De la cynique hiérarchie des tragédies

Je viens d'achever la diffusion hebdomadaire de l'émission de débat "hart aber fair", programmée tous les lundis à 21h sur ARD, la première chaine de télévision publique allemande. J'en avais presque les larmes aux yeux à l'évocation de l'expérience de ces jeunes étudiants en médecine, Nicolas Aschoff (23 ans) et ses deux camarades Til Eckert (22 ans) et Simon Scheiblhuber (27 ans), qui longtemps avant l'explosion dramatique de l'épidémie devenue entre temps pandémie, décident à leurs frais et de leurs propres chefs de se rendre en Sierra Léone pour animer sur place un séminaire de formation du personnel médical sur les règles d'hygiène et de sécurité pour éviter une contamination lors du traitement de personnes infectées, ou lors de la mise en terre des personnes décédées de la terrible maladie. On en apprend des choses du jeune étudiant, il leur a fallu juste la modique somme de 150, - € pour mettre sur pied une tente destinée à l'isolation des malades et 20, - € pour l'achat d'une combinaison protectrice. Quand on met en parallèle cette initiative citoyenne avec celle des 403000 espagnols qui ont signé récemment une pétition en ligne pour éviter que soit euthanasié le chien de l'infirmière espagnole récemment contaminée lors du traitement du prêtre espagnol hélas décédé, et les échauffourées que ces protestations ont entrainées avec la garde civile espagnole, on se demande que peut bien être l'étalon de valeur incitant les mobilisations des opinions européennes. La vie d'un chien mobilise un demi million de personnes mais l'action de ces trois étudiants allemands a sûrement sauvé des vies. Mettons la, cette action, en parallèle avec la mobilisation mondiale sur la toile avec ces fameux défis dénommés "Ice Bucket", auquel d'illustres personnalités ont associé leurs efforts, et évaluons les fonds collectés à l'aune des coûts ci-haut mentionnés pour mettre sur pied une tente d'isolation de malades Ebola ou acheter une combinaison protectrice, on en est à se demander s'il n y aurait pas sur terre une race qui a priori dans l'ordre hiérarchique aurait moins de valeur qu'un animal. 

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