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Billet de blog 14 sept. 2015

L’accueil des Syriens à Metz, bravo ! cependant…

Ce samedi 12 septembre 2015, à l’appel du mouvement « Basta ! », nous avons participé à l’opération d’accueil des réfugiés syriens à Metz sur le parvis des Droits de l’Homme en face du Centre Pompidou de Metz.

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Ce samedi 12 septembre 2015, à l’appel du mouvement « Basta ! », nous avons participé à l’opération d’accueil des réfugiés syriens à Metz sur le parvis des Droits de l’Homme en face du Centre Pompidou de Metz.

Nous étions porteurs d’un message spécifique : bravo à l’accueil des réfugiés syriens, il était temps qu’on cesse de les abandonner à la noyade. Bravo, oui, mais nous émettons trois réserves.

Nos réserves

Première réserve. L’accueil des demandeurs d’asile est un devoir qui revient à l’État et aux communes. Déléguer cette responsabilité à l’initiative privée en faisant jouer la fibre émotionnelle revient à se défausser.

Seconde réserve. Voilà bientôt deux ans que la préfecture et la ville laissent croupir dehors, par tous les temps, de la canicule aux grands froids, des dizaines de demandeurs d’asile venus d’Albanie et des régions de l’ex-Yougoslavie.

Troisième réserve. Ce maire plein d’une compassion nouvelle pour les victimes de la guerre en Syrie s’était distingué quelques semaines auparavant par un fait d’armes. Il évacuait manu militari un campement dit illicite avec le concours de la Justice, de la Force Publique, des flics et des pelleteuses. Concrètement, il détruisait les habitations d’une vingtaine d’hommes, femmes et enfants, il jetait à la benne leurs biens vitaux. Il accomplissait son geste benoîtement sous l’autorité d’un huissier, d’un juge et d’un préfet. Il avait pour lui l’approbation tacite ou bruyante des partis politiques de droite, d’extrême droite, de gauche et de gauche de la gauche (à l’exception de « Basta ! » et du NPA dont l’implication est considérable). Il avait la bénédiction des organisations caritatives et humanitaires, tant laïques que religieuses. Certaines de ces organisations l’ont soutenu de façon tonitruante en nous infligeant de rogues et sentencieuses leçons de morale.

Voilà pourquoi ce jour, sur cette place baptisée du nom ambigu de parvis (terme dont la connotation n’est pas des plus laïques) des Droits de l’Homme, nous avons répondu à l’appel du mouvement citoyen « Basta ! » pour dire ce que personne, à part nous, ne pouvait dire.

Roms, Syriens, Kosovars, Français, tous égaux !

Oui, il est temps que la France en général, et la ville de Metz en particulier prennent conscience du devoir d’accueillir quelques réfugiés syriens. Mais ce brusque revirement n’a de valeur que s’il dépasse l’émotion journalistique de l’image d’un enfant mort sur une plage turque. Notre ville est liée au reste du monde. On est chez nous, certes, comme disent les identitaires, mais chez nous, c’est le monde entier.

La vision barrésienne d’une ville dont l’héroïsme se réduirait aux bonnes œuvres des Dames de Metz patriotes et dévouées à la France a fait son temps. Qu’on s’en désole ou qu’on s’en réjouisse, notre ville n’a de murailles que le pittoresque de ses remparts à la ruine. Elle est à la confluence des courants de l’humanité réelle. L’humanité qui fuit les horreurs de la guerre et les affres de la misère. Notre ville est peuplée de ceux qui croient que la terre de France est porteuse d’un autre espoir que celui des crispations identitaires.

Telle est la ville de Metz, telle que nous l’aimons. Nous aimons cette ville à qui nos amis roms font l’honneur de croire qu’ici, plus qu’ailleurs, il est possible de trouver sa place. Ce que j’appelle place, c’est plus que le simple espace de survie consenti par la mansuétude ou la négligence des pouvoirs publics. Cette place je l’ai sentie lorsque nous voyant venir avec des tracts de « Basta ! » ils nous ont demandé qu’on leur explique.

Le tract avait été rédigé par Fernand. Il en avait pesé chaque mot, chaque tournure, avec le scrupule de l’enseignant fidèle à notre langue. Sa préoccupation n’était pas que stylistique. Il voulait s’assurer que tous, engagés avec lui dans l’action, l’approuvions. Cette langue qui porte la mémoire de ceux qui collaborèrent et de ceux qui résistèrent. Cette langue, les Roms qui ne demandent qu’à l’apprendre, en ont saisi l’essentiel, sa charge et ses nuances. Ils ont arraché les tracts de nos mains pour les distribuer eux-mêmes. Ils nous ont fait cet honneur, cette confiance. Ils désirent vivre parmi nous, non comme des assistés, mais comme des citoyens. Et ils recueillaient la sympathie d’un public venu pour des motifs humanitaires.

J’avais apporté quelques images dont ils ont vite perçu le message : Un Syrien = Un Rom = Un Kosovar. Sur ces images, il y avait leurs visages, du temps où à défaut de vivre bien dans leur bidonville, ils étaient tranquilles. Leur sort est aujourd’hui misérable. Mais par la lutte et par la solidarité, ils se tiennent debout.

Débats et confrontations

Au cours de ce rassemblement, paisible malgré nos divergences de vue, cela discutait ferme dans tous les coins. Quels que soient les interlocuteurs tous tombaient d’accord sur ce point : on de distingue pas les migrants entre bons, mauvais, méritants, économiques ou autres. À force de se croire assiégée, la France moisit. Et cette réalité nous est revenue dans la figure avec la visite inopinée des responsables locaux du FN, suivis de près par l’intervention tapageuse de leurs petits frères, les « Identitaires ».

Ces décérébrés dont l’imaginaire est resté bloqué sur le Tintin au Congo qu’ils ont sucé au biberon voient du clandestin partout. Alexandra ira demain pour la première fois à l’école. Elle a beaucoup de choses à apprendre. Elle saura avant ses camarades de classe ce que c’est un facho. Elle pleure. On lui apprendra à l’école qu’elle n’est pas clandestine, mais citoyenne européenne.

Mais elle sait aussi, Alexandra, que ce n’est pas que ça, la France. On n’y trouve pas que des flics, des huissiers, des pelleteuses, des nazillons, des philistins, des socialistes et des pharisiens. Il y a aussi la solidarité, la lutte et l’amitié entre les peuples. Ce sera le message de cette belle journée.

Éric Graff

Porte-parole du Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère

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