French Kiss for daesh

Dans la soirée du 13 novembre, trois équipées sur-armées ont, au nom d'un Dieu qui ne les connaît ni d'Eve ni d'Adam, tué et blessé par centaines des femmes et des hommes libres et joyeux, de toutes couleurs et de toutes obédiences, qui chantaient, riaient, dansaient ou profitaient ensemble, en terrasse, d'une de ces douces soirées d'automne dont Paris a, parfois, le secret. La précédente vague d'attentats de janvier dernier visait spécifiquement deux piliers démocratiques : la liberté d'expression à travers la rédaction de Charlie, d'une part, et la liberté de culte en visant un magasin de la communauté juive d'autre part. Cette fois-ci leurs cibles étaient des restaurants, des bars, des terrasses, et une salle de concert... cette fois-ci, c'est la Nuit de Paris qui a subi de plein fouet le dessein aussi imbécile que mortel de ces nouveaux escadrons. Et à travers ces lieux nocturnes particulièrement cosmopolites, c'est une nouvelle dimension de la liberté qui est attaquée : celle du plaisir et de la mixité. La joie d'être ensemble, de se rencontrer, de s'étourdir de musique, de rire et de séduction sont autant de fondamentaux d'une vision du bonheur aux antipodes de la culture de mort développée par ces cerveaux malades sur la base d'écrits millénaires auxquels ils n'ont définitivement rien compris. Des gens qui envisagent la musique comme un péché, la proximité d'une femme comme un danger mais qui considèrent comme le plus haut degré de piété le fait de réduire en esclavage une enfant yazidi ne peuvent accepter cet exercice tendre de notre libre-arbitre que constitue l'hédonisme d'un vendredi soir à Paris.

Moi, acteur anonyme de la nuit, artisan quotidien et amoureux de cette liberté, je pense ce soir au lourd tribut que nous avons payé lors de cette soirée maudite de l'Histoire de Paris. Collègues, ami-e-s, frères, sœurs et enfants, chacun de nous a vu quelqu'un partir pour la seule raison qu'il avait voulu jouir de cette liberté ou parce qu'il travaillait à la rendre possible chaque soir. Pourtant ni aujourd'hui, ni demain nous ne prendrons les armes pour venir tuer ceux qui ont semé la mort vendredi dernier. Mais, au demeuré adepte de cet enfer moral et humain qui se réjouit de la mort des miens, je veux dédier French Kiss, morceau fondateur de la house music signé Lil Louis et dont le titre évoque l'un des plus beaux de nos savoir-faire. Dans ce morceau, on entend au milieu d'un groove d'une puissance irrésistible, les cris d'une femme qui jouit. Une femme libre, heureuse qui jouit de la musique, de la danse et de l'amour sans distinction. Je veux que ce morceau s'incruste au plus profond de ton crâne, misérable soldat de la mort et de l'ignorance, je veux qu'il vienne hanter à jamais le paysage morbide de ton désert affectif et intellectuel pour te rappeler que rien ni personne ne nous empêchera jamais de vivre, de danser et de nous aimer.

[le morceau French Kiss de Lil Louis c'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=3Y8w2W1uy2A]

 

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