Politique - Amélia Lakrafi, engagée pour plus de 158000 français de l'étranger

Proches de leur actualité, les français de l'étranger manifestent un grand intérêt en ce qui concerne leur situation et la politique en France. Scolarisation ou fiscalité, chaque sujet garde une importance. Rencontre avec Amélia Lakrafi, députée de la 10e circonscription des Français de l'étranger sous l'étiquette En Marche.

C'est lors d'une rencontre avec le comité Western Cape à Cape Town en Afrique du Sud, que la députée de la 10e circonscription des Français de l'étranger sous l'étiquette En Marche, Amélia Lakrafi, nous a accordé un entretien sans tabou. Issue de la société civile, c'est une engagée de la première heure, dès les premiers frémissements de la campagne d'Emmanuel Macron.

Commandant dans la réserve citoyenne cyberdéfense/Armée de terre française au niveau sécurité et sûreté depuis l'horreur et le choc des attentats de Charlie, Amélia Lakrafi enclenche dans sa vie tous les changements nécessaires afin d'agir et de s'engager pour son pays. La République En Marche sous sa candidature, remportera un fief auparavant "chasse gardée" LR anciennement UMP, sous la cape d'Alain Marsaud, pour une circonscription des Français de l'étranger qui couvre 49 pays, presque 160 000 Français inscrits et une immense diversité et une complexité de contextes politiques, économiques et culturels.

 © En Marche © En Marche
 "J'ai un grand attachement au drapeau, à la Nation, à la Marseillaise. Je suis arrivée à l'âge de 20 mois en France, j'ai bien sûr bénéficié du système français et j'ai connu l'école de la République. Issue d'une grande fratrie, et d'origine modeste, le travail et l'attachement aux valeurs de notre France nous ont toujours été inculqués. Nous avons tous réussi brillamment, j'ai moi même fait de longues études. Nous devons cesser de nous plaindre et agir à notre propre mesure. 

Au moment de l'attentat de Charlie Hebdo, j'ai accroché le drapeau français sur la façade de mon domicile, j'ai toujours eu un immense respect pour ceux qui se sont engagés pour nous protéger, et protéger nos libertés, notre état, notre patrie.  Qu'on les caillasse, qu'on puisse les insulter me semble impensable. Je souhaiterais proposer qu'on puisse avoir une journée nationale de remerciement à nos forces armées. J'ai aussi fait l'école militaire, l'INHESJ, l'Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice, cela a joué en ma faveur pour intégrer la réserve citoyenne cyberdéfense, je suis fière de cela, il nous faut agir."

Un gouvernement Edouard Philippe à plusieurs étiquettes politiques, et des lois passées par décret.

Erika Cologon Hajaji (ECH) : "Comment avez-vous ressenti le gouvernement d'Edouard Philippe, composé de ministres et collaborateurs, conseillers, originaires de plusieurs partis politiques?"

Amélia Lakrafi : "Il y avait une vraie attente de sortir de cette dichotomie droite-gauche, elle ne voulait plus rien dire. Sous Sarkozy, on n'a jamais eu autant de lois de gauche qui sont passées, par exemple nous n'avons jamais légalisé autant de personnes en situation irrégulières. Un autre exemple serait celui de la défiscalisation des heures supplémentaires qui a été un sujet qui m'a directement concernée, alors que j'étais entrepreneure de TPE/PME. Sous le président François Hollande ce sont des lois de droite qui ont prédominé, jusqu'à même frôler la déchéance de nationalité.

Le mouvement En Marche est inclassable. Dans l'hémicycle nous sommes au travail avec tous, la France insoumise, les Républicains, et chacune des expressions de notre démocratie. Auparavant, la droite rejetait la gauche, et la gauche rejetait la droite. Aujourd'hui on vote selon le programme du président, et il nous arrive de voter des amendements proposés par d'autres mouvances. Nous votons une cohérence, des décisions vers la solidarité, nous sommes dans le "protéger-libérer".

