Le bidonville « Blida » de Metz : personne ne peut dire « Je ne savais pas »

Mille personnes, dont 300 enfants, vivaient dehors à Metz avenue Blida, jetées à même un sol ruisselant d’urines, au milieu des rats. Elles n’avaient pour tout abri que des tentes distribuées par des bénévoles. Ce bidonville vient d’être démantelé, mercredi 15 novembre 2017.

La conception singulière de l'insertion par le logement de la société Adoma © CMLM La conception singulière de l'insertion par le logement de la société Adoma © CMLM

Le 3 septembre 2017, le Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère adressait au président de la république une lettre ouverte dénonçant les conditions inhumaines infligées à des centaines de femmes, hommes et enfants jetés sans abri sur le bitume et la boue, à Metz, avenue Blida. Cette lettre, consultable ici, lui a été remise en mains propres par des militantes alors que le président prenait son bain de foule à Forbach.

Emmanuel Macron reçoit la lettre du Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère des mains d'une militante Emmanuel Macron reçoit la lettre du Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère des mains d'une militante

Nous lui signalions les « conditions d'hygiène épouvantables », la « compagnie des rats dans les eaux usées suintant des sanitaires ». La violence y régnait malgré la présence de vigiles qui n’avaient d’autre fonction que de barrer l’entrée à la presse et à la seule élue du peuple qui soutenait notre action, Caroline Fiat, députée de la sixième circonscription de Meurthe-et-Moselle. Cet enfer qui se donnait pour nom « site humanitaire » avait été mis en place par le préfet de Moselle début avril. Il était géré et administré par la société Adoma dont la devise est « L’insertion par le logement ».

Nous appelions le président à ordonner au préfet d’appliquer la loi sur la réquisition dans une ville comportant plus de huit mille logements vides. « Tel est le geste que nous attendons d'un Président capable de résister aux tentations de l'égoïsme et de la peur. »

Le 21 septembre, nous recevons la réponse du chef de cabinet de l’Élysée (voir ici). On y retrouve les poncifs de la fermeté et de l’hospitalité mais réservée à ceux qui sont persécutés. Au-delà de ces restrictions, l’Élysée considère qu’il « Il n'est pas concevable que notre pays accepte, sur son sol et en son sein, que des êtres humains vivent durablement dans les conditions que vous décrivez. »

Le 15 novembre, le bidonville comptait un millier de personnes, parmi lesquels 300 enfants, dont quarante de moins de deux ans. Au petit matin, les autorités préfectorales procédaient à son démantèlement et la mise à l’abri des personnes dans l’urgence et la précipitation. Dans la foulée, l’opération allait servir à dresser une souricière pour littéralement capturer une partie des gens à enfermer au centre de rétention administrative.

Opération humanitaire ou policière? Opération humanitaire ou policière?

Parmi les personnes ainsi piégées, se trouvait un couple avec deux enfants cinq et six ans. Nous les connaissions pour avoir à trois reprises alerté, en vain, la directrice de la DCCS, Madame Anouchka Chabeau sur leur particulière vulnérabilité. La mère des enfants souffrait de problèmes gynécologiques très douloureux, attestés par quatre certificats médicaux que nous lui communiquions. Quelques jours encore avant le démantèlement du bidonville, elle avait été transportée à l’hôpital, avant de revenir dormir sous sa tente isolée du sol par une palette de chantier. La veille, cette famille caressait l’espoir d’un soulagement : sortir enfin du cloaque. Une bénévole présente sur les lieux au moment de l’arrestation m’a raconté la scène. Dans sa poussette, le garçonnet de cinq ans, sidéré, sans voix, n’avait que ses bras à agiter face à l’arrestation de ses parents jetés dans la fourgonnette de la PAF (police aux frontières), avant d’y être lui-même poussé. Au nom de quel impératif ? Cinq ans, d’où qu’on vienne, c’est jeune, pour découvrir qu’en France, l’état de droit est une fiction. Un fantôme. Un bobard.

Nous savons que l’opinion publique en France est conditionnée pour tout avaler, de l’état d’urgence à la maltraitance des étrangers. L’héritage de la Commune et de la Résistance s’efface.

De quoi la France a peur? De quoi la France a peur?

La France a peur, de tout et de rien. Elle se blottit dans les bras de ses maîtres. Elle applaudit à l’insertion par le logement de la société Adoma. Elle cautionne la langue de bois de ceux qui la gouvernent. Elle n’est pas sans savoir cependant que le sort qu’on y réserve à des étrangers sera — à moins qu’elle ne résiste — le sort de sa population. Les bidonvilles de Calais et de Metz Blida ne sont pas des accidents : ils sont les laboratoires de l’austérité qui vient et qui n’épargnera personne. Metz Blida, c’est Metz tout court. Metz Blida, c’est la France sous peu.

On s’y résigne ou on résiste. Nous n’avons jamais été aussi libres…

Nous reconnaissons au chef de cabinet du ministre de l’intérieur un mérite : celui d’avoir pris la peine de nous répondre. Les responsables locaux de la préfecture, de la DDCS et de la Mairie ne peuvent pas en dire autant. Ces gens-là nous ignorent. Au vu de la politique qu’ils mènent dans le consensus xénophobe, nous les comprenons très bien. Des responsables qui tombent aussi bas n’ont plus rien à discuter, plus rien à négocier. Leur liberté se cantonne à l’application de consignes officieuses. Ils redoutent d’avoir à en répondre.

Nous publions ici notre réponse au chef de cabinet de la place Beauvau. Elle traduit notre détermination à tout mettre en œuvre pour que plus jamais, à Metz, un enfer comme celui de Blida ne se renouvelle.

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