"Manisfestants radicaux venus des Gilets Jaunes"

À en croire certains commentaires sur l'article concernant la journée de manifestations parus hier sur Médiapart ainsi que des commentaires, eux, issus directement des journalistes de Radio France (journal de la matinée sur France Inter ce dimanche), les violences provenaient de Black Block et des Gilets Jaunes.

Pourtant je retiens ce témoignage extrait de l'article de Christophe Gueugneau et Mathilde Goanec :« Les gens du climat  me gonflent un peu, ces grosses manifs-là, où on défile sagement, ça change quoi, ça dérange qui ? »[, s’interroge le jeune homme. Il est là quand même, ce samedi] : « Quand tu as goûté à ce mouvement, tu ne peux plus revenir en arrière. Les gens qui sont sortis du rang n’y rentreront plus jamais. ».

Par ailleurs sur France Inter le présentateur est sans ambiguïté :"les manifestants radicaux [sont] venus des Gilets jaunes".

C'est bien par cet angle, que les services de presse du Ministère de l'Intérieur et de l'Elysée viennent une fois de plus de tenter -sans succès- de délégitimer le premier rapprochement intéressant entre Gilets Jaunes et société civile.

Le premier témoignage (cf ci dessus) est très pertinent et me rappelle -fut un temps- que cette société civile (je pense ici aux mouvements écologistes) rechignait à la main tendue des travailleurs en lutte. D'ailleurs, leurs actions (les seconds) ont fréquemment débouché sur des marches plutôt que de sur véritables manifestations et leur organisation se déroulant quant à elles d'avantage le weekend qu'en semaine...justement pour éviter la politisation ou la peur d'être noyauté. Ce qui au bout du compte était une profonde erreur : l'action contre le climat est bien un choix de société donc de politique. Ceux qui s'imaginent que le mouvement des Gilets Jaunes est déconnecté du social (des retraites notamment) du climat (le prix de l'essence étant paradoxalement le levier qui permettra à ces mouvements de se rapprocher) ou prompts à soulever des masses informes de nationalistes haineux et antisémites n'ont rien compris.

C'est bien pour ça que la présentation tendancieuse du journaliste est symptomatique d'une vision périmée de l'action des citoyens et vise uniquement au ventre mou de cette gauche issue de la gentrification des villes et qui écoute (encore) ces chaines d'infos continues ou lisent (encore) cette presse nullissime que l'on retrouve dans les salons de coiffures ou les salles d'attentes des cabinets médicaux.

Mais ce n'est pas suffisant : désormais, ces "gentils" manifestants qui ne veulent pas que la "violence s'invite dans les cortèges" doivent comprendre comme vient de la dire Snowden (justement sur France Inter, lundi dernier !) que la simple désobéissance civile doit s'accompagner d'actes moins élogieux à l'encontre de son prochain. On ne peut lutter efficacement qu'à condition d'accepter la transgression d'où qu'elle vienne, le langage qui parait outrancier aux oreilles de certains et qui fait lui-même d'un renoncement à la bienséance et la politesse de bon aloi. C'est comme ça. L'urgence de l'actualité nous interdit la simple politesse.

Pour être plus clair, un changement de société ne peut être le résultat que d'une forme radicale d'action qui n'accepte ni accorde de compromis ou de pseudo débats creux visant uniquement à mutiler l'action citoyenne. Il n'y a pas de "convergence des luttes". Car c'est "la même lutte" !

En 2019, on ne peut pas changer le climat avec de jolis slogans ni combattre l'injustice sociale avec des rendez-vous électoraux entre gens de bonnes compagnies.

Le jaune et le vert se marient très bien, le rouge aussi...et le noir également !

 

 

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