La démocratie européenne est en marche ! (mais tout le monde s'en fout)

Vous ne le savez sans doute pas, mais les prochaines élections européennes constituent une étape historique dans l'histoire politique du continent. Si, si. Pour la première fois, les grandes familles politiques ont désigné un candidat pour la présidence de la Commission. Pour la première fois, la campagne électorale européenne s'incarne en des personnalités et des projets concrets.

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Vous ne le savez sans doute pas, mais les prochaines élections européennes constituent une étape historique dans l'histoire politique du continent. Si, si. Pour la première fois, les grandes familles politiques ont désigné un candidat pour la présidence de la Commission. Pour la première fois, la campagne électorale européenne s'incarne en des personnalités et des projets concrets. Pour la première fois, les citoyens ont leur mot à dire sur la désignation du président de la plus importante institution communautaire. Si vous votez PS en Belgique, vous votez Schulz. Un Allemand votant libéral donne sa voix à Verhofstadt.

A l'heure où le déficit démocratique européen est plus que jamais dénoncé cette évolution devrait être acclamée par tous, non ? Et bien, non, apparemment. La campagne n'intéresse personne. Les candidats ont beau faire campagne, débattre, céder à la mode du selfie, rien n'y fait. Détail désepérant: le nombre de tweets par minute enregistrés pendant le débat des candidats diffusé sur Euronews fin avril a dû être revu radicalement à la baisse, après des exclamations victorieuses durant la soirée.

RT @desarnez: 10'000 tweets arrivent chaque minute pour commenter l' #EUdebate2014 : la démocratie européenne est en marche ! #guy4europe

— Fabien Cazenave (@FabienCazenave) 28 Avril 2014

En réalité, il y a eu 1.000 tweets par minutes, a admis discrètement Euronews quelques jours plus tard. Surtout localisés à Bruxelles, et dans certains capitales. Pas vraiment de quoi trompetter. A titre de comparaison, les grands événenments électoraux américains chiffrent à plus de 300.000 tweets par minutes.

Un prochain débat est programmé le 15 mai. A dix jours du vote, il mettra aux prises les cinq principaux candidats (Juncker, Schulz, Verhofstadt, Keller, Tsipras) et sera mis à disposition de toutes les chaînes de télévision européennes. La démocratie européenne en marche ! Sauf qu'aucune ne donnerala moindre visibilité à ce débat, relégué sur la chaîne parlementaire en France et au Royaume-Uni. En Belgique, la RTBF l'a courageusement placardisé sur la Trois, tandis que la VRT fera tout simplement l'impasse.

C'est bien simple: la plupart des Européens ne connaissent pas les candidats à la présidence de la Commission. Ils ne savent même pas que leur vote a une quelconque influence. Il faut dire que certains dirigeants font de leur mieux pour saboter le processus. Ainsi Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a-t-il déclaré que le choix de candidats par les principales familles politiques "n'influencera pas beaucoup les électeurs. Les citoyens comprennent très clairement la différence entre le Parlement européen et ceux qui prennent les vraies décisions". Si la démocratie européenne est en marche, Herman Van Rompuy ne se sent clairement pas concerné. Et si le taux d'abstention grimpe encore le 25 mai, il pourra s'en féliciter.

 L'Europe a pourtant vraiment besoin d'une couverture démocratique qui ne soit pas juste un vernis. Qu'on soit pro-Européen ou nationaliste acharné, nul ne peut douter que les enjeux politiques et économiques sont de plus en plus liés, que nos destins sont de plus en plus interdépendants. A moins de ne plus croire qu'aux utopies locales ou de sombrer dans le rejet des institutions, le Parlement européen est la seule instance à même d'empêcher que les grandes décisions soient prises en secret, sans débat transparent. Qu'on s'y intéresse ou pas, il existe une démocratie européenne. Et on serait bien inspiré de moins s'en foutre.

 Billet reposté depuis mon blog http://www.ndonne.blogspot.com

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