Gang, Pouvoir et Société : le GPS erratique du leadership national haïtien

De 2011 à 2021, tous les criminels, trafiquants de drogue fugitifs, arrêtés, poursuivis, incarcérés ou évadés en lien avec Haïti sont dans le voisinage intime du palais national. Un casting mafieux que même les talentueux Scorsece ou Coppola n'auraient pu imaginer.

Pouvoir et gang en Haïti © Erno Renoncourt Pouvoir et gang en Haïti © Erno Renoncourt

 

Voici une histoire sordide que même les talentueux réalisateurs des sagas mafieuses, que sont Scorcese et Coppola, n’auraient pu imaginer. De 2011 à 2021, pas un délinquant, pas un kidnappeur, pas un trafiquant de drogue, pas un tueur à gage arrêté, poursuivi, dénoncé, incarcéré, évadé qui ne soit au voisinage intime du palais national et des parlementaires du PHTK.

La vraie question est quel est le rôle des économistes bardés de diplômes, des éditorialistes et analystes vedettes du pays, des éminents juristes, des affairistes du secteur privé et des racketteurs de la société civile qui avaient vendu en 2016 l’absurde et improbable idée qu’un homme inculpé, pour blanchiment d’argent, et dont la rumeur laisse croire que son nom figurait dans les cahiers d’écrou de la prison civile de carrefour (Omega) à l’époque dirigée par le commissaire Gédéon, pourrait apporter la croissance et la stabilité à un pays ? 

On ne peut pas continuer à dénoncer le PHTK sans s’attaquer à la racaille endimanchée qui se trouve dans la société civile et qui, sous couvert d’expertise, d’analyse ou de neutralité académique, induit toujours la population en erreur pour ses succès de croissance. Le drame est que ces s’acoquinent toujours avec les choix faits par les étrangers, et cela malgré les signes annonciateurs, souvent évidents, montrant les dangers de ces choix. Et c’est toujours, au dernier moment, quand il est trop tard qu’ils se mettent à dénoncer ce qu’ils avaient soutenu, cautionné et toléré.

Au risque de mécontenter plus d’uns, osons avouer qu’aujourd’hui la société civile haïtienne, dans ses dimensions économiques, médiatiques, académiques, droits de l’hommistes, contient plus de gangs dangereux que les villages de dieu. Regardez le profil (économiste, sociologue, universitaire, médias) de certains des ministres du PHTK première version, regardez le profil de ministres du PHTK deuxième version (Groupe 184, secteur des médias, ex protégés du secteur privé), ils viennent tous d’un même lieu d’indigence qui vit dans un entre soi malsain. Cela ne peut pas être une coïncidence. Une telle pestilence ne peut pas envahir tout le corpus social haïtien, si au sommet il n’y avait pas une appétence pour la merde. C’est là qu’il faut agir pour épurer la société. Il est manifeste que le PHTK n’a pas creusé dans une fosse à merde pour déterrer ceux qui le servent, c’est donc la société qui est corrompue dans ses dimensions les plus profondes. 

Cela rend encore plus pertinent le message que nous portons depuis des années, il faut une PoÉthique d’engagement pour faire émerger une nouvelle écologie de valeurs. On ne peut plus faire confiance à ceux qui brandissent leur doctorat, leur expertise, leur neutralité pour enfumer toute une population, il faut exiger que les compétences soient irradiées par des postures éthiques de courage, de dignité et d’intégrité.  Tant que ceux qui sont au sommet dans les universités, dans les médias, dans la société civile, dans les organisations professionnelles, dans les organismes de droits humains n’auront que leur enfumage à vendre, ils feront toujours obstacles aux étincelles qui peuvent faire pâlir leur obscurité. Haïti a un imminent besoin d’intelligence éthique. Car, comme l’a dit Christian Bobin, dans son œuvre L’inespérée, « l'intelligence n'est pas affaire de diplômes. Elle peut aller avec mais ce n'est pas son élément premier. L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, [….]égaré dans le noir ».

Ceux qui portent la PoÉthique de l’engagement pour la dignité doivent se bousculer dans la lumière. Aussi peu nombreux qu’ils puissent être, ils doivent imposer leurs étincelles, pour paraphraser René Char, à les regarder scintiller, l’enfumage se dissipera.  Tant pis, s’il y en a qui ont peur que ceux qui n’ont nulle autre accointance que leur insolence, leur insoumission et leur compétence réelle, veulent briller en prenant tous les risques. Il devient évident qu’il faut en finir avec la malice des marrons qui se déguisent en promoteurs du changement tout en étant acteurs du statu quo indigent.

Quand l’État n’est plus que racaille, quand la société se refuge dans un malsain marronnage, c’est aux citoyens qu’il appartient d’assumer la responsabilité de la dignité menacée par leur courage.  Désormais ce sont les marques d’intégrité, les prises de risque pour la vérité et la dignité qu’il faut médiatiser. C’est le temps des luttes non subventionnées, il faut tourner la page des impostures militantes.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.