J'écris ces lignes dans un silence étrange...

J'écris ces lignes dans un silence étrange et rare. Comme si, depuis deux jours, le temps était suspendu.  Des chiffres s'enchaînent d'un sondage à l'autre : 17, 18, 19... et puis rien ! Sur les chaines d'infos on enregistre sans oser commenter. Les bavards habituels sont sans voix. Une sourdine semble étouffer le vacarme de la campagne. Certes la Syrie, Stockholm... et puis la "prestation" de Macron pour entretenir la machine. Mais quoi... !

Je vais sur le site de La France Insoumise. A peine dix commentaires hier. Pas un seul n'évoque ce 17... ce 18... ce 19. Pas le moindre cri de joie, d'espoir, de victoire entr'aperçue. Rien. La routine d'un jour d'avril .  Je scrute Médiapart, déroule le fil des commentaires. Toujours rien. Pas un billet d'Insoumis à se mettre sous la dent. Pas un "hourrah", pas un "on lâche rien"... Mélenchon connait pas! Depuis deux jours, les insoumis se taisent. Les anti-insoumis se taisent. Médiapart se tait et - fait unique- pour une fois personne ne proteste.

J'aime cet instant de silence soudain, imprévisible. Précieux. Prudence des uns, consternation des autres, incrédulité des uns et des autres, bonheur silencieux et refoulé d'un côté, rage muette de l'autre ...? Et puis, surtout, quelque chose qui circule dans les têtes et les coeurs chez ceux qui ne sont pas forcément d'un "côté" ou de l'"autre". Un cheminement au milieu d'une foule de remises en questions...Enfin, j'imagine...
J'aime ce silence, cette trêve. Il y a quelque chose de profondément intelligent dans cette non-réactivité à l'"évènement". Certes, on attend. On guette, la confirmation, l'infirmation ...le flux, le reflux... Ce qui est en train d'émerger de ce fourbi sondagier bouscule tout et fera peut-être tout basculer. Les jours qui viennent seront nécessairement historiques. On n'est pas dans une "vague" de plus. Une "mode" qui passera comme les autres. Là c'est autre chose. Je le sais bien. Et tout le monde le sait. D'où le silence, d'où la trêve. C'est quelque chose de profondément muri qui commence à éclore. Enfin... ! 

Moment rare. Souffles retenus, réflexion...Ce moment ne durera pas. Lundi, tout à l'heure peut-être, l'instant de "sidération" passé, la machine à commenter se remettra en route. Lentement, sûrement, ici, un peu partout. Nous n'échapperons pas au batailles rangées, aux coups bas et à leurs répliques. C'est la loi du genre politique et des passions humaines. Mais quelque chose me dit que, dorénavant, rien ne sera plus comme avant. Quelque chose me dit que le débat politique prendra une ampleur, une hauteur et - rêvons un peu - un dignité qu'il n'a jamais eues ! Qu'aux falsifications et aux bassesses, on répondra autre chose que des injures ou des indignations revanchardes. Que, "insoumise" ou non, une intelligence collective travaillera à transformer les ricanements, les saillies imbéciles, les aprioris recuits en une confrontation digne d'une démocratie et d'une citoyenneté qui ont tant besoin d'être refondées.

C'est maintenant, juste après le silence, que la campagne va commencer.

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