Pour le Macron : Mouvement Amical de Contournement des Ronchons Organisés ou Non

Un Macron pour quoi faire ? Pour participer au débat public qui commence le 15 janvier. Pour tenter au sein d’un ou plusieurs groupes d’une dizaine de personnes de bonne volonté, de dégager un consensus autour de contributions communes. C’est à cette échelle que l’intelligence collective, si elle existe, a quelque chance de se manifester.

O n connait le gout, paraît-il spécialement développé en France, pour les acronymes dont certains textes sont farcis autant qu’un pain de raisins, ce qui contrairement à ce dernier, ne contribue pas à les rendre gouteux.

Le macronyme en est une variante d’invention récente qui consiste à le faire précéder du M de Moi,  à utiliser ses initiales, son nom ou son prénom comme acronyme du parti, de l’association ou de l’entreprise que l’on a fondé. Par exemple, j’avais initié les Etudes Raisonnées de l’Individualisme Contemporain, les Eric. Elles n’ont pas connu le succès qu’elles méritaient, s’agissant pourtant d’une question bien sensible. Aurais-je plus de succès avec les Études sur le Referendum d’Initiative Citoyenne ?

Le Macron, bien qu’il ne réponde pas entièrement à sa définition puisqu’il n’est pas créé par le détenteur du nom, peut néanmoins passé pour la meilleure illustration possible du macronyme. Décortiquons-le avec soin.

Mouvement on comprend, il s’en est créé tant qui sont restés immobiles, nous n’en sommes pas à un prêt. Le A faisait naturellement penché vers Autonome, voire Alternatif, termes politiques. Amical dont nous avons tant besoin pour éclairer le mot le plus important (parce que sans lui les deux autres ne peuvent subsister) de notre devise républicaine, fraternité, est bienvenu. Pour le C, le Contre est accouru, il adore se placer partout. Contournement est meilleur. Nous excellons dans la posture contre, il est utile d’en expérimenter d’autres, tirant notre inspiration de ces deux célèbres décasyllabes :

Amis, ne croisons pas contre eux le fer

Contournons les, voila ce qu’il faut faire.

Les mots de plus de trois syllabes sont à proscrire mais réduit à leurs initiales ne sont pas plus long que les autres. Nous pouvons les utiliser. Le Macron offrira bientôt à nos concitoyens une perception, pétrie de subtilité et de bienveillance, étrangère aux mots qui le composent. C’est l’avantage des acronymes. Pas besoin de se souvenir, ce qui souvent serait difficile, qu’un S veut dire socialiste, un R républicain.

Contournement car à quoi sert il, lorsqu’on est soucieux de vivifier le débat public, d’être contre des gens qui tiennent ceux qui pensent différemment d’eux pour d’indécrottables imbéciles, des criminels ou des traitres. Passons outre. D’ailleurs nous avons récemment expérimenté le contournement des ronds points en cherchant des chemins de traverse, en empruntant ce que les amateurs de boissons fortes nomment les « routes à quatre grammes », en nous éloignant des grands axes sur lesquels il faut rigoureusement tenir sa droite ou sa gauche (si on les observe d’un seul coté mais il est difficile de faire autrement).

R pour Ronchons. Ah, les ronchons, les ronchons, les ronchons, çà c’est dans une chanson. Qui peut douter que l’Insee ou quelque autre officine chargée de nous révéler ce que nous pensons a enquêtée sur la proportion de ronchons dans la population française et n’a pas osé publier les résultats ? Mais alors, me direz-vous avec finesse, qui viendra étoffer votre mouvement ? Eh bien, les ronchons anti ronchons dans mon genre, nous n’en manquons pas !

Les Ronchons Organisés ne sont pas nombreux. Tous partis confondus, l’effectif des militants est loin d’atteindre 1% de la population, mais ils sont bruyants.  Deux équipes en particulier klaxonnent et radotent affreusement. Les Non organisés sont légions silencieuses qui font, à leur manière, de la politique. Elles ont mis la démocratie en minorité en réunissant plus de 50% d’abstentionnistes lors des dernières élections législatives. Chiffre qui devrait, en bonne logique, les invalider.

Un Macron pour quoi faire ? Pour participer au débat public qui commence le 15 janvier. Pour déposer sous cette appellation une ou plusieurs contributions collectives qui offriraient à un ou plusieurs panels de citoyens auto constitué la possibilité d’expérimenter, à une échelle qui rend possible le débat, les moyens de s’entendre sur des points de réforme et de les proposer en leur donnant plus de poids que par des contributions individuelles. Les ronchons sont convaincus de l’inutilité de ce grand débat national. C’est une position qui ne mange pas de pain, il est probable qu’il n’en sorte rien qui ne soit strictement prévisible. Pourtant faut il décrire la situation, l’éclairer…où plutôt l’assombrir de données connues de tous, pour conclure que la chance la plus infime de la faire évoluer mérite attention, même si nous n’en tirons, ici ou là, que quelques expériences sur l’art d’échanger, sur l’art d’être fraternel

Sur cet argument, être fraternel, dont la séduction n’est pas douteuse, permettez-moi de me retirer et d’attendre si dessous vos inscriptions au Macron. Que ceux qui sont convaincus, à la vue des résultats obtenus depuis quelques dizaines d’années, de la nécessité de rester sérieux, ne se fassent pas d’obligation. Pour les autres, il ne s’agit pas de souscrire à une déclaration d’humour, rien ne serait plus sinistre qu’un tel programme, mais d’être de bonne humeur. Si vraiment nous devons aller vers les catastrophes, ce sera bien assez tôt, pas la peine de s’y rendre avec des figures d’enterrement. Je ne sais pas quel est le sens de la vie, mais je crois que sans fantaisie, sans poésie, elle n’en a pas beaucoup.

Mais un peu de concrétude, comme dirait Ségolène (je croyais écrire un mot fautif et mon ordi l’accepte sans sourciller, j’ai vérifié, çà existe, c’est pourtant bien moche). Comment  s’organiser, si par soudaine grâce de la parole, quelques personnes voulaient constituer le Macron ? Voilà une suggestion, une suggestion de présentation du Macron, comme on lit sur les emballages qui exposent le contenu super appétissant de la boite, qui n’empêche pas d’en faire d’autres, comme on lit sur les emballages super démocratiques des mouvements de toutes obédiences : chacun des participants (d’un groupe de 10 au maximum me semble t’il) pourrait communiquer aux autres la contribution qu’il ferait ou fera (rien n’empêche de pratiquer les deux formules) puis de chercher les points communs, les liens qui uniraient des gens de bonne volonté. Bonne volonté et bonne humeur, je reconnais que c’est beaucoup demander.

 

 

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