« Les Filles d’Avril » : une déstabilisation de la structure familiale

Après avoir remporté le Prix Un certain regard pour Después de LucÍa en 2012 et le Prix du scénario avec Chronic en 2015, Michel Franco a été récompensé une troisième fois au Festival de Cannes 2017 avec le Prix Un certain regard pour son dernier film Les Filles d’Avril (Las hijas de Abril).

Valeria (Ana Valeria Becerril), dix-sept ans, est enceinte et habite avec sa grande sœur de trente-quatre ans, Clara (Joanna Larequi), dans une maison qui donne sur la plage à Vallarta. La propriétaire de cette maison est leur mère, Avril ou Abril dans la version originale (Emma Suárez), elle laisse ses deux filles y habiter pendant qu’elle fait sa vie ailleurs. Clara, ne sachant plus comment gérer la situation que vit sa petite sœur, appelle Avril pour les aider.

les-filles-davril

Ce qui a inspiré le réalisateur pour Les Filles d’Avril est le constat du fait qu’au Mexique beaucoup d’adolescentes décident de devenir mère afin de se sentir moins seules. En effet, Valeria n’est pas la seule dans sa famille à connaître la maternité à l’adolescence, Avril aussi a eu sa fille aînée à dix-sept ans. Si Valeria et Avril apparaissent au début du film comme des femmes dynamiques et confiantes, alors que Clara est réservée et peu sûre d’elle, la situation et leurs personnalités deviennent rapidement plus complexes. La complexité et la mobilité de la psychologie et des relations des personnages font la force du film, elles incitent à l’interrogation tout au long du récit. Elles font aussi éclater la structure de famille nucléaire, les rôles de mère, fille, sœur, grand-mère… sont chamboulés par la dynamique du film.

Après sa performance époustouflante dans Julieta (2016), Emma Suárez revient avec une performance du même niveau dans Les Filles d’Avril en passant d’un personnage absent en début de film à un personnage qui finit par accaparer tout l’écran et le récit. Le jeu de l’actrice parvient à faire osciller Avril, c’est une femme qui choque par ses actes, mais pour laquelle il est tout de même possible de ressentir de l’empathie. En fait, tout le casting est une vraie réussite, les acteurs dans leur ensemble parviennent à assurer et à convaincre dans les rôles mouvants qui leurs sont attribués.

Les Filles d’Avril utilise habilement la psychologie humaine afin de dresser un portrait social marquant et pertinent.

Erica Farges        

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.