Une vingtaine de personnes à la rue trouvent refuge dans un gymnase à Metz

Ce soir, vendredi 30 novembre 2018, une vingtaine de personnes qui vivaient dans les rues de Metz viennent de trouver refuge dans le gymnase du COSEC de l’Arsenal.

Au cours du mois d’octobre, alors que le nombre de demandeurs d’asile arrivant à Metz ne diminuait pas, nous avions l’impression que les pouvoirs publics accomplissaient un effort pour faire face aux responsabilités qui leur incombent en application du Code de l’Action Sociale et des Familles et de la Convention de Genève : grosso modo, les hébergements étaient assurés.

Cette bonne volonté semblait stimulée par nos actions antérieures, notamment la dernière d’entre elle, dans ce même gymnase, aboutissant, le 5 octobre 2018, à l’hébergement de 142 hommes, femmes et enfants qui, sans cela, seraient peut-être encore à la rue aujourd’hui.

Moins de misère, plus d’effort du côté des pouvoirs étatiques, telles étaient les apparences. Mais vu de près, c’était moins satisfaisant. Des hommes seuls, et aussi des femmes et des enfants, demeuraient écarté·es des dispositifs d’accueil. Pas de place cette nuit, répondaient invariablement les écoutants du service d’urgence sociale. Nous l’avons vérifié en relayant ces appels : dites à la personne, ou à la famille, de rappeler après 22 heures, nous aurons peut-être une solution. Les écoutants du 115 n’étaient pas dupes. Les possibilités de dernière minute sont rarissimes dans un contexte d’amenuisement des dépenses sociales. Elles le sont a fortiori dans le cadre d’une politique de lutte contre les effets supposés ravageurs du fameux appel d’air qui résulterait d’un accueil convenable des personnes migrantes.

Le Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère et Action Froid, depuis deux semaines, constataient une augmentation inquiétante du nombre de personnes privées de tout abri dans la ville de Metz. Les courriers adressés au maire de Metz et au préfet de Moselle (sept depuis le 14 octobre) pour les alerter sur cette situation et leur demander audience restaient sans réponse.

Demandeurs d'asile installés dans le gymnase du Cosec de l'Arsenal à Metz Demandeurs d'asile installés dans le gymnase du Cosec de l'Arsenal à Metz

Ce soir, vendredi 30 novembre, ces gens passeront une nuit à l’abri du froid et de la pluie dans un gymnase en compagnie de bénévoles à leurs côtés. Nous leur garantissons ce minimum, cette nuit et les suivantes : un lieu sécurisé avec douches, chauffage et tapis de sol pour se poser. Nous leur garantissons également le plein usage de ce qui reste de l’état de droit dans une société où les policiers, avec leurs qualités et leurs défauts, respectent et font respecter la Loi.

C’est le moins qu’on puisse offrir à X… (le nom d’un prophète)  qui pour fuir un pays dont la devise est « Union, Discipline, Travail », traversera toutes sortes de royaumes et de « républiques » dont la Libye. Il franchira la Méditerranée sur un zodiac en compagnie d’il ne sait combien de personnes, dont il ne sait pas davantage combien ont survécu à l’aventure. La seule chose que nous savons, c’est qu’il vient d’endurer quatre nuits dehors à Metz dans le froid et les intempéries, muni d’une attestation de demandeur d’asile en « procédure Dublin » au motif qu’il a eu le malheur de poser le pied sur le sol italien pour rallier la France.

Si vous habitez Metz, ou pas loin de Metz, venez ici au gymnase du Cosec de l’Arsenal et apportez ce que vous pouvez : une couverture, du pain, une thermos de café, un pack d’eau ou votre seule présence pour quelques heures ou quelques minutes. L’installation risque d’être longue. Prenons notre temps. Oui, Metz est une ville superbe par ses monuments, ses musées et son histoire. Mais elle l’est plus encore par l’engagement solidaire de celles et ceux qui veulent son inscription dans quelque chose qui s’appelle « HUMANITÉ ».

Éric Graff, Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère

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