Politique - Emmanuel Macron, 5ème président français en Visite d’Etat aux Etats-Unis.

Depuis le retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN en 2009, l'alliance entre Paris et Washington s'est renforcée, mais le président Macron signe un tournant alors qu'il invite D.Trump pour le défilé du 14 Juillet 2017 à Paris

 Si Google place en premiers résultats le chapeau immaculé de Mélania Trump, le geste paternel de Donald Trump qui époussette l’épaulette du président français pour selon lui “le rendre parfait”, ou encore à nouveau le fait de voir Emmanuel Macron et le président Trump se tenir par la main comme il en avait été avec le président Indien Ram Nath Kovind, la visite officielle du président français le 24 Avril 2018 n’a laissé aucun média insensible et a enclenché une amitié nouvelle entre la France et les Etats-Unis.

Emmanuel Macron devant le Congrès Américain Emmanuel Macron devant le Congrès Américain

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, une identité complexe se dessine et beaucoup d’internautes américains sur Twitter ou sur la planète Facebook jalousent les français et manifestent leur coup de coeur. 

La France est pourtant actuellement animée par des blocages notamment contre le nouveau système d’accès aux études au niveau des universités, des grèves viennent en ponctuation confisquer une partie des trajets en transport en commun, et persiste une grogne traditionnelle qui vise à freiner la marche vers les réformes structurelles menées par le gouvernement Edouard Philippe.

Une certaine aversion se manifeste face au désarroi d’une partie de la population qui ne croit plus en la politique et aux politiciens, est usée des “affaires”, des inégalités sociales, d’un écart qui se creuse de plus en plus entre les précaires et les aisés, quand les licenciements par des groupes qui réalisent des bénéfices importants viennent rajouter à ce contexte une tension, et une incertitude face aux lendemains de cette France qui s’est toujours levée tôt et ne dort plus que d’un oeil. 

 Une classe politique de “mort-vivants”

Ceux qui auront suivi cette “visite d’Etat” du président français aux Etats-Unis le 23 Avril, première du mandat du président Trump, auront noté la difficulté de réinventer et d’imposer une nouvelle relation franco-américaine qui jusqu’ici restait discrète, voire même muette. C’est en 2013 que François Hollande avait été invité à la Maison Blanche par Barack Obama, dix-sept ans après la dernière visite d’Etat, celle de Jacques Chirac en 1996. Suite à la venue de François Hollande, le New York Times avait alors rédigé un article sans pincettes, prédisant la carrière du président Hollande comme “quasiment terminée” et le classant comme appartenant à une classe politique française de “mort-vivants”, dans la ligne droite de l’habitude du peuple français d’un système de gouvernance “monarchique”. Les publications du président en exercice, une côte de popularité au plus bas de l’histoire et une vie privée non conventionnelle avaient planté le décor d’un tableau peu flatteur.

Ces trois jours de visite d’Etat ont mis en exergue un décalage important de culture entre la tradition poussiéreuse de l’exercice du pouvoir traditionnel et la “méthode Macron” qui n’est pas sans rappeler celle d’Obama et qui parvient à renforcer magistralement l’image de la France à l’International.

Si Nicolas Sarkozy avait aussi su récolter un franc succès devant le Congrès américain avec standing ovation à la clé, c'était alors en évoquant les grandes figures des combats qui ont fait avancer les Etats-Unis, la notion de rêve américain et son intention de renforcer l’amitié et les partenariats entre les deux pays.

Emmanuel Macron est venu, lui, avec le défi d’afficher une personnalité forte et une volonté politique ferme en reconnaissant les divergences de vue par exemple sur la question de l’Iran et du nucléaire, mais aussi en renouant une intimité politique et une complicité entre les deux puissances. La déclaration du président Iranien qui n’a pas grande confiance en la politique occidentale et qui menace de reprendre les enrichissements d’uranium en cas de retrait de Washington des accords de 2015 , vient troubler la lune de miel entre les deux chefs d’Etat, et traduit une réticence de la part du chef d'Etat Iranien face au profil de Donald Trump, qu'il ne considère pas comme étant suffisamment outillé pour juger des affaires de stratégie et de droit international.

