le sens d’une prévision de non renouvellement de la GIPA …
En tout état de cause, les 4 à 5 % promis pour l’échelon 2 – en considérant que Macron s’en tienne donc à ces « 2000 € nets en début de carrière », risquent fort de ne même pas compenser l’inflation d’ici-là. Quant aux autre échelons, surtout la fin de carrière, ce sera la dégringolade en pouvoir d’achat …
Cela sera donc modulé par une très probable revalorisation du point d’indice, mais qui sera de toute façon une fois encore bien en-dessous de l’inflation, et accentuera ainsi les pertes pour la grande majorité des enseignants, avec, donc cette non reconduction quasi certaine de la GIPA qui fera faire autant d’économies sur le dos du salaire des enseignants qu’il le souhaite. En ne généralisant pas avec « les fonctionnaires », car une bonne partie a toujours été compensée de l’inflation, contrairement aux enseignants qui poursuivent ainsi leur paupérisation ….
Ce qui augure de fait ce qui devrait être une première historique : la perte en pouvoir d’achat (et pas simplement du niveau de salaire) de la grande majorité des enseignants à partir de leur traitements indiciaires !
11) Conclusion
La revalorisation prévue – et annoncée - par E. Macron pour septembre 2023, est dérisoire, d’autant plus au vu de la continuation de l’envolée de l’inflation. Rien pour les fins de carrière, cela a été clairement dit, notamment par Pap N’diaye (voir annexe 8). En d’autres termes, même avec une inflation moins forte qu’annoncée et avec une revalorisation éventuelle du point qui serait une fois de plus très insuffisante, il est actuellement prévu que TOUS les enseignants perdent en niveaux de salaire, et la majorité en pouvoir d’achat, ce qui sera historique. Cela occasionnera pour l’Etat d’énormes économies (en considérant qu’il n’y aura pas de récession ni de stagflation), d’autant plus avec la très probable non reconduction de la GIPA, ou alors avec un changement radical de son mode de calcul pour minimiser les montants.
Alors sera-ce ce qui sera réellement appliqué en septembre 2023 ? On ne peut pas savoir, mais c’est en tout cas ce que Macron a dit dans son enrobage trompeur. D’ailleurs le budget étant déjà décidé, avec un seul milliard restant pour toutes les revalorisations – incluant donc les 10 % contre missions supplémentaires – il est difficile de penser qu’il pourrait en être autrement. Tout est manifestement déjà prévu, comme d’habitude, et il sera curieux de voir comment ce gouvernement réussirait à faire croire le contraire en octobre.
Ce qui se révèle être, finalement, une accélération (grâce à l’inflation galopante) de la paupérisation du métier d’enseignant, est facilitée par une communication gouvernementale sciemment trompeuse, elle-même aidée par une majorité de médias dont la facilité avec laquelle ils sont « dupés » questionne, ainsi que par des syndicats passifs, qui non seulement jamais ne dénoncent cette stratégie de manipulation bien huilée, mais restent dans le même flou que le gouvernement veut qu’ils restent, malgré les évidences – voire les preuves - de la réalité de ce qui est prévu. Et si « qui ne dit mot consent », « qui ne dénonce pas, cautionne » !
Cette communication, ce « nerf de la guerre », est très certainement ce qui fait le plus de ravage concernant le condition enseignante, non seulement de par le rejet – au moins l’indifférence – de la majeure partie de l’Opinion publique qu’elle induit, mais aussi par le même flou dans lequel est plongée une bonne partie d’enseignants qui ne se mobiliseront ainsi jamais. Raison pour laquelle le gouvernement utilise ce stratagème de façon systématique et avec une rigueur qui ne peut être mise à mal que par d’éventuelles insistances de journalistes s’il est question de ne pas mentir ouvertement sur ce qui est réellement prévu … ce fut le cas, concernant par exemple des « 10 % pour tous les enseignants » pour A. de Montchalin (annexe 4) mise en difficulté, mais aussi de Pap N’Diaye (voir annexe 9) mis très en difficulté concernant les « 10 % primes incluses ou non ? » ! Macron semble s’en être par contre toujours sorti (annexe 3).
