Politique - Le grand Oral de Andry Rajoelina à Sciences Po Paris

13 Septembre 2018 - L'Association Sciences Po pour l'Afrique recevait l'ancien Président de la Haute Autorité de la Transition à Madagascar, Monsieur Andry Rajoelina. C'était l'occasion selon l'ASPA et Newpolis, forum numérique intérnational, de rassembler tendances politiques et débats

"Il y a des élections en Afrique qui se passent mieux qu'en Europe." - F.de Labarre

François de Labarre est grand reporter en charge de l'édition Africaine de Paris Match.

Appartenant au groupe Lagardère et lancée sur le marché depuis le 2 Novembre 2017, l'édition Afrique est distribuée dans 22 pays d'Afrique. Face à une presse écrite papier en déclin qui subit l'effet boomerang d'internet, c'est devant le succès palpable du test de la page Afrique et des fréquentations des sujets Afrique publiés par le Paris Match traditionnel et sur le web, que la rédaction se penche sur un magazine sur l'Afrique et non un magazine Africain. En collaborant avec des photographes et des correspondants africains, mais aussi en ayant des sujets travaillés depuis la rédaction française, les premiers résultats sur le Maghreb, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont mis les voyants au vert.   

Andry Nirina Rajoelina s'offre le grand Oral à l'étranger.
Une conférence inaugurale s'est déroulée dans les locaux de Sciences Po Paris, le journaliste et rédacteur en chef pour Paris Match Afrique François de Labarre s'est trouvé être l'interviewer de choix pour cet exercice. Les passages ici retranscrits sont issus exclusivement des seuls supports mis à disposition, ces vidéos sont actuellement consultables sur facebook sur la page de l'ASPA. L'objectif de cette retranscription est d'éclairer ceux nombreux, qui ne peuvent consulter ces supports médias.  

CE QU'IL S'EST DIT

Andry Nirina Rajoelina a avant tout souhaité partager ses principes, ses valeurs, devant un public restreint, on notera même quelques rangs vides, alors que plusieurs vidéos ont montré qu'une foule s'était formée devant les locaux de la très reconnue Institution Science Po Paris alors dépassée par l'événement. L'ancien président de la transition a commencé par remercier l'Aspa, Newpolis, mais aussi le directeur de l'établissement, Monsieur Frédérique Mion, haut fonctionnaire et proche du premier ministre français Edouard Philippe, il est l'un des président du "Comité Action Publique 2022", groupe de réflexion placé sous le premier ministre français, chargé de la réflexion sur les réformes des missions de l'Etat en France. 

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Monsieur de Labarre a introduit la conférence en soulignant qu'il avait eu l'occasion d'interviewer plusieurs présidents africains, dont "le président Hery" et a rappelé le tempo électoral déjà enclenché vers les présidentielles avec la démission de Hery Rajaonarimampianina comme attendue par la Constitution Malagasy, pour une campagne qui devra commencer le 7 Octobre à Madagascar. "L'objectif c'est de partager l'expérience d'ANR au sujet de la démocratie en Afrique. Nous devons avoir un échange qui puisse intéresser les étudiants de Sciences Po qui ne doit pas forcément influencer le vote des malgaches qui ne sont pas forcément intéressés par ce qu'il se passe ici." Est-ce donc à comprendre que ce qu'il se passe à Rome reste à Rome, et que "les malgaches" pourraient ne pas être intéressés, pourtant concernés par tout propos officiel politique, surtout avec une campagne qui malgré ce que l'on voudrait penser à déjà commencé à fuiter au travers de meetings XXL, de visites nombreuses et triomphales de provinces et autres événements festifs qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à des meetings de propagande.

Monsieur de Labarre souligne des pays exemples qui selon lui manifestent un changement dans la qualité de la démocratie, comme la Gambie, le Burkina Faso le Ghana ou encore le Bénin. Son constat reste que certains pays d'Afrique ont des élections qui se déroulent mieux qu'en Europe et soulève l'intérêt de savoir ce que ANR peut penser au sujet de l'Afrique et de sa démocratie. 

Après avoir déclaré reconnaître quelques visages des membres de la diaspora dans l'assistance et d'en remercier la présence, Andry Nirina Rajoelina déclare : "Je suis partisan du débat d'idée et de la liberté d'expression, valeurs fondamentales qui ont toujours animé mon engagement politique, la politique en Afrique avance mais c'est un continent sur lequel persistent parfois de vieilles habitudes antidémocratiques."

