Retrouvons le bon sens paysan !

Pensée et mise en œuvre il y a une cinquantaine d’années dans un contexte de pénurie pour répondre aux besoins alimentaires de la population européenne, la Politique Agricole Commune (PAC) a cette vertu d’avoir satisfait aux objectifs qui lui étaient assignés : nourrir les européens, et créer des champions parmi certaines filières agro-alimentaires.

Mais cinquante ans de mondialisation et de financiarisation de l’économie ont également donné naissance à un modèle agro industriel intensif rendu possible par les progrès scientifiques et techniques et l’hyper mécanisation. Aujourd’hui, le bilan est sans appel: diminution des populations rurales, disparition des emplois agricoles, délitement du lien social, modification des paysages, appauvrissement de la biodiversité, atteinte à l’environnement et impact sur la qualité alimentaire et la santé humaine.

Et si la PAC dernière mouture, certes plus équitable, plus verte et plus territorialisée, a su abandonner certains mécanismes pour compenser ces effets dévastateurs et s’orienter vers une politique de projet, elle reste encore trop timorée pour prétendre répondre aux défis de l’agriculture de demain.

L’agriculture européenne répond-elle aux attentes d’une société toujours plus exigeante et attentive aux conséquences environnementales, sanitaires et sociétales ? Telle est la question que nous devons nous poser!

La crise que traversent les éleveurs français est un révélateur des carences de ce modèle. Il ne sait pas répondre à la question agronomique ni mettre en œuvre des outils de régulation nécessaires, si bien que l’effet ciseau de la baisse des cours de la viande et du lait, du prix élevé des céréales et d’une baisse des exportations fait payer le prix fort aux éleveurs.

Les dispositifs de cette PAC auront-ils été efficaces? Même si il est encore tôt pour l’affirmer, je pense que non !

Doit-on, à chaque crise, injecter toujours plus d’argent public pour sauver une modèle mortifère ? J’en doute.

Je pense urgent que l’Europe réinvente une stratégie commune, abandonne les dogmes inopérants, se dote enfin d’outils de gestion contracycliques, et surtout redéfinisse une nouvelle vision politique de son projet agricole.

En résumé, posons-nous les vraies questions pour amener les bonnes réponses  pour une agriculture respectueuse des externalités positives que sont l’agronomie, la biodiversité, le paysage, la santé humaine, l’éducation, l’emploi, le revenu des agriculteurs, et l’économie territoriale; une agriculture qui nourrisse sainement les femmes et les hommes d’ici et d’ailleurs en respectant leur environnement, et qui permette un revenu décent aux agriculteurs paysans.

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