 ECH : "Manuel Valls quand il était premier ministre de l'ex président François Hollande, a utilisé à outrance le 49-3. Une grogne est montée concernant la gouvernance Macron à coup de décrets. N'est-ce pas un recul de la démocratie, ou alors est-ce une nouvelle façon de faire passer les choses au forceps, la France est-elle têtue ou réfractaire aux réformes ?"

Amélia Lakrafi : "Cela a déjà existé. Sous la IIIème République ce mode de gouvernance a été sollicité et selon moi cela a été un temps de grandes améliorations, de grandes évolutions. Même Mitterrand est passé par l'ordonnance, les gens sont amnésiques, la Démocratie c'est voter pour un président, et un programme qu'il doit appliquer. Nous n'avons plus le choix, nous ne pouvons plus vivre à crédit. L'Etat doit arrêter de s'endetter. Il faut aller vite, et nous votons les ordonnances, en débattant. La question des syndicats est centrales également, je regrette qu'il n'y ait que 8% des personnes en situation d'emploi qui sont syndiquées. Je souhaiterais que dès l'emploi, chacun d'entre nous s'engage. Comment 8% des salariés syndiqués peuvent-ils bloquer les 92% autres? Ce n'est pas juste, c'est une prise d'otage. On ne peut plus accepter que les syndicats se mettent en grève sans même encore avoir négocié. 

 La Diaspora Française et le mouvement En Marche à l'étranger, quels engagements?

 "Le Liban est mon gros coup de coeur, un pays que je ne connaissais pas. C'est un mélange, une tolérance, une générosité, avec une culture magnifique. Les Français et binationaux d'En Marche Liban, sont fortement impliqués, sur les 49 pays c'est là que l'engagement politique est au plus fort."

ECH : "Quel est le comportement du mouvement En Marche via les français de l'étranger qui l'animent dans votre circonscription?"

Amélia Lakrafi : "Il y a 99000 français de l'étranger inscrits sur les listes électorales, et 158000 à être inscrits au registre consulaire, près d'un quart des inscrits sur les listes électorales sont au Liban. 50% ont voté alors que l'abstention a encore été trop présente ailleurs. Les franco-libanais sont des gens politisés et mobilisés, ils ont une relation très ancienne et particulière avec la France depuis Le Grand Liban des années 1920, de toute évidence également  ils ont été particulièrement sensibles au "phénomène Macron", il y a un climat de "lune de miel". Ils aiment ce que notre président représente, son dynamisme, les idées novatrices. Beaucoup de députés au Liban souhaitent pouvoir approcher ce type de "révolution" politique. 

En général, je reste absolument comblée de mes rencontres avec les Marcheurs partout où je me déplace. Il se dégage énormément de gentillesse, de bienveillance dans nos séances d'échanges et de travail. En métropole certaines fois, je vois que les relations sont moins idylliques, j'ai énormément de chance."  

ECH : "Vous êtes la représentante de tous les français de l'étranger de votre circonscription et de toutes étiquettes politiques confondues, comment justement avez-vous ressenti la charge de l'abstention. Est-ce lié à la distance géographique, le fait que l'on soit absorbé par une autre réalité à l'étranger, ou une habitude de se sentir inutile quand on est loin ?"

Amélia Lakrafi : "je suis la députée de tout le monde, et quand on m'a demandé si être En Marche cela voulait dire voter les yeux fermés des réformes ou des lois qui pourraient ne pas me sembler acceptables, j'ai tenu à prendre le temps de répondre à ce sujet d'importance. Pour moi la fronde n'est pas un mode de vie politique, je me suis engagée sous un programme, et j'ai une fidélité quant à mes engagements et aussi face à ce qui est attendu des français qui ont élu le président Macron. je ne voterai jamais oui, pour oui, et j'userai de mon droit d'abstention autant que nécessaire, nous sommes là pour avancer selon nos lignes directrices. 

Au sujet du profil des français de l'étranger, même si ils sont d'une grande diversité, Je les trouve très débrouillards, il n'ont pas peur du risque.