Il faut d’ailleurs se rendre compte qu’avec E. Macron, jamais la communication n’avait été autant verrouillée. Il a d’ailleurs rapidement choisi ses journalistes, en refusant certains. En fait, quand des changements radicaux – et contre certaines franges de la population, ici surtout les enseignants - sont prévus, la communication est la première arme utilisée car c’est celle qui fait le plus de ravages, surtout quand il y a des aides ou des passivités de part et d’autre. Je ne pense pas que sous les gouvernements précédents on avait atteint un tel niveau de manipulation, aussi bien dans la quantité, que dans la qualité. Cela n’exonérant pas la responsabilité de certaines entités quant aux dénonciations à faire devant les évidences et les preuves de ces mises en scène.
Cela confirme la volonté du gouvernement de poursuivre le tassement prévu de la grille salariale des enseignants (voire des fonctionnaires ou d’une partie des autres ?), profitant simplement de l’inflation galopante pour l’accélérer. Les enseignants, complètement déclassés depuis plus de 20 ans, et notamment la génération ayant commencé à enseigner aux alentours de 2010 (début du gel complet du point), sont désormais - quasiment – rémunérés en moyenne comme des personnels de catégories B. En n’oubliant pas qu’avec la continuité prévue de leur paupérisation, le salaire moyen des enseignants continuera de baisser, à moins qu’une majorité – les enseignants étant donc considérés comme ne travaillant pas assez - n’accepte les missions supplémentaires prévues par E. Macron.
Ceci dans une certaine logique où l’Education nationale publique et les enseignants, dans un monde néolibéral de plus en plus orienté vers le privé avant tout, la rentabilité, et la transmission de « compétences » au détriment des « savoirs et connaissances » (ce qui peut parfois s’assimiler à un rôle plus d’animateur que d’enseignant) ne sont plus considérés comme des priorités, et la dégradation de leur qualité étant de fait acceptée par ce type de gouvernement. Les énormes économies faites peuvent alors être redirigées vers le privé, quelle que soit la forme que cela prenne. Cela participant à s’aligner au système néolibéral des pays anglo-saxons, mais avec une condition enseignante en France qui est probablement déjà devenue la plus mauvaise, avec une dynamique allant, donc, vers du encore pire.
Sans même parler de tous les autres problèmes à venir de l’Education nationale publique, et notamment le sinistre sort réservé aux LP, la continuation de la dégradation des conditions de travail (effectifs par classe qui continuent d’augmenter, HSA imposées, inclusions scolaires sans moyens suffisants, libéralisation des établissements à venir qui soumettront davantage les enseignants et creuseront les inégalités territoriales, etc) le tout dans le même genre de communication trompeuse.
Les jours les plus sombres pour l’Education Nationale publique et ses enseignants (entre autres) sont donc à venir, sauf miracle d’une prise de conscience générale …
Bref, dans ces conditions de flou sciemment distillé, et entretenu non seulement pas les médias (volontairement ou non) mais surtout par des syndicats (leurs têtes, pas les syndicalistes de terrain qui font un super boulot) passifs, qui ne dénoncent pas, ne donnent pas les décryptages quand ils sont pourtant devenus évidents, participant ainsi à laisser une bonne partie des enseignants dans une torpeur qui ne peut qu’entretenir une passivité, on ne peut que se sentir dans un jeu de dupes !
Un jeu perdu d’avance, dans lequel d’ailleurs le gouvernement a certainement des indicateurs rassurants – et pour cause ! - lui permettant de continuer tranquillement sa politique de destruction de l’EN publique (entre autres !).
Une réaction serait-elle alors possible, pour tenter de déjouer ce qui semble inexorable ? Il ne faut pas oublier que le temps joue contre les enseignants (entre autres), et c’est aussi la raison pour laquelle le gouvernement passe son temps … à en gagner ! Il gagne en fait sur tous les plans …
Car plus on attend, plus il y aura de contractuels qui seront moins à même de se mobiliser le cas échéant, plus on arrivera à cette « libéralisation » où notre CDE sera notre supérieur hiérarchique avec des pressions locales de plus en plus fortes sur les enseignants en général …
ANNEXES
Annexe 1 : Calculs permettant d’atteindre les 2000 € nets prévus échelon 2
- D’abord à propos des 1869 € mentionnés par l’équipe de campagne : en avril, net échelon 2 : 1640 €, primes Grenelle nettes : environ 157€. ISO ou ISAE nette : environ 86 €.
