Depuis plusieurs mois, Monsieur DARMANIN ministre de la Justice multiplie les annonces concernant la pénitentiaire ; aprés l'évasion de Mohamed AMRA lors d'une extraction judiciaire, il fallait réagir.
La pénitentiaire, cette grande muette n'aime pas que l'on braque le projecteur sur elle . Cette évasion a révélé au grand jour, à quel point cette administration était totalement dysfonctionnelle . Songez que les prisons françaises qui dépendent du ministère de la Justice sont gangrenées par les trafics ( portables, drogues, ) mais aussi par la corruption.
Tous les acteurs de terrain, du surveillant au directeur savent pertinemment à quel point les prisons françaises peuvent donner l'impression d'être hors de contrôle .
Comment en est on arrivé là ?
D'emblée, il faut rappeler que l'on s'évade peu des prisons françaises . L'évasion d'Amra qui a lieu sur une extraction est extrêment rare et c'est la première fois que des agents ont perdu la vie .
Il y a très peu d'évasions . En général, elles ont plutôt lieu lors de permissions de sortie. Par exemple , quand le juge accorde au détenu sur un délai d'une journée la possibilité de sortir pour se rendre à un rendez vous employeur. Il faut le souligner, ce système qui prépare la sortie ; les détenus qui sortent en fin de peine, sans préparation récidivent beaucoup plus .
Les mesures et les décisions annoncées par DARMANIN sont finalement très décevantes ; elles n'auront aucun effet sur ce système à bout de souffle . Entre les conditions de travail très dégradées, un management systémique brutal, une absence de sens dans le travail au quotidien. Certes le ministre a annoncé la création de QHS , ou de places supplémentaires , ou encore des fouilles de cellules.
Mais qui peut croire un instant que l'on va lutter efficacement contre les trafics en détention, qui représentent une véritable économie parallèle en fouillant quelques malheureuses cellules .
Acteurs de terrain , officiers ou directeurs, nous avons espéré que ce système change radicalement. Alors qu'il peine à recruter , alors que nombre d'agents y laissent leur santé, comment imaginer que l'on soit autant maltraités .
Cette maltraitance peut selon moi être assimilée à une forme d'aliénation.
Entre culture du présentéisme , management très vertical et brutal, absence de sens dans le travail au quotidien. Entre passe droits, entre un système de promotion très opaque. Entre les difficultés à exercer ses droits, comme le droit à une rupture conventionnelle, ou à un détachement dans une autre administration.
Entre des organisations syndicales qui sont dans une sorte de cogestion dans laquelle on se contente de distribuer les postes et les promotions . Entre une médecine prévention quasi absente, ou des psychologues du personnel recrutés par l'administration qui peinent à trouver leur place . Comment espérer de meilleurs lendemains , de meilleures conditions de travail ?
Et puis, pour que les choses changent, il faudrait qu'officiers, directeurs , surveillants se révoltent , refusent d'être traités ainsi, dans une sorte de servitude volontaire ; qu'ils refusent ce management archaïque, infantilisant, d'un autre temps. Un peu d'éthique, de déontologie !
Il faut reconnaître que la pénitentiaire est très "forte" ; elle a su briser le peu de solidarité qui existait encore en faisant passer des centaines et des centaines d'agents au grade d'officier, ou encore des directeurs issus de la base sans réelle qualification. Chacun sait aujourd'hui qu'en se montrant un bon exécutant sans état d'âme, on pourra demain accéder à de plus hautes fonctions après un pseudo examen.
On aura compris ; à coups de fouilles de cellules, de création de Quartiers de Haute Sécurité, on espère remettre sur cette administration une chape de plomb . Le système n'est pas prêt de changer . Et pourtant, il suffirait que les dominés disent non, dans une sorte de révolte civile et pacifique .
Eric