Traques policières anti-pauvres à Metz

A Metz, la police confisque leurs tentes aux pauvres gens réduits à dormir dehors, du fait des moyens insuffisants accordés au Samu social. Lettre ouverte au préfet de Moselle.

Éric Graff, Collectif Mosellan de Lutte contre la Misère

 

à Monsieur Didier Martin, Préfet de Moselle

 

Metz, le 22 août 2018

 

 Objet : personnes à la rue à Metz

Monsieur le Préfet,

Vos services ont démantelé le bidonville de l’avenue de Blida le 15 novembre 2017, mettant fin à une situation scandaleuse. Ils ont, à cette occasion, assuré un hébergement ou, au minimum, la mise à l’abri de la quasi-totalité des mille personnes qui s’y trouvaient.

Vous avez également pris la décision de ne plus mettre en place ce genre de dispositif unanimement décrié. En soi, cela pouvait être perçu comme une bonne nouvelle. Mais nous avions des craintes pour la suite.

Nous savions d’expérience que depuis 2013, ces démantèlements sont suivis de l’abandon à la rue de dizaines de personnes condamnées à l’errance.

Nos craintes se confirment. Dans la nuit du 1er au 2 décembre 2017, nous constations la présence sur un terrain vague de Metz de 23 adultes et 21 enfants s’apprêtant à passer une nuit glaciale dehors. Certains nous ont donné la preuve qu’ils avaient déjà enduré six nuits dans ces conditions, à expectorer la fumée des feux d’immondices qu’éteignaient vos policiers en maraude. Nous avions alors pris l’initiative de conduire ces gens à l’abri dans un gymnase voisin, et dans la nuit du 4 au 5 décembre, sous notre pression militante, les hébergements ont finalement été accordés.

Par la suite, nous avons dû renouveler à cinq reprises ce type d’action, faute de quoi des enfants, des femmes malades ou enceintes et des hommes en détresse restaient à l’abandon.

Aujourd’hui, nous savons qu’environ cinquante personnes (et probablement davantage) se voient toujours refuser l’hébergement auquel elles auraient droit au titre des règles nationales et internationales. Cette errance et cette dispersion sont moins visibles qu’un bidonville officiel. Agissant sous vos ordres (à moins que ce ne soit à votre insu), vos policiers harcèlent ces pauvres gens en les réveillant la nuit pour jeter leurs tentes aux bennes.

Cette politique, qu’elle résulte de votre décision, de votre distraction, de votre ignorance ou de votre complaisance, interdit à des êtres humains de dresser sur un terrain vague ou sous un pont quelque abri pour protéger leurs enfants, leurs malades et leurs biens. Grâce au « courage » de vos policiers, ces victimes de notre État dit « de droit » en sont réduites à se cacher. Vos décisions (ou vos indécisions) ont un mérite : l’invisibilité. Cela se voit moins et cela pue moins que le bidonville officiel infesté de rats que vous assumiez si mal.

Voilà l’objet de notre courrier. Peut-être ignoriez-vous cette situation faite de hardiesse policière et d’indigence humanitaire. Désormais vous savez et il vous reste à décider.

Monsieur Z. Y., né le xx/xx/1999 vit dehors à Metz depuis deux mois.

Le couple XW-VU avait trouvé abri sous une tente jusque hier soir. Les voilà sous le pont, à la merci de vos policiers.

Monsieur T. R. et ses deux enfants handicapés, dont une fille souffrant de brûlures atroces, ont été chassés de leur hôtel à Freyming et vivent depuis deux mois à la rue.

Monsieur Q. P., venu du Nigeria se voit systématiquement refuser depuis six semaines tout hébergement. Il souffre de douleurs sciatiques. Il erre le jour sur les trottoirs de Metz, ville impériale et royale, et voit son sommeil entrecoupé par la visite des agents en uniforme agissant sous votre autorité. Il traîne jour et nuit sa jambe endolorie. Notre médecine n’a d’autre soulagement à lui donner que des antalgiques et des tranquillisants. Grâce à cela il peut dormir quelques minutes de plus lorsque vos policiers viennent le secouer.

Monsieur N. M., demandeur d’asile venu du Nigeria se trouve lui aussi à la rue dans l’attente d’une décision conforme aux conventions internationales.

Messieurs L. K., J. I. et H. G. vivent à la rue depuis des semaines (jusqu’à deux mois), malgré leurs appels répétés au 115.

Nous vous tiendrons informé des situations dont nous avons connaissance et entreprendrons toutes les actions appropriées à accélérer les solutions que nous attendons de vous. Il est en effet inexcusable de laisser des êtres humains dans cette misère alors que la ville de Metz compte huit mille logements libres et que l’État dispose également de bâtiments utilisables.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de ma considération distinguée.

Éric Graff

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