Anticonstitutionnellement

Lettre ouverte à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Vous vous apprêtez à examiner les nouvelles mesures relatives à la crise sanitaire souhaitées par le Président de la République et entre vos mains gît la France.

Sommes-nous dans l’urgence d’une loi qui ne fera que restreindre les libertés individuelles et déplacer l’attention et les efforts, les vôtres et ceux de tous, vers de faux combats ? Ne pouvons-nous choisir de regarder les défis de notre époque avec recul et bon sens, comme tant de Français l’ont fait avant nous, plutôt que de nous abriter derrière de maigres paravents troués ?
Il existe des traitements efficaces contre ce virus qui semble tant faire trembler notre Président, et vous le savez, vous ne pouvez ignorer les rapports scientifiques des grands noms de la médecine française et mondiale. Des chiffres et des vérités ont été déguisés pour servir divers intérêts et beaucoup d’entre vous le savent.

N’existe-t-il pas nombre d’autres maladies et virus plus violents, douloureux, contagieux et destructeurs que ce virus-star qui finit par nous hypnotiser ?
Quelle place auriez-vous donné aux séropositifs dans les années 80 ? Cette transposition vous semble aller trop loin et il est vrai qu’on se rétablit souvent d’un SRAS-COV-2 et jamais d’un VIH, pourtant les textes que vous allez lire, et discuter nous l’espérons, portent des mesures calibrées pour contrer les 10 plaies d’Egypte.

Allez-vous relever le défi du moindre risque, celui qui nous fera baisser la tête, qui focalisera nos gestes et nos pensées vers un ennemi de papier, qui nous compartimentera et nous isolera quand il ne nous opposera pas ?

Ou allez-vous assurer le rôle pour lequel vous avez été élus, Députés représentants des Français et Sénateurs garants du bon fonctionnement du gouvernement, celui qui nous permettra de garder la tête haute, de soutenir sincèrement les institutions publiques, l’hôpital et ses valeureux soignants, et qui nous rappellera l’assurance, la confiance et la détermination avec lesquelles nous devons regarder l’avenir.

Vous avez le pouvoir de rétablir l’Etat de droit en France, celui que chaque Français de coeur porte en lui et chérit.

La démocratie est devenue l’illusion rassurante du pouvoir pour un citoyen partiellement informé et ignorant des jeux politiques occultes en mouvement permanent.

La question ne porte pas sur la constitution première qui établit les règles d’une nation ; c’est un principe fondateur que le bon sens commun éclairé d’un esprit sain, juste et humain peut concevoir dans un but d’équilibre durable. La question porte sur le cheminement de cette nation dans le temps, et ainsi d’abord sur le rôle des gardiens de la constitution et le périmètre de leur action, puis sur la qualité des maîtres de la constitution pour en formuler les justes interprétations et conseils qui jalonnent l’évolution sociale, intellectuelle et technique de la nation, ensuite sur la qualité des gouvernants et enfin sur la loyauté de la justice et de la police.

Aujourd’hui en France, où en sommes-nous de ces 6 piliers démocratiques : constitution, gardiens, maîtres, gouvernants, justice, police ? Envers qui les sentinelles de l’Etat de droit tournent-elles leur loyauté ?

Il nous a peut-être été fatal d’associer démocratie et économie ainsi que démocratie et social. Une garantie économique ou sociale finit indubitablement par endormir l’attention politique de celui qui se croit en sécurité. Le ventre rempli ne convoite plus le fruit. Une promesse de confort rend le boiteux reconnaissant. Le ventre rempli amène le somme paisible.
Les lois surnuméraires sous coefficient multiplicateur non régénérant mais alourdissant ne forment plus qu’un informe contrat dans lequel le citoyen oeuvre en subordination à l’Etat.
A cette masse de devoirs tricotés et surbrodés par les gouvernants pour garantir un du aux gouvernés, la communauté populaire ajoute le poids du charme avec lequel elle habille son du. Valant plus lourd que ce qu’il entoure, le charme agit comme magie fixatrice, et la masse citoyenne, pétrie de l’angoisse de la perte, appuie son obésité moralisatrice sur l’individu. Et régule ses ardeurs.
Plutôt que d’avancer sur la tapisserie façonnée par notre histoire, nous Français nous retrouvons au centre d’une pelote de laine, que nous tenons fermement serrée de peur de la voir s’effilocher.

Sommes-nous à ce point prisonniers de notre embonpoint que nous préférons achever la cuisson de notre argile que nous savons pourtant remplie d’air plutôt que de reprendre la façon du pain ?

Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Nous vivons des heures historiques pour la France et le pas que vous allez faire sera décisif.
Les Français comptent sur votre discernement et que l’âme de notre cher pays éclaire votre décision.

Respectueusement,

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