Les délices contrariés d'un jeu de massacre

Mardi, un commentateur affirmait que 60% des électeurs du premier tour de la primaire PS se déclaraient de "sensibilité Front de Gauche".... Si de tels chiffres sont avérés, il faut mettre les pendules à l'heure. La probable victoire de Hamon n'est pas due à un quelconque "réveil" de l'électorat socialiste mais à une sur-mobilisation de l'électorat de... Mélenchon.

 Mardi, un commentateur sur la 5 ( C dans l'air) affirmait que 60% des électeurs du premier tour de la primaire PS se déclaraient de "sensibilité Front de Gauche" et que, donc, de très nombreux sympathisants de La France Insoumise auraient voté pour Hamon ! Beaucoup de commentaires lus sur Médiapart ainsi que des témoignages recueillis dans mon entourage semblent confirmer cette hypothèse. Si de tels chiffres sont avérés, il faut mettre les pendules à l'heure. La probable victoire de Hamon n'est pas due à un quelconque "réveil" de l'électorat socialiste mais à une sur-mobilisation de l'électorat de... Mélenchon.

En jeu, bien sûr, l'"immense plaisir" d'éliminer Valls et de poursuivre ainsi le jeu de massacre qui a déjà fait tomber les têtes de Sarkozy, Juppé, Hollande, Dufflot...!  Exercice de forte jubilation politique, bien excusable par les temps qui courent, qui touche tous les électorats et tous les pays, Cameron, Clinton, Renzi ayant, eux aussi, été "décapités" par le vote populaire.
Je laisse sociologues et politologues continuer à analyser le phénomène "Je vote=ils dégagent" (par ailleurs popularisé par la FI) pour m'intéresser au dernier avatar de cette danse du scalp et à ses conséquences.
Sans ironie blessante, je veux rappeler d'abord  le nombre incalculable de fois où j'ai entendu ou lu (sur Médiapart et ailleurs ) ces deux phrases qui semblaient former un diptyque inséparable :  "Plus jamais je ne voterai pour un socialiste !"  et  "Mon vote sera pour Mélenchon et personne d'autre !"  Et voici que, très probablement, par centaines de milliers, ces "jureurs" devant l'éternité sont allés dimanche dernier se parjurer par deux fois ( et bientôt quatre). Car rappellons que Hamon EST socialiste (membre du PS) et qu'il est quelqu'un D'AUTRE que Mélenchon !
 Et voici qu'autour de moi, certains amis "parjures" commencent déjà à se gratter la tête "Mince ! Mélenchon ou Hamon ? Pour le quel voter à présent ?"

Chaque électeur est bien sûr libre de rompre ses propres serments, ceci n'est pas l'apanage des hommes politiques. Mais peu importe!  Venons au fait. Le fait est que dimanche "la gauche anti-libérale" aura le privilège d'être le seul espace électoral de cette présidentielle qui bénéficiera d'un doublon ! Deux candidats pour, apparemment, le même électorat. Après le délice de l'élimination voici le supplice du choix. Ironie: le second est la conséquence directe du premier. L'euphorie passée voici venu le temps des contorsions, des calculs, des déchirements et peut-être des affrontements "fratricides". Mes amis gratteurs de tête (qui ont voté Hamon pour "virer Valls") viennent à présent me demander quoi faire ! Je  dois leur avouer ma perplexité. Non pas que j'hésite dans mon choix. Mon choix est fait. Car si, à première vue, les deux programmes se ressemblent, de profondes différences existent. Je ne les développe pas ici car j'imagine que, sur cette question, pro- M et pro-H ne manqueront pas dans les prochaines semaines de ferrailler sur Médiapart. J'en frissonne d'avance.
Non. Ma perplexité est liée à la réponse que je dois faire à l'un ou l'autre de ces amis "désorienté". Dois-je le convaincre de se rallier à mon choix (et le sien !) en lui déclinant soigneusement toutes les différences qui séparent les deux faux-jumeaux ou dois-je me contenter de lui balancer une grande baffe sur la nuque en lui disant " grand couillon, va !" ...et puis de l'emmener boire une bière... pour parler d'autre chose ?
Perplexe, vous dis-je.



 

 

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