La limitation du nombre de mandats du Président de la République, bon exemple pour l'Afrique.

"Je sais que ma venue ici a énervé quelques personnes qui ont malheureusement voulu importer ici des pratiques antidémocratiques dont souffre Madagascar et cela depuis plusieurs années. Je pense qu'il y a beaucoup de changements actuellement en Afrique, il y a plusieurs chefs d'Etat qui essayent de s'éterniser au pouvoir,qui ne voient et qui ne cherchent que leurs intérêts personnels. Je pense qu'ici même en France, le vent a tourné, la page a tourné parce que la France vient d'élire il y a quelques années, un jeune président qui n'avait même pas 40 ans. Les partis politiques de gauche que cela soit de la droite, ont été battus par le parti politique ou le mouvement En Marche. Et c'est pareil aujourd'hui en Afrique. donc moi je pense que chaque dirigeant devrait veiller à l'intérêt supérieur de la nation, de la population. (...) Prenons l'exemple du président du Zimbabwe, qui est resté plusieurs dizaines d'années au pouvoir ,c'est à ce moment qu'il faut éviter de changer, de tailler le changement de la constitution."

Il rajoute l'exemple à prendre selon lui, des Etats-Unis, qui limitent le nombre de mandats du président depuis 1957.

Seul Franklin Delano Roosevelt était parvenu avant cela à rester plus de 12 ans aux plus hautes fonctions de l'Etat, de 1933 à 1945. Deux mandats de cinq années seront alors permis, et détails important, cela vaut qu'ils soient consécutifs ou non. "Cela peut sembler paradoxal mais, en empêchant un président populaire de rester à son poste, la limitation des mandats favorise une saine compétition entre les candidats. Rien de tel pour renforcer les institutions et le processus démocratiques." -Shareamerica

Etre jeune entrepreneur, et s'engager en politique est un défi à relever.

Questions posée par un intervenant sur la carrière de Andry Nirina Rajoelina. 

 Question : "Votre première et dernière expérience démocratique c'était en 2007 pour la mairie de Tananarive, comment est-ce que vous êtes tombé dans la politique et quel souvenir vous gardez de votre première élection à la mairie de Tana?"

ANR : "Depuis mon plus jeune âge j'ai arpenté les ruelles de la capitale, je suis allé partout avec mes amis, j'ai essayé de connaître un peu plus la ville. Donc j'ai affronté les ruelles de la capitale, tissé des relations avec les plus démunis, que ce soit avec les personnalités de plusieurs couches sociales. Et un jour je suis arrivé au palais de la Reine. Je me suis dit, qu'est-ce qui se cache derrière les vestiges du palais. A quoi pensaient nos Rois et nos Reines, en implantant le Palais au sommet de la colline d'Antananarivo. Je me souviens qu'un grand Roi qui s'appelle Andrianampoinimerina qui disait que développer mon pays, cela ne dépend pas de lui, mais cela dépend de tout un chacun. A ce moment là depuis mon enfance j'ai toujours rêvé de participer au développement de mon pays, de la capitale de Madagascar. En 2007 j'ai pris la décision de me porter candidat aux élections de la mairie de la capitale de Madagascar. J'ai été élu à 70%, qui est le score le plus élevé des élections qui se sont déroulées dans la capitale de Madagascar. Et c'est la où ma carrière politique a démarré. A la suite de cela, bien évidemment on m'a mis les bâtons dans les roues, on ne pas permis de travailler mais j'ai relevé le défi.

On a pu quand même construire l'hôtel de ville de Madagascar qui a été brûlé par une sorte de révolution en 1972 par des étudiants à l'université de la capitale, et penser que seulement 36 ans après avec la volonté, sans moyen, j'ai lancé la reconstruction. A l'âge de 36 ans, personne ne me croyait mais j'ai tout fait pour me mettre en marche et j'ai travaillé pour reconstruire l'Hôtel de ville.(...) Pour vous dire qu'avec la Foi rien n'est impossible."

Question : "Vous avez travaillé dans l'événementiel, vous avez travaillé dans l'affichage publicitaire, on dit que vous avez été Dj, c'est vrai ça?"

ANR : "Quand on dit cela... vous savez aujourd'hui avec la communication on essaye toujours de détourner la vérité. Moi je suis patriote dans le sang et artiste dans le coeur j'ai jamais été Dj, c'est vrai que j'aime la musique, je danse, j'écoute de la musique, mais je n'ai jamais été en fait, Dj.

