Mélenchon - FI et les valeurs perdues

La liberté de la presse est sacrée ! L'indépendance de la justice également. Les libertés politiques AUSSI ! Ce sont les trois valeurs fondamentales de toute démocratie.


La liberté de la presse est sacrée ! L'indépendance de la justice également. Les libertés politiques AUSSI !  Ce sont les trois valeurs fondamentales de toute démocratie. Or à quoi a-ton assisté lors dans cette incroyable séquence de l'"affaire" Mélenchon-FI  ? Aux efforts conjuguées (je ne dis pas concertés) de la justice "indépendante"* et de la presse "libre" pour assommer, à grands coups de massue, la liberté politique !
Nul n'est au-dessus des lois, c'est entendu ! Aucune force politique ne saurait se soustraire ni à la justice, ni aux critiques de la presse, cela va de soi. Mais, dans cette affaire, qu' a fait la loi ? Elle a frappé la liberté  politique d'une manière si brutale, si disproportionnée, que dans n'importe quelle démocratie les "anticorps" auraient dû immédiatement réagir, à commencer par la presse ! Et qu'a fait cette presse, quel usage a-t-elle fait de sa liberté ? Elle a minimisé le coup de force judiciaro-policier, l'a en quelque sorte banalisé, pour se déchaîner toute entière sur les "fautes" de l'homme politique et ses colères réactives ! Au coup de massue de la justice, les médias libres, unanimes, répondent donc par un second coup de massue ! La liberté politique est frappée deux fois !
Pour le citoyen que je suis, c'est grave ! Le double coup de massue, c'est sur moi qu'il s'abat ! Pas moi, sympathisant-non militant de la FI, mais moi, simple citoyen qui croyait encore que la démocratie pouvait marcher dans un équilibre fondamental préservé. Or cet équilibre est rompu. Gravement rompu. En cinquante ans d'observation de la vie politique je n'avais jamais vu cela. Jamais !

Que se passe-t-il donc pour qu'on en soit arrivé là ? Pour qu'une atteinte manifeste aux libertés démocratiques, aux droits de l'opposition se transforme en un démesuré procès contre ceux-là mêmes qui en sont les victimes  ? Pour que la plupart des corps intermédiaires, syndicaux, associatifs, politiques, médiatiques ( à quelques exceptions près), méprisant toute hiérarchie des faits, dénoncent si forts le cri de l'égorgé et taisent l'égorgement ?!
Notre démocratie respire un sale air. Un air qui est en train de la tuer.

La liberté de la presse d'enquêter est sacrée. Mais quand des journalistes se transforment en policiers, travaillent, dans un échange réciproque, en concertation avec des policiers, des magistrats pour "enquêter" sur un parti politique d'opposition, il y a là une frontière qu'on franchit, une confusion des genres qui est fatale pour la démocratie et que le souci de "transparence" ne saurait justifier ! **  Quand on sait que des centaines de milliers de documents, toute la vie d'un mouvement politique d'opposition sont entre les mains du pouvoir, on frémit d'avance des "informations", des "indiscrétions" de toutes natures que la police ou la justice pourraient laisser fuiter vers les médias (qui ne sont pas tous vertueux !) et l'utilisation les plus douteuses, les plus abjectes qui pourraient en être faites. Nous ne sommes plus là dans un souci de vérité, de transparence légitime, mais dans une intrusion et une collusion  liberticides. Notre démocratie tourne à l'envers.

Comment conclure ce sidérant constat ? Assistons-nous à une conjugaison de toutes les composantes du "système", quelques soient leurs divergences, leurs oppositions mêmes, pour éliminer un mouvement politique qui dérange ? S'agit-il de marginaliser un mouvement distingué comme étant "le meilleur opposant au pouvoir macronien"  pour laisser le paysage politique se configurer dans le  schéma A LA FOIS souhaité par Emmanuel Macron ET Marine le Pen ?! A savoir "progressistes" contre "populistes" d'extrême droite ! Ceux qui, n'étant ni macroniens ni lepenistes, espèrent, en éliminant la FI, dessiner une nouvelle offre politique "à gauche" se trompent lourdement, très lourdement et jouent avec le feu ! Sincères ou hypocrites, ils seront les complices d'un désastre annoncé qui se retournera contre eux et contre les valeurs qu'ils croient défendre ! Rendez-vous est pris dès les élections européennes.

Patrice Muller

* on me fera remarquer, à juste titre, que le procureur qui a ordonné les perquisitions est dépendant du pouvoir politique ! Certes. Mais le pouvoir ayant assuré que le procureur n'a subi aucune influence ministérielle et qu'il a agi "en toute indépendance", je suis bien obligé de me conformer à cette version, sauf à passer pour un "complotiste" ! C'est pourquoi je n'inclus pas le pouvoir politique dans cette "conjugaison d'efforts" dirigée contre la Fi. Libre à ceux qui jugent la version officielle peu probable, de remplacer au fil de leur lecture le mot "justice" par l'expression "justice aux ordres".

** le rappel des affaires Cahuzac, Sarkozy, Fillon... pour justifier le traitement réservé à Mélenchon n'est évidement pas admissible:
1) La gravité des faits dans ces trois affaires est sans commune mesure avec ce qui justifie l'enquête visant Mélenchon et la FI
2) Ces affaires, aussi graves soient-elles, n'ont pas mené à la perquisition massive et tous azimuts contre un mouvement politique ni à la saisie de TOUS ses fichiers. Elles n'ont pas porté atteinte à une liberté politique fondamentale.


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