Georges Washington University, à quelques pas de la Maison Blanche A l’heure à laquelle en France des groupes d’étudiants empêchent l’accès aux universités sur un air de désir de liberté et contre un cadre universitaire trop rigide ou sélectif, ils réclament essentiellement l’abandon du nouveau système nommé “parcoursup”, introduit par le ministre de l’éducation, qui les fait sortir d’une affectation par tirage au sort. Soutenue pourtant par la majorité des présidents des universités, le refus de l’instauration de cette nouvelle plateforme d’enregistrement vers l’orientation scolaire cause aujourd’hui le report des partiels et la colère de ceux qui ne peuvent se permettre de redoubler leur année. Cette réforme contient aussi une mesure proche des systèmes anglophones, une évaluation du niveau scolaire continue sur l’année, et quatre épreuves à l’issue de la terminale, contre quinze aujourd’hui. C’est l’ancien directeur de Sciences Po Lille Pierre Mathiot, qui après plus de cent auditions auprès des syndicats d’enseignants, sera chargé de “hierarchiser” selon les matières “mineures” et “majeures”.  Emmanuel Macron s’est positionné rapidement dès son début de mandat vers une réforme plus juste, afin de lutter contre l’assignation à résidence causée par la différence de moyens injectés dans l’enseignement suivant les zones de France. Diviser les effectifs des classes par deux là où les classes sont surchargées, améliorer la formation et la pédagogie des enseignants dont il faudra également en augmenter le nombre, renforcer les fondamentaux dès le cours préparatoire, instituer l’aide aux devoirs, demander aux étudiants de niveau supérieur un effort de soutien vers les cadets, rendre l’école obligatoire dès trois ans au lieu de six auparavant, tant de nouvelles exigences qui comptent pour lutter contre l’échec scolaire et le chômage.

Ce n’est donc pas étonnant que le président français ait fait le choix de consacrer du temps à la Georges Washington University. Une institution de tradition des plus actives politiquement et classée neuvième meilleure université du monde dans le domaine des relations internationales.  Les comptes Twitter des étudiants de la prestigieuse université américaine se sont enflammés dès que les gyrophares des véhicules officiels se sont positionnés en approche, pour un “tête à tête” d’exception avec le président français en session de question-réponses.

Il s’est exprimé sur son attachement à la Démocratie et la totale nécessité de pouvoir manifester son désaccord, avoir une position, qu’elle soit minoritaire ou majoritaire et pouvoir l’exprimer librement, et a en cela répondu à l’interrogation posée concernant les grèves qui agitent l’actualité française. S’en est suivi plusieurs points d’intérêt tels que l’immigration, l’Islam et l’insécurité, et la question inédite restera celle posée au sujet d’une rencontre éventuelle entre le Dalaï Lama et le président français.

 "La meilleure réponse est la tolérance et que chacun respecte les règles. Si au nom de votre religion, vous ne respectez pas les lois, je suis contre vous mais vous pouvez croire à ce que vous voulez"


Comme lors de sa tournée africaine pendant laquelle à Ouagadougou Emmanuel Macron s'était prêté à l'exercice des questions ouvertes directes, il a voulu répéter ces instants d'échanges avec les étudiants.

 Quelques échanges détaillés : "Pas de filtres, soyez directs, je suis là pour vous."

L'Afrique : Le président réaffirmant sa volonté d'augmenter les efforts et les investissements pour le développement et l'amélioration de la qualité de vie des ressortissants, il souhaite déployer des soutiens dans les domaines de la santé, l'éducation, l'agriculture et l'énergie. Une question sur quelle est la vision actuelle du président sur les aspects corruption-mal gouvernance et droits de l'homme, a reçu la réponse suivante. Dans une situation de relation saine et pérenne, il ne faut pas entrer dans un cadre de maître à élève. L'Union Africaine est une institution qui travaille et elle remplit cette responsabilité de s'adresser au sujet des gouvernances.

 "Let's work with civil society directly" - Travaillons avec la société civile directement. Ce processus est plus rapide et plus clair, "je ne suis pas là pour donner des leçons aux dirigeants qui qu'ils soient."