J'étais organisateur d'événements, j'organisais des soirées qui a duré plus que des décennies de 94 jusque'en 2004, à chaque fois, chaque année c'était le rendez-vous des jeunes de la capitale. A l'époque on a créé un groupe de jeune qui s'appelait TGV un groupe unique nouveau style qui a rassemblé les jeunes de toute la capitale et on a mis en place une organisation pour organiser bien évidemment tout ce qui est événements culturels et artistiques, donc j'ai créée ma société à l'âge de 19 ans, j'ai beaucoup souffert, j'ai beaucoup franchi d'étapes et je comprends les jeunes qui ont envie de créer une société aujourd'hui. Donc je n'ai jamais été Dj, j'aimerais bien l'être parce que j'aime beaucoup la musique. J'étais et je suis organisateur d'événements.

Question : "Pour revenir sur la démocratie en Afrique et à Madagascar, cette première expérience démocratique à la mairie commence en 2007 et deux ans plus tard on vous voit arriver à Tana mais cette fois en tant que chef de file d'un groupe qui est mené par les militaires qui venaient de faire un putsch, donc la question est simple, est-ce que vous avez réalisé ce putsch, êtes-vous un putschiste?"

ANR : "Ecoutez logiquement ce sont des questions malheureusement qui essayent de s'éterniser, mais moi je suis là pour rétablir la vérité. J'ai écris un livre pour rétablir la vérité."

Vidéo 2

ANR : (Propos incomplets comportant "pouvoir à l'armée... au lieu et à la place du président du Sénat) "C'est la Haute Cours constitutionnelle, qui est la plus grande instance constitutionnelle et juridique à Madagascar qui a ensuite par décret validé le pouvoir en ma faveur, donc je ne pouvais pas gérer le pays sans que la haute cours constitutionnelle ait validé ce transfert pour qu'il n'y ait pas vacance de pouvoir à la tête du pays. Et cela a été accepté par l'ensemble de la population parce que lors de l'intronisation du 21 Mars 2009 l'ensemble de la vie politique ainsi que les administrateurs et les fonctionnaires ont été présents dans le stade de Mahamasina. J'ai toujours tendance à dire c'est du peuple que vient le pouvoir, et c'est le peuple qui reprend aussi le pouvoir, que ce soit à travers des élections ou que ce soit à travers également des mouvements de personnes."

Question : "Certaines personnes à Madagascar vous ont accusé de vouloir reproduire le même schéma en poussant encore le peuple dans la rue (inaudible...) Avez-vous une responsabilité dans les derniers événements qui ont eu lieu en Avril dernier, et quel était l'objectif de ces manifestations?"

ANR : "Le problème qui n'est pas seulement à Madagascar mais un peu partout en Afrique, c'est que nos dirigeants n'écoutent jamais la voix du peuple, la voix de la population. C'est pour cette raison que vous avez parlé des trois lois justement qui ont causé beaucoup de polémiques à Madagascar parce que c'était des lois qui permettaient en fait aux dirigeants de se maintenir et de s'éterniser au pouvoir.

Je vais juste prendre quelques exemples, il y a plusieurs articles dans ces lois qui, par exemple, que : Les électeurs qui ne sont pas inscrits dans la liste électorale doivent fournir des justificatifs pour que l'on puisse les ré inscrire dans la liste électorale. Si il y a un électeur qui n'est pas dans la liste, si la mère était malade, ils doit ramener l'ordonnance ou si ils étaient dans les champs à cultiver, il faut vous prouver afin qu'il soit réinscrit."