Donc salaire net : 1640 + 157 + 86 = 1883 € au lieu de 1869 annoncés. Il y a une différence de 14 €. Pourquoi ? Mystère …
(une hypothèse tout de même : en incluant la prime informatique mensualisée : 150 / 12 = 13,5 arrondis à 13 €. Le salaire net devient alors 1883 + 13 = 1896 €, donc 1869 en inversant les deux derniers chiffres, ce qui aurait donc été une erreur de transcription.)
Salaire que l’on va obtenir en rajoutant la revalorisation (supposée sous forme de prime voire de l’augmentation du nombre de points d’indice, et non du point d’indice) : les 10 % se rajoutent bien sûr sur le traitement indiciaire :
1640 * 1,1 = 1804 € (donc augmentation de 164 € échelon 2).
On rajoute les primes :
1804 + 157 + 86 = 2046 €.
Pour atteindre les 2000 € pile, il aurait fallu rajouter un peu plus de 7 % seulement. D’où le « grosso modo » (plus tard « aux environs de »).
On comprend d’ailleurs pourquoi ces « 10 % » : c’est plus accrocheur dans la communication, et ça permet d’amplifier la réalité de ce qui est prévu (encore qu’il faille avoir une vague idée au départ …). Il est très probable que ce que Macron avait réellement prévu c’est en fait plutôt ces 7 % et quelques (soyons fous, on va dire 8 % !) qui seraient réellement rajoutés pour dépasser un peu les 2000 € …
Annexe 2 : la stratégie de tassement de la grille indiciaire des enseignants
Ce gouvernement est en train de transformer la grille de rémunérations précédente vers une grille plus tassée, comme le suggérait une étude de McKinsey de 2007 commandée par Sarkozy à l’époque :
Avec la partie qui nous intéresse :
https://photos.app.goo.gl/KpD9S1YRP3WJSyDz9
Avec Hollande cette stratégie n’a pas été appliquée, avec un dégel électoral et le PPCR qui a permis de, disons, limiter les dégâts, mais depuis les primes Grenelle, cette stratégie est évidente. Par contre, de par les valeurs de revalorisation prévues, on peut estimer que cet alignement de la grille indiciaire ne se fera que de façon « low-cost », avec une moyenne de traitement indiciaire bien en dessous de ce qui est pratiqué en Finlande.
Augmenter tous les enseignants de 10 % contreviendrait bien sûr à cette stratégie, d’ailleurs pourquoi notre président donnerait-il gratuitement des euros à des fins de carrière qui de toute façon ne partiront pas dans leur grande majorité quoiqu’il arrive ?!
Annexe 3 : analyse de l’interview d’E. Macron sur France Inter le 22 avril 2022
E. Macron ne dira/confirmera jamais que ce sont TOUS les enseignants qui seront revalorisés de 10 % inconditionnellement – et pour cause, ça en devient d’ailleurs risible quand on sait qu’il fait justement tout pour l’éviter. Pourtant Salamé lui demande deux fois ... du grand art !
A 11’43’’ : Salamé lui demande de confirmer que les enseignants seront bien tous revalorisés de 10 % le 1° juillet. Or la revalorisation est prévue en fait en janvier, Macron en profite donc pour éviter de répondre à la question posée, il n’en demandait surement pas tant !
A 15’03’’ : Salamé insiste « donc 10 % en janvier », mais Macron qui avait commencé une phrase saisira l’opportunité de ne pas répondre !
Macron en a profité pour essayer de justifier (arguments abscons) ce qu’il veut faire : de nouvelles grilles de salaires pour les fonctionnaires. En fait il s’agira probablement d’officialiser d’abord le tassement des rémunérations pour les enseignants. Comme on sait que Macron veut privilégier le « mérite », mais on peut se demander si ce qu’il appelle « mérite » ne consiste pas simplement à accepter le travail supplémentaire qui sera proposé …
Annexe 4 : l’interview d’A. de Montchalin sur « Public Sénat » le 25 avril 2022
Macron avait donc soigné sa communication – du grand art ! – pour laisser planer le doute quant à la signification de ces « 10 % ». Ben oui, quoi, ça permettait éventuellement de récupérer les voix de quelques profs indécis qui auraient eu encore la naïveté de croire à la bonne volonté de Macron nous concernant …
Il ne fallait donc pas tout gâcher, en continuant à faire croire que : « TOUS les enseignants seront revalorisés de 10 % », même après le résultat des présidentielles !
