La France doit quitter le Paquebot TTIP

Après quatre années d’âpres négociations, et alors que les quatre candidats à l’élection présidentielle américaine ont exprimé leurs réserves vis-à-vis de cet accord commercial, Barack Obama et la Commission européenne se sont engagés dans une course contre-la-montre pour finaliser le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement. Le député européen Eric Andrieu (PS) appelle la France à sortir des négociations transatlantiques.

Après quatre années d’âpres négociations, et alors que les quatre candidats à l’élection présidentielle américaine ont exprimé leurs réserves vis-à-vis de cet accord commercial, Barack Obama et la Commission européenne se sont engagés dans une course contre-la-montre pour finaliser le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement avant que l’actuel président américain ne quitte son poste en janvier 2017.

Tel est l’objet de la visite tout sauf courtoise de Barack Obama cette semaine en Europe. À Londres tout d’abord, pour dire combien il est attaché au projet européen et combien les britanniques ont à perdre en quittant le navire UE, perdant au passage leur ticket pour le fructueux paquebot TTIP. Au Salon de l’industrie de Hanovre ensuite, ce dimanche, pour s’adresser avec Angela Merkel aux industriels allemands et rappeler ainsi au peuple allemand qu’il a le soutien de leur chancelière.

Alors que les électeurs néerlandais demandent un référendum sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP), d’un côté, et que les militants britanniques faisant campagne pour rester dans l’UE, de l’autre, invoquent les bénéfices économiques du TTIP, la France doit réaffirmer ses exigences.

Défensivement comme offensivement, le TTIP, tel qu’il est négocié, ne répond pas aux intérêts français d’un point de vue commercial. À juste titre, il est au cœur des craintes des Français, aussi bien dans nos villes que dans nos campagnes. De l’aveu même de certains fonctionnaires européens, force est de constater que les négociations ont été jusqu’ici déséquilibrées et il n’y a pas de réciprocité dans les concessions accordées entre les deux grandes puissances commerciales. Cela est en particulier vrai pour l'agriculture européenne qui fait l’objet d’une vaste offensive de la part des États-Unis. Ces derniers souhaitent à tout prix ouvrir les portes du marché européen à leur agro-business, ce qui constitue une menace directe pour nos productions les plus fragiles. Et ce d’autant plus que les négociateurs américains refusent obstinément de reconnaitre nos indications géographiques, véritable expression d’une agriculture de qualité favorable au développement des territoires. Les offres qui ont été faites entre les deux parties en matière de tarifs agricoles désavantagent énormément l'UE, et menacent tout un pan de notre agriculture, en particulier l’élevage qui doit déjà faire face à une crise structurelle sans précédent. Comme cela est souvent arrivé par le passé, l’agriculture risque d’être la variable d'ajustement en septembre prochain pour permettre à d'autres secteurs à commencer par les marchés publics d'accéder au marché américain. Or, l’agriculture n’est pas que l’affaire des agriculteurs.

Au-delà, le TTIP interroge sur la société que nous voulons. Plus que la somme des polémiques qu’il a nourries - négociations opaques, normes environnementales amoindries, États à la merci des poursuites engagées par les multinationales, etc. - ce traité renvoie à la question de savoir à quelle société nous aspirons. Et un accord qui menace à la fois notre économie et remet en cause notre modèle culturel ne saurait être un bon accord. C’est la raison pour laquelle, il est temps pour la France de sortir des négociations. Ce faisant, nous ne demandons pas notre sortie de l’UE, bien au contraire, nous réaffirmons notre volonté de redéfinir un vrai projet européen.

Alors que s’ouvre le 25 avril prochain à New York, le 13e cycle de négociations États-Unis/Union européenne, la France doit quitter ce « Titanic commercial » avant qu’il ne sombre. Cette rupture portera reconnaissance de la nécessité à protéger ce qui nous unit.

 

Eric Andrieu

Député européen

Vice-Président de la Commission Agriculture du Parlement européen

Membre de la Commission du Commerce international

 

 

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