Passages officiels source hcc.gov.mg

Sur l’inscription sur la liste électorale

  1. Considérant que l’article 5 in fine de la Constitution dispose que « la qualité d’électeur ne se perd que par une décision de justice devenue définitive » ; que l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966 dispose que « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l’article 2 et sans restrictions déraisonnables : […] b)- de voter et d’être élu, au cours d’élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des électeurs » ;
  1. Considérant que les articles 21 à 23 de la loi organique déférée posent les conditions en matière de vérification de l’inscription de l’électeur et de recours en cas d’omission de la liste électorale ; que certaines conditions, notamment de délais, constituent des restrictions déraisonnables pour les citoyens ; que l’article 22 en particulier conditionne la demande d’inscription à la justification « d’une absence pour des motifs sérieux lors de la période de recensement » ; que cette restriction n’est pas conforme à l’article 5 in fine de la Constitution et doit être extirpée de l’article concerné ;
  1. Considérant qu’il est important que l’inscription des électeurs se fasse efficacement et soit proposée au plus vaste ensemble de citoyens que possible, afin de protéger et de garantir l’exercice effectif du droit de vote prévu à l’article 25 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; que les délais d’inscription sur la liste électorale doivent être assez longs pour permettre au plus grand nombre d’électeurs de s’inscrire ; que la participation des électeurs au processus d’inscription ne doit pas être entravée et que les obstacles techniques non nécessaires que rencontrent les électeurs doivent être levés ;que les termes « pour une raison dûment justifiée» de l’article 21 alinéa 3et l’article 22 alinéas 2 et 3, constituent une entrave excessive au droit de tous les nationaux des deux sexes jouissant de l’exercice de leurs droits civils et politiques à être électeurs tel que prévu par l’article 5 alinéa 4 de la Constitution  et, en conséquence,  doivent être extirpés de la loi soumise au contrôle de constitutionnalité ; 

"A part cela, on a dit que pour le comptage des voix peut-être ici en Europe ça marche, mais au lieu de faire au tableau on a dit de faire sur la table. Et on ne sait pas, l'assistance ne peut contrôler ce qui est réinscrit réellement dans chaque PV, et c'est pour cette raison que ce n'est pas moi qui ait incité les parlementaires, mais ce sont ces parlementaires qui sont venus sur la place du 13 Mai, la place où l'hôtel de ville a été brûlé suite justement à des revendications en 1972, et il y eu crise politique à Madagascar car à chaque fois que la population descend sur cette place, c'est tout le temps le renversement du pouvoir en place. Donc c'était plutôt en fait une coalition menée par les parlementaires. Certes il y a eu nos parlementaires parce qu'il est à noter que nous avons la majorité à l'Assemblée nationale, c'est notre parti qui a le plus de députés. 49 députés suivis de 22 députés de l'ancien président déchu."

Médias et Campagne présidentielle 

François de Labarre : "Un rappel, La Haute Cours Constitutionnelle, qui est l'équivalent de la Cours Constitutionnelle a invalidé la plupart des mesures que vous critiquiez et il y en a une qui m'a surpris, elle concerne les médias et l'usage des médias pendant les élections. Vous avez un groupe de communication qui possède une chaîne de télévision qui s'appelle Viva et dans la loi qui était prévue, il était demandé aux médias privés de faire le même traitement de tous les candidats. J'ai été frappé quand cette loi a été invalidée, par le fait que la Haute Cours Constitutionnelle ait écrit noir sur blanc que les médias privés ne sont cependant pas soumis à une obligation d’égalité mais ont le droit de publier ou diffuser plus fréquemment les déclarations des partis ou candidats qu’ils soutiennent. Alors pour moi cela veut dire qu'à Madagascar un média privé a le droit de soutenir un candidat, c'est un sujet un peu tabou en France parce qu'un média privé n'est pas sensé soutenir un candidat. (inaudible) Là vous êtes, vous, média privé à soutenir un candidat, comment vous expliquez cela?  

Passage officiels - Source hcc.gov.mg

Pour les principes régissant les médias publics et médias privés en période de campagne électorale 