En fait, entre temps il y avait eu le débunk officiel que la persévérance de journalistes du Nouvel Obs avait permis de récupérer, mais force aura été de constater que, malgré l’accessibilité de cet article (toujours en ligne par ailleurs), il n’a pas été repris par … ben par tout le monde semble-t-il .. ?! La victoire de la com’ mesquine aura donc pu continuer à capitaliser.
Bref, A. de Montchalin doit être dans la continuité :
https://www.youtube.com/watch?v=Db-8Alj-JCA
Le tout début vaut déjà le détour, mais on ne peut s’empêcher de sourire quand on voit ce qu’il se passe à 1min45, lorsque la journaliste demande à A. De Montchalin : « Mais cette prime, c’est bien pour tous les enseignants ? ». Je vous laisse admirer le « talent » …
La journaliste a posé deux fois la question, mais il semble évident qu’elle a senti que son interlocutrice ne voulait pas qu’elle insiste une troisième fois. La journaliste, courageuse mais pas téméraire, décide d’abandonner, sans avoir eu la réponse à la question posée. Ca a l’air de rien, mais ça en dit long sur la pression appliquée par certains membres du gouvernement.
Annexe 5 : « Revalorisation historique du point d’indice », ou la communication fallacieuse de S. Guérini et O. Grégoire notamment qui mettent en avant le quart de verre plein, en omettant les trois-quarts vides : ainsi il s’agit d’une « hausse historique, jamais vue depuis 1985, il y a 37 ans » :
https://twitter.com/oliviagregoire/status/1541784148607700993
https://twitter.com/oliviagregoire/status/1542056909003522048
https://twitter.com/StanGuerini/status/1541797227596742657S. Guérini allant même jusqu’à illustrer avec un graphique, c’est tellement plus beau :
https://twitter.com/StanGuerini/status/1541695171158593536
Omettant qu’il s’agit, aussi et surtout, d’une perte en pouvoir d’achat/niveau de salaire « historique » en remontant à quasiment la même date ! O. Grégoire pousse le cynisme jusqu’à parler de « renforcer le pouvoir d’achat » des fonctionnaires, quand il s’agit en fait de leur en faire perdre un peu moins, en allant même jusqu’à compter les 1,5 % de GVT (grosso modo la progression moyenne des traitements due aux passages d’échelon), considérant ainsi implicitement que l’évolution des salaires des fonctionnaires ne saurait suivre, au mieux, une autre évolution que celle de l’inflation … Fini, donc, la progression à l’ancienneté ? En même temps, c’est une volonté qui était affichée par M. Blanquer …
Voir aussi cette analyse très bien faite en réponse des déclarations de S. Guérini :
Annexe 6 : Le fonctionnement de la GIPA selon A. De Montchalin …
C’était sur Europe 1, le 4 novembre 2021, à 3min15’’ :
« Cette indemnité, elle est nécessaire, mais elle était nécessaire pour quoi ? Parce que vous aviez des salariés qui touchaient moins que le SMIC tous les mois. (…) je me suis assurée que tous les mois, tous les agents publics touchent au moins le SMIC. Du coup on n’a plus besoin d’aller faire des corrections 12, 14, 15 mois après … » !!!!
- Donc la GIPA ne concernerait que les agents publics qui touchaient moins que le SMIC : complètement faux ! Voir définition donnée plus haut, ou ici par exemple :
https://www.justice.fr/fiche/fonction-publique-garantie-individuelle-pouvoir-achat-gipa
Tous les ans des fonctionnaires touchent la GIPA, d’autant plus qu’elle ne prend pas en compte les primes/indemnités, d’autant plus en période de forte inflation avec un point d’indice non revalorisé à sa hauteur ou insuffisamment comme en 2022 ! Cette année sera très certainement, d’ailleurs, celle où on aura le plus de fonctionnaires qui auront touché cette GIPA (dont la non reconduction est donc quasiment certaine) !
