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Billet de blog 1 janv. 2022

Passer des voeux ennuyeux à l'incitation pour un agir courageux

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Reliance autour de SOI © Erno Renoncourt

Chaque année, il est de tradition de se partager des vœux. Et dans cette mise en scène mondialement célébrée, même les morveux et les baveux, qui nous dirigent et qui ont craché toute l'année sur ce qu'il y a de plus noble chez l'humain, reviennent en totale imposture nous ennuyer avec leurs souhaits oiseux, niaiseux, frauduleux, si ce n'est nébuleux. Et, comme toujours en matière d'imposture, Haïti n'échappe pas à cette tradition. D'autant plus que ce premier jour de l'an ramène pour Haïti le souvenir de son irruption dans la trajectoire des peuples libres par le courage des anciens esclaves, qui ont su marronner les structures barbares sur lesquelles les grandes mégapoles européennes avaient érigé leur empire, leur puissance et leur gloire. Même si ce rêve de liberté a été longtemps hypothéqué par les précaires de tout poil, d'ici et d'ailleurs, qui se sont installés dans la hiérarchie de ce pays improbable,  des marrons de l'indignité, au service de leurs réussites personnelles et esclaves volontaires des puissances étrangères, continuent de fanfaronner et de parler d'indépendance.

Entre tradition et insoumission

Il me semble permis de proposer à mes lecteurs, d'ici et d'ailleurs, de se démarquer de ce spectacle hideux. Car, en ce 1er jour de l'an  qui coïncide avec l'an 218 de l'indépendance d'Haïti, vu l'état d'indigence de ce pays, vu l'état du monde, ce serait franchement un désaveu que de souhaiter quelque vœu que ce soit, même le plus modeste, à quiconque. Mais pour ne pas rester indifférent à la tradition, j'invite mes rares lecture ! continuer leur quête de pensée critique et à méditer sur les mots puissants de ce texte (Il restera de toi) écrit il y a bien longtemps par l'une des figures les plus engagées de son temps, je veux parler de Simone Weil.

C'est pour moi une manière d'inviter ceux et celles, qui font vivre mes écrits en les lisant, en les partageant et en les commentant, à penser davantage au futur et à leur implication dans ce futur, plutôt que de passer leur temps à ressasser un passé dépassé ou à honorer une tradition qui permet aux éternels fossoyeurs de l'humanité de se prendre au sérieux. Pour cause, si comme le postulent les spécialistes de la physique quantique,le temps varie avec les structures du monde dans lequel nous nous trouvons, alors le futur n'est pas ce qu'il arrivera, mais ce que les hommes et les femmes de bonne et de grande intelligence en feront par ce qu'ils sont. Une manière aussi de rappeler que ce n'est pas ce que nous possédons qui nous donne de la valeur et nous responsabilise par rapport à notre devenir, à notre avenir; mais ce que nous sommes intrinsèquement.

Car c'est ce que nous sommes qui détermine, catalyse et donne du sens à notre vie, et non ce que nous possédons. D'ailleurs, avant de posséder il faut être. Et si nous sommes insignifiants, si nous sommes incapables de donner du sens à nos actions, à notre vie, à nos interactions avec autrui, ce que nous possédons ne nous rendra guère moins insignifiants. Car l'insignifiance humaine est une propriété idempotente, elle rejaillit identiquement sur tout ce à quoi touche cet être humain insignifiant. Voilà qui nous permet de comprendre le paradoxe de la grandeur qui se manifeste dans la dignité de ceux qui n’ont rien, mais qui sont humainement transcendants, et dans l'indignité de ceux qui ont tous les pouvoirs, toutes les richesses, mais qui sont humainement indigents. Voilà qui nous pousse à suggérer à nos lecteurs et à nos lectrices de ne pas laisser éteindre au fond d'eux cette petite flamme qui pousse tout être humain digne vers l'insoumission. Par insoumission, j'entends, cet intemporel désir de beauté, de vérité, de dignité, d'intégrité et d'humanité qui permet d'éclabousser la précarité pour se révéler à la postérité en laissant une trace qui brillera après soi. Une trace que d'autres voudront suivre et perdurer, quitte à prendre des risques et à se mettre en danger. C'est en misant sur notre attachement à ce qui sécurise notre zone de confort que l'indigence nous aliène et nous interdit de vivre le miracle de la vie qui innove sans cesse, malgré les turbulences et le chaos de l'univers : apprendre et transmettre. Car c'est ce qu'on transmet qui perdure après soi, c'est du reste pour quoi les collectifs indigents sont ceux qui cherchent à survivre à l'indignité, à s'adapter à la médiocrité (Pito nou lèd nou la, Mieux vaut être laid mais vivant) sans aucun projet de noblesse, de grandeur et transmission pour l'avenir.

Ce qu'il restera de nous

Alors, en ce 1er janvier 2022, je vous invite à penser au sens de vos actions pour mieux envisager ce qu'il restera de vous dans la mémoire collective de ceux qui viendront après vous. Et pou vous inciter à cette méditation, je vous laisse avec ce texte de Simone Veil pour commencer cette nouvelle année.

''Il restera de toi...
Il restera de toi
ce que tu as donné.
Au lieu de le garder dans des coffres rouillés:


Il restera de toi, de ton jardin secret,
Une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée.
Ce que tu as donné
En d'autres fleurira.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.


Il restera de toi ce que tu as offert
Entre les bras ouverts un matin au soleil.

Il restera de toi ce que tu as perdu,
Que tu as attendu plus loin que les réveils.
Ce que tu as souffert
En d'autres revivra.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.

Il restera de toi une larme tombée,
Un sourire germé sur les yeux de ton cœur.
Il restera de toi ce que tu as semé
Que tu as partagé aux mendiants du bonheur.
Ce que tu as semé
En d'autres germera.
Celui qui perd sa vie
Un jour la trouvera.''

Simone Weil

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