  1. Considérant que les articles 57,110, 111,113, 114 et 116 de la loi déférée soumettent les entreprises de radio et télévisions privées aux mêmes règles que les médias audiovisuels publics ;
  1. Considérant que l’article 17.3 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance dispose que « les Etats parties réaffirment leur engagement à tenir régulièrement des élections transparentes, libres et justes conformément à la Déclaration de l’Union sur les Principes régissant des Elections démocratiques en Afrique. A ces fins, tout Etat partie doit : […] faire en sorte que les partis et les candidats qui participent aux élections aient un accès équitable aux médias d’Etat, pendant les élections » ; que, pour honorer ce principe d’équité, les médias audiovisuels publics financés par l’Etat doivent permettre la communication directe despartis politiques et les candidats avec l’électorat à des conditions équitables, donc sans discrimination et avec une répartition équitable d’antenne ;
  1. Considérant que l’article 17.3 de la Charte africaine de la démocratie, des élections, de la gouvernance n’impose l’accès équitable qu’aux médias d’Etat pendant l’élection ; que pour honorer le principe d’équité, les partis politiques et les candidats doivent avoir accès à la presse du service public sans discrimination, avec répartition équitable du temps d’antenne  aux heures de forte audience ;
  1. Considérant que, contrairement aux médias publics, les médias privés sont à but lucratif ; qu’ils sont sous le contrôle d’une société privée ou d’association ou de particuliers ; que les radios et télévisions privées, en particulier les radios et télévisions commerciales, bénéficient du statut d’entreprise privée ; que l’article 37 de la Constitution dispose que « l’Etat garantit la liberté d’entreprise dans la limite du respect de l’intérêt général, de l’ordre public, des bonnes mœurs et de l’environnement » ; que la composante service public imposée aux médias privés en période électorale est la proposition de programme d’éducation des électeurs ;
  1. Considérant cependant que l’article 11 de la Constitution pose le principe fondamental selon lequel « tout individu a droit à l’information » ; qu’en application de ce principe, en période électorale, les médias sans distinction ont un mandat d’informer les citoyens sur les partis politiques et les candidats participant aux élections et leurs programmes, et de contribuer à la formation de l’opinion de l’électorat ; que, dans un contexte démocratique, l’objectif général de la couverture médiatique pendant les campagnes électorales est de diffuser des reportages et des informations justes et impartiaux ; que les médias privés ne sont cependant pas soumis à une obligation d’égalité mais ont le droit de publier ou diffuser plus fréquemment les déclarations des partis ou candidats qu’ils soutiennent ; 
  1. Qu’en application des Considérants 29 et 30, le contrôle exercé par l’Autorité nationale de régulation de la communication médiatisée prévue par l’article 114 de la présente loi organique, est limité aux cas prévus par lesdits Considérants ; qu’en conséquence, l’existence de sanction pécuniaireconstitue une entrave excessive à la liberté d’expression, liberté fondamentale reconnue par l’article 10 de la Constitution ; qu’à cet effet, les sanctions et recours prévus par l’article 114 alinéas 2 et 3 doivent être extirpés de la loi déférée;
  1. Considérant qu’en conséquence,médias publics et privés ne sont pas systématiquement soumis aux mêmes principes ; qu’il échet d’extirper tous les termes relatifs aux médias  privés  dans les articles précités ; 

 

ANR : "C'est tout à fait normal et heureusement qu'il y a des médias privés. C'est sans l'existence des médias privés qui soutient le pluralisme et la diversité des opinions, qu'on serait muselés et c'est ce qui se passe. La liberté de presse et la liberté d'expression ne sont pas toujours garanties par les chaînes d'information publiques à Madagascar. Il y a une télévision et une radio nationale qui sont monopolisées par le pouvoir en place. Nous même on n'a pas le droit d'y accéder. Vous savez aujourd'hui certes le président a démissionné mais le ministre de la communication est toujours celui du parti du président. Ceux qui sont au pouvoir monopolisent la chaîne nationale. Là le président était déjà candidat, il a fait plusieurs meetings, et ça passe en direct sur la chaîne nationale, chose que les autres candidats ne pourront jamais avoir accès justement à la télévision nationale. Ce qu'ils (HCC) ont voulu justement changer dans la loi c'est qu'il y ait équitabilité sur les chaînes privées, mais les chaînes privées elles ont le droit de soutenir tel ou tel candidat, il est insensé de mettre en place une loi qui devrait régir la chaîne publique ou privée."

François de Labarre : "je travaille pour un magazine qui a une image "people"(...)Vous avez mis en avant votre femme, votre vie privée, est-ce une bonne chose que les hommes politiques mettent en avant leur vie privée?"

ANR : "Moi je ne mets jamais ma vie privée s'exposer ou s'étaler dans le presse. Mais il faut quand même noter que c'est vrai que je suis jeune et ça dérange quelques personnes parce que aujourd'hui 70% de la population malgache a moins de 25 ans et donc ils ont besoin de quelqu'un qui reflète, qui comprend les enjeux et leur difficulté. Si mon épouse est à mes côtés lors de la campagne, je ne trouve pas du mal à ça, c'est ce que tous les chefs d'Etat font actuellement. Je ne suis pas là pour faire du people ou exposer ma vie, je m'engage pour mon pays, le plus important c'est le patriotisme qui anime ma volonté".