- Et découlant du précédent : « Du coup on n’a plus besoin d’aller faire des corrections». Donc complètement faux aussi !
- Enfin « des corrections 12, 14, 15 mois après ». Heu, non, la GIPA se calcule systématiquement entre deux mois de décembre séparés de 4 ans. 4 * 12 = 48 mois ….
Incompétence, ou réflex/opportunisme du mensonge destiné à faire croire au peuple que les fonctionnaires ne peuvent plus perdre en pouvoir d’achat, ces chanceux ? On a en tout cas trois affirmations concernant la GIPA, de la ministre de la FP de l’époque, qui sont complètement fausses, et sur lesquelles elle s’appuie pour embellir énormément la réalité des choses, en plus de se lancer des fleurs …
Annexe 7 : Ce que la revalorisation du point d’indice change quant à la réalité des pourcentages et des montants de la revalorisation à venir
Il faut faire la mise à jour … POST revalorisation du point d’indice !
Car c’était un moment du discours du 25 aout qui étaient difficilement interprétable a priori : les 10 % seraient « statu quo ANTE », et ce qu’il faut comprendre, c’est bien évidemment que Macron inclut, dans ces 10 %, les 3,5 % de revalorisation du point qui avait donc eu lieu entre les deux discours …
Ainsi, si on se base sur les 10 % prévus initialement, on en serait à une revalorisation de 1,1/1,035 – 1 = 6,3 %(arrondi) de l’échelon 2 en septembre 2023, soit une augmentation de 107 €.
Mais ça, ce serait dans l’hypothèse uniquement où Macron augmenterait effectivement un total de 10 % à partir du traitement de base échelon 2 d’avant revalorisation des 3,5 %.
Car si, par contre, Macron passe outre ces 10 % racoleurs, pour ne faire qu’atteindre les 2000 € nets promis l’augmentation (sous forme de prime) serait alors beaucoup plus faible, puisqu’il faut alors aussi tenir compte du nouveau montant de la prime ISO ou ISAE (89,50 € nets) :
Le pourcentage (successif) à appliquer à partir du salaire net actualisé (1697 €) serait de : (2000 – (1697 + 157 + 89,5))/1697 = 3,3 % pour 56,50 € d’augmentation échelon 2…
Annexe 8 : les différentes interventions de Pap N’Diaye, confirmant que les fins de carrière n’auraient aucune revalorisation
- Lors de son audition au sénat le 2 aout :
A partir de 57’45’’ : « c’est l’ensemble de cette grille salariale qu’il faut repenser, à l’exception des dernières années, où là il y a un rattrapage qui se fait, en particulier avec le passage en hors classe. »
Il faut de plus noter que la remarque concernant ce « rattrapage » est erronée, puisque le passage à la hors classe, au bout d’une durée « normale » ne fait que continuer une progression identique à celle concernant les échelons précédents. Le plat dont parle Pap N’Diaye n’étant dû justement qu’aux primes Grenelles dégressives, et qui vont continuer à l’être avec la troisième version à venir …
- Lors de son intervention au journal de 20 h de France 2, c’est à la 31° minute :
https://www.france.tv/france-2/journal-20h00/3772090-edition-du-jeudi-25-aout-2022.html
«On va faire des propositions, à la fois pour les entrées de carrière, mais à la fois pour les milieux de carrière qui sont également problématiques ». On ne peut faire plus clair … il est bien prévu que les fins de carrière n’aient rien.
Annexe 9 : Pap N’Diaye mis en difficulté sur RTL :
C’est un lien que l’on m’avait donné, comme plus ou moins une « preuve » du fait que non, les 2000 € nets n’incluront pas les primes ! Pap N’Diaye ne semble pas très en forme, ne devait probablement pas s’attendre à cette question à laquelle il n’était visiblement pas préparé … je laisse découvrir la conviction avec laquelle il répond qu’effectivement, ce serait sans les primes, à 5min10’’ :
La boulette ! Par contre il parle bien juste après de « salaire de départ » … si il avait dit « traitement (indiciaire) brut », là effectivement… mais il pourra considérer qu’il s’était donc rattrapé en parlant bien du « salaire » …