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Billet de blog 25 janvier 2018

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« Skins » : une innovation dans l’univers des séries teen ?

Il y a onze ans, le 25 janvier 2007, le premier épisode de la série britannique Skins de Jamie Brittain et Bryan Elsey a été diffusé pour la première fois sur la chaîne E4. Comment cette série a-t-elle réussi à conquérir et à devenir l’emblème de toute une génération ?

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Entre 2007 et 2012, Skins a suivi les aventures de trois groupes d’adolescents pendant leurs années de Sixth Form (équivalent anglais des classes de Première et Terminale françaises) au Roundview College pendant six saisons, avec une septième saison diffusée en 2013 qui se centre sur les vies de jeunes adultes de trois personnages de la série : Effy (Kaya Scodelario), Cook (Jack O’Connell) et Cassie (Hannah Murray). La série propose un format inédit avec un changement de casting toute les deux saisons, excepté pour Effy qui est présente dans les quatre premières saisons et assure la transition entre la première et la deuxième génération.

Illustration 1

Skins dérange par le réalisme avec lequel elle aborde et questionne certains sujets, non seulement relatifs aux adolescents, mais aussi à leurs familles et aux institutions. Une démarche qui rappelle celle des films de Larry Clark, dont la série semble s’inspirer jusqu’à dans sa mise en scène et son esthétique, tout en s’en démarquant, car elle met en place une esthétique aux visuels fluos qui contraste avec l’esthétique sombre des films de Clark.

Dans les années 2000, la plupart des séries teen se sont démarquées de leurs ancêtres en s’affranchissant d’une certaine censure, en montrant plus frontalement les tourments adolescents et la violence (morale et physique), elles osent aborder des aspects qui étaient autrefois dissimulés. Skins parvient à se distinguer de ses contemporaines en se servant de ces tourments et de cette violence pour imposer à ses personnages une confrontation morale, un questionnement personnel.

La série ne se contente pas de présenter des caricatures comme dans Gossip Girl (2007-2012), qui est une série très réussie (bien qu’assez décevante, si on se réfère aux livres qui ont inspirés la série), mais qui a comme objectif de divertir en proposant une sorte de parodie de la haute société new-yorkaise, ou de montrer des personnages totalement irréalistes comme dans Les Frères Scott (One Tree Hill, 2003-2012), par exemple. Si, dès la première saison, Skins part de stéréotypes propres aux films et séries teen : Tony (Nicholas Hoult) est le beau garçon manipulateur, Sid (Mike Bailey) est le puceau, Michelle (April Pearson) est la jolie fille, Cassie est la fille bizarre, Maxxie (Mitch Hewer) est le gay, Anwar (Dev Patel) est le croyant, Jal (Larissa Wilson) est la musicienne studieuse, Chris (Joe Dempsie) est le fêtard… Au fur et à mesure, elle montre la complexité de leurs situations familiales, leurs points de vue, leurs expériences, leurs relations et leurs dilemmes. La série parvient ainsi à construire progressivement au cours de deux saisons des personnages profonds et marquants avec qui il est possible d’être en empathie, empathie qui est amplifiée par le fait que chaque épisode épouse le point de vue de l’un des adolescents. Les clichés relatifs à chaque personnage finissent alors par servir l’humour perspicace et, souvent, noir, de la série.

Illustration 2
Les trois générations de la série Skins

Les personnages de Skins évoluent, sans pour autant perdre leurs caractéristiques propres. S’il y a un changement brutal de casting toutes les deux saisons et que chaque génération se conclut avec la mort de l’un des membres de la bande (bien que cette mort soit incertaine dans le cas de Freddie de la deuxième génération), comme pour signifier le deuil d’une époque, les adolescents continuent leurs vies futures avec de nouveaux questionnements et une personnalité qui a évolué, même si elle reste très personnelle et caractéristique de chaque personnage. C’est la conclusion que semble tirer la dernière saison de Skins, où l’on voit comment trois des adolescents ont évolué pour devenir de jeunes adultes.

Si Skins semble avoir ouvert la voie à de nouvelles représentations de l’adolescence dans les séries britanniques (Inbetweeners, Misfits, My Mad Fat Diary…), son impact paraît minime sur les séries teen américaines, malgré une tentative manquée de remake américain de Skins en 2011. Cependant, elle paraît avoir eu une influence considérable sur le cinéma des années 2010, dans lequel de plus en plus de réalisateurs décident de traiter les problèmes sociaux avec des codes visuels psychédéliques suggérant un rêve permanent opposé à l’ambiance glauque de cauchemar éveillé présente habituellement dans ce genre de films. Pour citer quelques films représentatifs de cette tendance dans les films à dimension sociale : Spring Breakers (2013), Small Apartments (2012), les films de Sean Baker, American Honey (2016), Logan Lucky (2017) …

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