Développement de Madagascar 2009 - 2013

Sanctions Internationales sous Transition 

François de Labarre questionne le PHAT sur son rêve d'enfant de contribuer au développement de son pays, en soulignant que l'indice de développement humain est bien plus élevé en 2009 qu'en 2013 constatant donc à un échec sur ce point. Le journaliste ajoute que c'est un constat général que l'on peut adresser à chacun des présidents qui ont été en charge, en posant la question suivante, comment endiguer ce problème, et comment expliquer la difficulté de redresser la barre d'un pays comme Madagascar qui a beaucoup de richesses.

ANR : "Ca, ça me fait mal de voir la situation de mon pays. En 2013 Madagascar était le 13ème pays le plus pauvre au monde, malheureusement... c'est pas une fierté (coupure) je me suis dit Il faut faire quelque chose pour le pays. En ce qui me concerne en 2013 j'ai souhaité mettre en avant l'intérêt supérieur de la nation, et prendre du recul à ne pas me présenter en tant que candidat à l'élection présidentielle. Durant ces 5 dernières années, je me suis entouré des experts nationaux et internationaux justement pour se poser des questions, pour évaluer et surtout pour amener et apporter des solutions pour le développement de notre pays. Il est temps justement de savoir pourquoi nous sommes dans cette situation. Vous avez dit "...oui euh, on n'a pas pu faire grand chose."

Personnellement, en ce qui me concerne j'ai tout fait pour démontrer que l'on peut s'en sortir par nous même parce que pendant la période de la transition donc quand j'étais à la tête du pays, on était sanctionnés par la communauté internationale. On nous obligeait de diriger avec les autres mouvances politiques qui n'ont pas les mes visions, qui n'ont même pas les mêmes idéologies, donc cela a été la période la plus difficile pour gérer le pays parce qu'on a géré le pays avec tout un chacun. Mais c'est quoi notre problème?. C'est très simple, tous les présidents, et pas seulement à Madagascar mais surtout en Afrique, pour ne pas généraliser mais bon nombre de pays, mais surtout à Madagascar. Tous les présidents qui se sont succédé ils ne sont pas préparés pour gérer le pays. Moi même je ne me suis pas préparé pour gérer le pays en 2009, c'était le patriotisme qui m'a animé.

Donc nous avons eu un président qui a géré le pays pendant 25 ans, on a dit que la politique a été instaurée c'était la révolution socialiste, donc plutôt communiste. Je ne suis pas là pour juger qui que ce soit mais on connait les tenants et les aboutissants et le résultat. Et c'est pareil, après il y avait la révolution en 93, là c'est un nouveau président en la personne de Zafy Albert, issu de la révolution populaire qui ne s'est pas préparé pour gérer le pays. Il était poussé par le mouvement populaire.

En ce qui concerne le président actuel, vous savez que je n'ai pas pu me présenter aux élections aux présidentielles en 2013 donc notre famille politique a tout fait pour soutenir un homme de confiance qui était mon ministre des finances, président actuel. Nous avons tout fait pour le soutenir. Et nous avons eu un programme, mais lui pas, et ce qu'il se passe c'est qu'il a dirigé le pays et voilà le résultat. Ce que j'ai envie de dire pour conclure c'est que le problème de Madagascar c'est que tous les chefs d'Etat ne se sont pas préparés, il n'y avait pas un programme qui rassemblait le peuple malagasy. Il n'y avait pas en fait une convention sociale, il n'y avait rien de mesurable ou de quantifiable qui engageait le président à travers même la population. 

François de Labarre : "Dès qu'un président arrive il a un plan de développement qui contredit celui d'avant. Le président Hery a un programme de développement qu'il souhaitait travaillé du point de vue conseil etc.., vous parliez de la pertinence du plan de développement, est-ce que le vôtre est mieux ou alors sont-ils conciliables (...)? L'aide au développement est-elle nécessaire à Madagascar et est-ce que la tenue de l'élection permettrait aux bailleurs de fonds de venir investir plus?"

ANR : "A Madagascar aujourd'hui on doit mettre en oeuvre et en place immédiatement un plan d'urgence, l'insécurité règne sur tout le territoire, chaque jour vous n'avez pas un seul lieu où il n'y a pas des gens qui se font cambrioler, ils se font tuer, même. Les enlèvements, les kidnappings, aujourd'hui plus personne, même les paysans, ne se sentent en sécurité. C'est cela le problème, la pauvreté règne à Madagascar ainsi que l'insécurité alimentaire. les gens ne mangent plus qu'une fois par jour. Je ne suis pas là pour critiquer tel ou tel programme, mais attendre le développement en 2030, je pense les malgaches ne peuvent attendre pour apporter des solutions complètes au développement à Madagascar.

