La chaîne des mondes

La scène ouvre sur la 13ème armée. La plaine est vaste, grise et sableuse. Au loin le château. L'air en étau entre la brume immobile et les marais contraints. Au loin un assourdissement, le glissement des machines sous le dôme, une sirène, les cris incessants des corbeaux. Elle avance comme un trait de fusain sur un portrait désolé.
Sur cette terre indifférente, le silence des rivières profondes est un écho révérencieux à la dévastation d’autres lits asséchés.

Une silhouette détache sa marche vers l’est appelée par quelques pierres qui annoncent le souvenir d’un autel. Un soleil corrompu darde sa lumière captieuse. Le soldat affecté s’immobilise.
Il offre alors sa défense dénudée, tel un Asmodée bleu en génuflexion, tourné vers sa gauche, contenant sa douleur d’être transpercé par la griffe de Dieu qui s’abat et s’accroche à son aile.

L’armée progresse jusqu’à la lisière du dôme.
Un corbeau s'élance vers la lune qu'il traverse avec la grâce du cygne.
L’anthracnose nuance son empreinte, le poussier s’apaise en dépôts pour se lire en prudentia, qui aussitôt s’enflamme. La lueur décroissante se réflète dans le métal d’un empilement d’armures et de boucliers sans éclat, elle ne sera pas l’aube d’un nouveau jour.

Albrecht Dürer, détail. Albrecht Dürer, détail.

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