Ma proposition est de faire de ce jour une fête de la citoyenneté, de la participation aux choses de la cité. Tous les cinq ans le premier tour de l’élection présidentielle après désignation d’un bouffon candidat abstentionniste, comme proposé l’an passé, et les années suivantes des moments de débats autour des orientations ou désorientations du programme du gouvernement. Pour cette année, un bon sujet aurait été la réduction de la vitesse. Contrairement à bien d’autres réformes, elle aura des répercutions concrètes sur la vie des citoyens, et particulier ceux de seconde zone, également nommés provinciaux.
L’argument massue, l’argument tueur pourrait on dire des partisans de la baisse de la vitesse, est le gain de 3 à 400 vies par an, environ une par jour pour le prix, présenté comme dérisoire, de cinq minutes sur les trajets moyens. Je vous fais grâce des calculs compliqués qui conduisent à une perte moyenne de temps de vie de 28 années et 6 mois pour les victimes d’accidents de la route, environ 15 millions de minutes qu’il faut comparer aux 17 millions de fois 5 minutes perdues par tous ceux qui vont au bout de leur chemin sans anicroche : y’a pas photo comme dise les radars de bords de route. Du point de vue de la vie collective, de la quantité de vie vécue, cette mesure nous fera creuser un déficit d’une vingtaine de vie. Tous les jours ! Comptez vous-même sur une année !
Pourtant, en dépit de sa conformité aux valeurs du temps et à la valeur du temps (de l’argent comme chacun sait), il faut pointer les faiblesses de cette vue comptable. Les minutes de vie perdues sur le trajet ne sont pas des minutes de mort, d’inexistence. Au contraire elles augmentent le temps d’exposition à l’auto radio, peut –être des quelques minutes qui manquent à l’agrégation et la compréhension des informations, si perpétuellement recouvertes par d’autres qu’il n’est guère possible d’en dégager le sens, qui éventuellement pourrait induire une action, un comportement, une attention. Quelques minutes auxquelles la citoyenneté serait redevable, sachant qu’en ce domaine certains écarts se paient en millions de vie (humaines ou autres). Un gain considérable mieux encore assuré si ces quelques minutes volées par le gouvernement aux automobilistes étaient consacrées au silence. Profitons de ces minutes pour l’établir, laissons infuser en nous ce que nous venons d’entendre, le plus souvent une compilation d’horreurs diverses et variées, et faisons, à notre mesure, en référence à l’image aussi connue par les mots qu’ignorée par les gestes du colibri, ce que nous pouvons faire pour limiter ces horreurs, ne serait ce qu’en cessant de les provoquer par l’avidité de notre écoute, et ces quelques minutes deviendrons très précieuses.
Ce serait un premier pas sur le chemin de la sagesse auquel nous aspirons tous sans toujours oser nous l’avouer. Un second dispositif nous y conduirait encore plus surement. Dans notre société ou la symbolique est en état de choc post technologique, les quatre cents personnes encore vivantes qui devraient être mortes auraient un rôle capital à jouer pour incarner la valeur de la vie, pour parler en son nom. Comme il est très difficile de repérer ceux qui devraient être mort (pour l’instant, mais avec l’IA ce sera bientôt possible), il faudrait les choisir par tirage au sort et les investir de la haute responsabilité d’être vivant, ce qui semble nous échapper de plus en plus si nous mettons en balance ce fait inouï (personnellement je n’ai jamais pu m’y habituer) avec la foule d’occupations qui nous en éloigne. Franchement, si le fait de ressusciter des gens qui ne sont pas mort ne nous enphilosophe pas les méninges, c’est que nous ne méritons pas notre gouvernement. Le très grand apport de ce nouveau parlement renouvelable chaque année (les modes de fonctionnement restent à définir) résiderait dans la propagation de l’idée, ancrée dans la population par sa seule existence, que le fait de choisir n’importe quel citoyen vivant pour représenter n’importe quel autre qui devrait être mort atteste d’une réalité que l’individualisme néglige : chacun de nous est chacun des autres dans l’espace et dans le temps et réciproquement. Veuillez noter que par la vertu du langage par lequel nous sommes fortement liés, ainsi qu’il est dit dans la phrase précédente, et dans lequel on taille ce qu’on veut, la haute tenue spirituelle de la fin mon texte justifie un titre ignoblement accrocheur et que par conséquent il ne faut jurer de rien.