Solidarnösc ?

Dimanche 25 octobre 2015, le relent du populisme s’est une fois encore répandu sur l’Europe. En Pologne le Parti Droit Justice (PiS) est devenu ce jour-là la première force politique du pays, balayant de manière incontestable la majorité sortante de centre droit (Plateforme Civique) et laissant la gauche exsangue. Les conservateurs europhobes disposeront donc de la majorité absolue à la Diète et ses représentants, 232 sur 470, auront toute latitude pour appliquer leur programme attrape tout au nom des valeurs traditionnelles, prétexte universel pour attiser la peur de l’autre et prôner le repli sur soi.

Bref, au chapitre des politiques rétrogrades et démagogiques, la Pologne, 6ème puissance de l’Union joue cette fois ci dans la cour des grands, et peut faire pâlir d’envie le premier ministre Hongrois Viktor Orban donné jusqu’alors mètre étalon des europhobes souverainistes.

L’on pourrait gloser sur les raisons objectives qui ont poussées les électeurs Polonais à céder aux sirènes de la droite populiste eurosceptique: Usure du pouvoir de la majorité sortante malgré un bilan plus qu’honorable en matière économique et d’emploi, creusement des inégalités salariales et sociales, crispation de l’opinion sur la question de l’accueil des réfugiés. Ce sont avant tout les accents nationalistes ouvertement xénophobes du Président du PiS, Jarowlaw Kacsynski, lui qui n’hésitait pas à déclarer durant la campagne électorale que les réfugiés apportaient avec eux parasites et maladies, qui ont séduits les Polonais !

Analyser avec le recul nécessaire : l’ombre portée de cette élection sur les autres pays de l’Union interroge.

La montée des partis conservateurs europhobes n’est plus un phénomène isolé en Europe. Pour des raisons différentes la maladie de l’euroscepticisme, cette pathologie dont le principal symptôme est de rendre responsable l’Europe des malheurs du monde, devient un élément structurant du discours politique dans de nombreux pays comme dans une partie du Parlement Européen. La conséquence est là. Les partis extrémistes comme le Front National en France, Hukip en Grande Bretagne, Jobbik en Hongrie ou Aube Dorée en Grèce, ont contaminés le débat politique, imposant peu à peu leur vocabulaire et leurs idées à de nombreuses formations politiques. Phénomène à tel point inquiétant que le Conseil de l’Europe a très récemment rappelé à la Hongrie et à la Pologne leur devoir de combattre les dérives racistes et homophobes qui s’y manifestent de plus en plus fréquemment.

Profitons du débat qui s’installe en France autour de la publication d’une version annotée de Mein Kampf pour nous souvenir qu’en politique, derrière chaque idée et chaque mot il y a des actes. Les idées nauséabondes qui s’installent sur le continent, et dans les têtes, me font craindre des jours bien sombres pour l’Europe.

Les gauches européennes, comme les partis europhiles, ont aujourd’hui une lourde responsabilité devant l’histoire. Nous devons élaborer ensemble le projet Européen du XXIème siècle, mettre au coeur l’idéal démocratique des pères fondateurs et doter l’Union d’outils institutionnels et politiques capables de répondre aux attentes légitimes des citoyens.

Quoi qu’il arrive, je continuerai à porter les 12 étoiles jaunes du drapeau européen.

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