Il y a des "très beaux profils" professionnels qui ont quitté la France, heureusement que nous en détenons encore sur le territoire et nous souhaitons rendre la France accueillante pour ce qui est des investissements et des innovations dans tous les secteurs attendus. Par exemple dans ma circonscription, aux Emirats Arabes Unis on compte la seconde plus grande communauté française avec 22 000 français enregistrés. L'ambassadeur estime d'ailleurs qu'ils seraient plutôt 35 000. J'ai remarqué que plus un pays est "safe", moins les gens s'enregistrent, souvent s'enregistrer se fait au plus dans des contextes locaux d'instabilité politique ou économique. Le français veut aussi se détacher des lourdeurs administratives connues au pays, alors qu'aujourd'hui on peut s'enregistrer au consulat en ligne, les démarches ont été simplifiées.   

ECH : Quelle est selon vous la première préoccupation des français de l'étranger aujourd'hui?

Amélia Lakrafi : C'est la crainte des coupes dans les budgets sur les lycées français de l'étranger, ainsi qu'au sujet du non renouvellement des détachement et le recrutement sous contrat local des professeurs. J'ai énormément de propositions à faire au gouvernement dès mon retour. Nous devons avoir une attention particulière sur ce qui est dit sur les réseaux sociaux, car actuellement les informations qui circulent à ce sujet sont de l'ordre des légendes urbaines. Peut-être n'avons-nous pas suffisamment communiqué mais on ne doit pas endosser des mensonges, il n'a jamais été question que l'on se retrouve exclusivement avec des professeurs locaux par exemple, la crainte de la privatisation de l'AEFE est aussi un mythe, même si elle perd de l'argent depuis une dizaine d'année, cela n'a jamais été prévu. Nous voulons, et le président en première ligne, sauver et pérenniser le soldat AEFE comme il dit. Nous sommes 9 députés des français de l'étranger à être missionnés, nous avons pour tâche de faire remonter chaque constat accompagné de propositions. Si on constate qu'il faut augmenter de façon justifiée les investissements, ce sera fait, mais chaque analyse est inspirée de propositions concrètes, et il y urgence d'une meilleure gestion.  

ECH : "Vous avez émis le souhait de réfléchir sur une possibilité de penser à un équivalent de l'allocation chômage qui concernerait les entrepreneurs expatriés si ils ont cotisé en France. Comment appliquer une équité avec les français de l'étranger qui ne sont pas entrepreneurs?, qui financerait ce type de proposition?."

 Amélia Lakrafi : "Il y a une réflexion à avoir, il n'y a pas de solution toute faite. Si un français a été résident et a investi en France, on pourrait entrevoir un minima, avec un système de points similaire à celui entrevu pour la retraite par exemple. Si j'ai déjà payé des impôts, il faut repenser cette situation, cela reste une question posée, quelque chose qui selon moi fait sens."

"A tous les français de l'étranger, je voudrais que soient organisés des comités citoyens sans étiquette dans vos villes, dans lesquels on pourrait créer des commissions par thématiques. Business ou entrepreneuriat, Education ou scolarité, francophonie, etc... Que chacun puisse soumettre des idées qui partent de constats, je poserai leurs questions devant le gouvernement, et enclencherai des initiatives."  

Les Relations bilatérales franco-Sud-AFricaines, droits de l'homme et technologies.

ECH: "Avec 14 Alliances Françaises sur le territoire sud-africain, que ressentez-vous du rôle et de l'impact de celles-ci?"

Amélia Lakrafi : "Effectivement on compte 14 Alliances Françaises mais en fait aussi partie celle du royaume du Lesotho. Dans tous les pays c'est un incroyable outil qui promeut la langue et la culture française. Je pense particulièrement à certains pays dans lesquels il n'existe pas une proposition culturelle locale suffisamment forte, c'est dans ces pays que souvent les centres ou nos Alliances Françaises font vivre la culture et proposent de s'ouvrir et de découvrir. L'Afrique du Sud est, elle, dotée d'une culture très forte. Au delà de ce point essentiel, la France et l'Afrique du Sud ont une relation économique extrêmement dynamique, nous sommes autant sur les programmes nucléaires que sur l'environnement, les droits de l'hommes ou encore les centres de recherche scientifiques. 