Personnellement je suis convaincu, je suis persuadé, que l'on doit développer notre pays par nous même, nous avons beaucoup de potentiel. Le peuple malgache, malagasy, mérite un avenir meilleur. Pendant la transition on m'a informé qu'on ne peut pas tenir le pays sans l'aide budgétaire et l'aide de la communauté internationale. On m'a même annoncé que au bout de six mois ce serait le chaos total au pays. Il est certes et vrai que 60% de notre budget venait de l'extérieur.  J'ai envie de dire à mon concitoyens, "non", on peut s'en sortir par nous-même, et l'expérience nous a prouvé.(...)  (Il dit utiliser les chiffre Banque mondiale) En 2010 quand je suis arrivé au pouvoir, le PIB était de 200 à 412$ par tête, en 2011, ça a monté à 457 sans l'aide la CI. En 2013, ça a augmenté à 461 et en 2017, malgré l'aide de la CI, nous sommes descendus à 391. J'ai envie de dire au continent qu'il faut essayer de développer le pays sans l'aide. Nous avons besoin de travailler avec tout le monde mais moi je ne suis pas là pour faire de la propagande mais nous avons un plan. Pour gérer nos richesses et créer notre richesse au travers de nos richesses et notre force. je veux instaurer la fierté nationale dans le coeur de tous les malgaches.

François de Labarre : "Contre la corruption et la fuite des matières premières, existe-t-il un plan?"

ANR : La corruption est généralisée et la population n'en profite pas du tout. Il y a un plan à mettre en place. J'ai juste envie de vous dire aujourd'hui, j'ai rencontré le ministre de la Côte d'Ivoire, on a échangé, j'ai voulu savoir quelles sont les pratiques qui s'appliquent dans leur pays. En ce qui concerne l'extraction de l'Or, en Côte d'Ivoire ils exportent 25 tonnes d'Or annuellement. Monsieur le Président m'a-t-il demandé, combien de tonnes d'Or exportez-vous  Madagascar? Seulement 2 tonnes 500. Statistiquement Madagascar devrait faire le double minimum de la Cote d'Ivoire. Et ce sont que quelques personnes qui en profitent, de notre richesse.

25 tonnes d'Or représentent 1 milliard de Dollars. L'aide que l'UE octroie à Madagascar c'est 508 millions d'euros pour 5 ans. Là j'ai envie de partager, si on gère tout cela dans la légalité, si on remet le fonctionnement des règles et de discipline en place, rien qu'avec seulement l'Or, on peut développer Madagascar. Par exemple pendant la transition on a pu gérer le pays parce qu'il y avait eu des chinois qui sont venus et ont voulu extraire et faire de la fonderie concernant l'acier à Madagascar. Nous avons pris des experts pour nous aiguiller sur ce qu'il se passe à l'extérieur concernant l'extraction du fer. Après négociation, ils sont venus mais n'ont pas encore opéré, ils ont payé 100 millions de $ pour l'extraction. Avec ces 100 millions bien gérés on a pu faire augmenter le PIB et gérer le pays, on a pu construire des hôpitaux dans les normes internationales pour chaque province, on a pu construire le colyseum, un amphitheatre qui peut accueillir plus de 50000 personnes, etc... 

François de Labarre : "La chine est le premier partenaire de Madagascar"

ANR : Je pense qu'il faut gérer le pays dans la transparence, la Chine est le premier partenaire commercial certes mais qu'ont-ils fait en contrepartie, qu'ont-ils fait pour la population? il n'y a pas quelque chose de palpable, une ligne visible pour soulager la pauvreté. 

La suite de 40 minutes est une succession de questions réponses avec l'assistance, dont beaucoup d'enregistrements existent sur le net.  

Lien vidéo 1 :  https://www.facebook.com/sciencespo.aspa/videos/496452957503860/

Lien vidéo 2 : https://www.facebook.com/sciencespo.aspa/videos/238739700125292/

Un grand merci à ceux qui ont enregistré ces passages, à ceux qui ont manifesté un grand intérêt, pour ou contre. Pourvu que le climat s'apaise et que le respect des opinions et les manières multiples de les manifester, soient tolérées. Il est à regretter les excès concernant le traitement de personnes qui agissent en leur nom et dans des sphères officielles.

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