Régime spécial RATP : l'explication d'une grève massive

Il y a 11 jours exactement, les agents de la RATP "ouvraient le bal" sur le calendrier social du Premier Ministre et surtout de celui de Jean Paul Delevoye, désormais membre d'un gouvernement ultralibéral en tant que Haut Commissaire aux Retraites et accessoirement ancien Jésuite comme son patron. Le succès incontestable de cette grève mérite quelques explications.

Dès le 8 juillet 2019, l'ensemble des organisations syndicales de la RATP avaient appelé à une mobilisation la plus large possible. Il faut comprendre : toutes les organisations syndicales.

Les agents se sont massivement télédéclarés sur le site intranet de la RATP. C'est la procédure courante car elle interdit de fait une simple déclaration écrite (en fait c'est possible mais cela fait encourir de gros risques d'une "non déclaration" préalable pour le salarié). Jusqu'à ce stade, rien d'étonnant en interne mais cela est passé sous les radars dans les médias pendant l'été. Ce qui d'une certaine façon a été bénéfique car la Direction de la RATP n'a pu ni communiquer ni contrer.

Médias qui s'affolent quelques jours avant la grève et qui tente de contacter des représentants syndicaux bien moins disertes que dans le passé avec les chaînes d'infos, aux vues des opérations de com dévastatrices à l'encontre des grévistes (les journalistes de BFM TV comme de CNews appelant leurs "contacts" avec beaucoup de plus de précaution qu'avant...) qui ont suivi les grèves précédentes (sous l'ère Sarkozy-Fillon notamment). J'ai la faiblesse de croire que dans certaines rédactions, il y a eu quelques interrogations sur la clairvoyance des journalistes soit disant spécialistes de la question...

Concernant le taux de participation à la grève (près de 80 % de grévistes...dont des cadres !) il reflète un ras le bol d'un management infantilisant et qui confine au harcèlement caractérisé. Sans compter cette réforme des retraites qui touche l'ensemble des catégories de l'opérateur au "manager".

Pour ce qui est de la mobilisation -certes plus marginale qu'il n'en paraît-  des cadres, rien là non plus de très surprenant. Le personnel d'encadrement (tout département confondu) a pris la mesure du plan de restructuration qui complète la mise en coupe réglée des "spécialités" historiques de l'entreprise : son système de santé, ses départements dédiés (la signalisation, l'informatique embarquée, le réseau de téléphonie, la logistique, l'entretien des bus, des rames de métro, de tramways, de RER, la formation, la maîtrise des ouvrages et leur entretien etc.), bref tout ce qui a contribué au fonctionnement de la RATP : une entreprise "intégrée". C'est le projet DIAPASON (voir ici) qui a réussi incontestablement à réunir contre lui toutes les craintes.diapason (pdf, 36.3 kB)...tout de même 5000 postes dans la balance ! À cela s'ajoute la filialisation de toutes les activités justement "intégrée".

Les organisations syndicales ont, elles, compris rapidement le "potentiel" qu'a généré cette stratégie de l'entreprise depuis deux ans. Pour autant et une fois de plus ce sont bien les opérateurs qui se sont mobilisés qu'ils soient ou non syndiqués et qui ont déterminé le niveau de mobilisation. Le nombre de cadres disponibles faisant le reste : impossible pour la Direction et Ile-de-France Mobilités d'assurer ce fameux service garanti !

Le projet de suppression du régime de retraite de la RATP est déjà bien entamé et ce depuis Sarkozy et s'est poursuivi sous le quinquennat Hollande (décret Valls) car il s'agit bien de le faire disparaitre alors que le taux d'inaptitude augmente chaque année ce qui a pour conséquence pour ces agents, lorsque leurs droits sont ouverts, leur départ de l'entreprise avec des "droits" minimum. Un nombre d'embauchés inférieur à 26 sous statut de l'ordre 1600 par an ce qui peut paraitre élevé mais qui l'est beaucoup moins rapporté à l'augmentation du trafic et donc du nombre de voyageurs à transporter.(voir ici).

Enfin dernière précision, si l'encadrement s'est mobilisé et qu'il semble que la CGT (43 % aux dernières élections) temporise et traine des pieds pour le 5 décembre c'est qu'il faut y voir le nouveau rapport de force au sein de l'entreprise où l'UNSA (43 % également)  s'est "alliée" à la CGC (14 %) pour écarter son ancien partenaire de la gestion du C.E.

Mais ne nous y trompons pas, les agents ne peuvent s'appuyer que sur des dépôts de préavis de grève par les organisations syndicales pour pousser celles-ci dans le sens de l'histoire. Car le 5 décembre, c'est bien l'ensemble du mouvement citoyen au delà des entreprises publiques ou du secteur publique qui fera peser sur les organisations syndicales la responsabilité de la réussite ou de l'échec de ce mouvement profond qui transcende les clivages. Si d'aventure tel ou tel syndicat préfère la gamelle à l'Histoire, il est fort à parier qu'il le paiera très cher... (pdf, 1.9 MB)

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