ECH: "C'est une grande question que l'environnement sous le slogan "make the planet great again" lancé par le président Macron, comme certains militants écologistes posent la question, peut-on parler d'environnement et en même temps de nucléaire?

 Amélia Lakrafi: "Totalement. je préfère une centrale nucléaire qu'une centrale à charbon, c'est plus propre et c'est plus économique. Il faut raisonner plus loin. On ne peut pas revenir en arrière. Aujourd'hui nous devons réaliser que nous ne pouvons fournir l'énergie nécessaire à la France en se passant du nucléaire. Les gens doivent savoir qu'il y a une réalité économique et pratique. Aujourd'hui sur 100 ans, on peut dire que le nucléaire est une énergie sûre. Rien pour autant ne nous empêche d'avancer et d'innover pour entrer dans un modèle qui va favoriser là où c'est possible, d'autres énergies. 

ECH: "Dans le domaine scientifique, avec l'Institut Franco Sud-africain pour la technologie, mais aussi les organismes de recherche Français et les centres franco Sud-africains de formation, la France est le 4ème partenaire de l'Afrique du Sud."

Amélia Lakrafi: "Nous avons une relations bilatérale économique/recherche très dense. Sur la COP21 les pays qui ont le plus investi en temps, en travail et en idées étaient de mémoire, la France, le Canada et l'Afrique du Sud. Je suis impressionnée du niveau de conscience des sud-africains. Au Cap par exemple les enfants portent une attention toute particulière aux déchets, ou à économiser l'eau, je pense qu'en France on pourrait largement s'en inspirer. 

ECH : "Une enveloppe de 500 000€ est accordée par la France depuis 2014, et est renouvelée tous les 4 ans, à un fonds d'appui à la société civile au travers d'ONG, un peu plus de 20 ans après l'apartheid et devant ces forêts de townships, comment la France parvient-elle à s'installer sur le terrain des droits de l'homme, du genre, et LGBT?"

Amélia Lakrafi : "C'est une aide, une influence positive, un soutien dans le sens de la bienveillance. Certaines ONG Sud-africaines ici sont exemplaires, nous n'arrivons pas en donneurs de leçon, nous venons apporter un soutien technique. C'est un "pays jeune" après l'apartheid, l'Afrique du Sud est un exemple extraordinaire. C'est un pays avancé au niveau des infrastructures, des services, des routes, on le constate. Bien sûr ces townships restent la cicatrice de l'Histoire. Ils doivent ré-équilibrer leur système. Je ne suis d'habitude pas pour la discrimination positive, mais ici le "black empowerment" reste malheureusement compréhensible, cela a été mis en place afin sûrement de tenter de forcer une population à se retrouver au coeur de cette société composée de "colored", de "noirs" et de "blancs". La représentation de toutes les communautés est essentielle, tout autant qu'en France, c'est une question d'équité et de justice. 

Je voudrais mettre en lumière le fait qu'il faut profiter de la situation actuelle sensationnelle, un nouveau président et un élan sans égal en France avec le président Macron, mais aussi un nouveau président en Afrique du Sud, en la personne de Mr Ramaphosa. Nous sommes dans un moment clé, nous avons intérêt à nous rapprocher et à créer des ponts. Nos pays sont des pays leaders, beaucoup de grandes entreprises ont leur siège social en Afrique du Sud. Il y a un optimisme que je ressens, même si évidemment les transitions politiques ne sont absolument pas assimilables. Je suis proche des ministres, les français ici savent que le climat des affaires se porte beaucoup mieux, je crois beaucoup en l'intelligence collective et je suis à votre entière disposition pour défendre chaque initiative qui servira l'intérêt de la France et des Français. 

Pour Retrouver le comité Western Cape, ses actualités, participer aux rendez-vous citoyens  https://www.facebook.com/EMWesternCape/

 

 Propos recueillis à Cape town, le 10 avril 2018

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