La Francophonie : La francophonie est un langage qui doit savoir créer des ponts, il n'est pas question d'avoir une approche coloniale de cette opportunité. J'ai demandé à l'Académie Française de proposer une nouvelle philosophie. Je veux que la francophonie soit empruntée par les Caraïbes, les pays du Pacifique, l'Afrique, car de nos jours, le coeur de la francophonie n'est pas en France bien sûr, il y a aussi matière à faire afin de faire en sorte à ce que la langue française soit encore plus enseignée, et pratiquée.

La Syrie : "Alors que le Président Trump émet le souhait de se retirer du théâtre de guerre en Syrie, pensez-vous que c'est de la responsabilité de la France de prendre un leadership et d'être plus impliquée?"

Le Président français a réaffirmé son aversion pour la guerre, mais a souligné la nécessité de combattre ensemble contre Daech. Il n'a pour autant pas balayé la question de la responsabilité de Bachar Al Assad notamment face aux récentes attaques chimiques sur les civils. Les alliés selon lui, ainsi que les Syriens, ont à réunir leur efforts pour offrir la Paix. "Nous restons mobilisés en Irak, en Syrie et là où cela est nécessaire car les terroristes attaquent nos pays, notre coalition est à 99% de la lutte contre Daech. Il y a un Islam fondamental qui émerge, et quelques fois, nos propres interventions ont amplifié les frustrations et ont provoqué l'accélération des mouvements terroristes. Nous devons travailler avec tous les acteurs politiques de la région sans omettre personne. Je veux une approche inclusive. Décider de ne pas intervenir ou exiger le départ des dirigeants n'est pas une solution." 

La République en Marche : Alors que le mouvement naissait, beaucoup de gens comme vous, de vos âges, n'ont pas suivi le mouvement mais l'ont fait eux mêmes. Vous devez écouter vos professeurs et construire vos convictions. Demain, vous devrez prendre vos responsabilités et spécifiquement vous atteler à réaliser ce qui peut sembler impossible, c'est ce que je soutiens en insistant sur les réformes et en unissant chaque parti vers les visions de développement pour mon pays. Ré-inventez les règles du jeu, forts de vos enseignements. Les challenges économiques, environnementaux, l'instabilité feront que vous devrez être prêts à vous impliquer et à proposer pour que le système bénéficie de vos atouts. 

Trump et Macron, deux candidats hors système : On doit toujours avoir de la contradiction, de l'opposition, des débats démocratiques  mais les partis de droite et de gauche en France selon moi ne répondaient plus aux questions clé comme l'immigration, la sécurité, les énergies et le changement climatique, l'Europe etc.. Ils étaient totalement divisés sur les grandes questions. Nous avons proposé une nouvelle plateforme idéologique progressiste, et aujourd'hui il y a notre vision politique, celle des conservateurs, et celle des partis extrêmes, c'est certainement le nouveau paysage politique qui de mes vues va s'installer dans la durée. 
 

L'antisémitisme en France : Le président français a rappelé la singularité qui consiste à constater que dans la société française le conflit Israelo-Palestinien s'est d'une manière importé et cause de nos jours ces comportements antisémites. Il a rajouté qu'il restait très préoccupé d'un ancien "relan" antisémite qui s'est installé depuis le début du siècle et qui persiste d'une certaine façon. Il a appuyé son total support à cette communauté, et souhaite éduquer plus sur ces sujets, dès l'école. La sécurité doit aussi être pourvue, ainsi que le rétablissement du respect de chacune des communauté religieuses. 

L'Immigration vers l'Europe/identité française : Nous devons nous organiser et saisir cette chance qu'est l'immigration. Nous pouvons accueillir ceux qui sont en danger dans leur pays. Nous devons regarder la réalité en face, une immense partie des personnes qui nous viennent d'Afrique, ne vont pas en Europe pour des raisons politiques mais plutôt parce que l'économie de leur pays est mauvaise. Nous devons donc nous organiser, bloquer les flux qui sont causés par des immigrations pour raison économiques, et protéger ceux qui ont pris des risques pour arriver sur notre sol. Pour éviter ces immigrations massives, nous devons nous engager à agir depuis leurs pays. Nous ne devons pas entretenir les peurs ou monter les uns contre les autres.

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