Erno Renoncourt
Blogueur, Consultant Free Lance en informatique Décisionnelle
Abonné·e de Mediapart

119 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 mars 2021

Erno Renoncourt
Blogueur, Consultant Free Lance en informatique Décisionnelle
Abonné·e de Mediapart

Gang, Pouvoir et Société : le GPS erratique du leadership national haïtien

De 2011 à 2021, tous les criminels, trafiquants de drogue fugitifs, arrêtés, poursuivis, incarcérés ou évadés en lien avec Haïti sont dans le voisinage intime du palais national. Un casting mafieux que même les talentueux Scorsece ou Coppola n'auraient pu imaginer.

Erno Renoncourt
Blogueur, Consultant Free Lance en informatique Décisionnelle
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pouvoir et gang en Haïti © Erno Renoncourt

Voici une histoire sordide que même les talentueux réalisateurs des sagas mafieuses, que sont Scorcese et Coppola, n’auraient pu imaginer. De 2011 à 2021, pas un délinquant, pas un kidnappeur, pas un trafiquant de drogue, pas un tueur à gage arrêté, poursuivi, dénoncé, incarcéré, évadé qui ne soit au voisinage intime du palais national et des parlementaires du PHTK.

La vraie question est quel est le rôle des économistes bardés de diplômes, des éditorialistes et analystes vedettes du pays, des éminents juristes, des affairistes du secteur privé et des racketteurs de la société civile qui avaient vendu en 2016 l’absurde et improbable idée qu’un homme inculpé, pour blanchiment d’argent, et dont la rumeur laisse croire que son nom figurait dans les cahiers d’écrou de la prison civile de carrefour (Omega) à l’époque dirigée par le commissaire Gédéon, pourrait apporter la croissance et la stabilité à un pays ? 

On ne peut pas continuer à dénoncer le PHTK sans s’attaquer à la racaille endimanchée qui se trouve dans la société civile et qui, sous couvert d’expertise, d’analyse ou de neutralité académique, induit toujours la population en erreur pour ses succès de croissance. Le drame est que ces s’acoquinent toujours avec les choix faits par les étrangers, et cela malgré les signes annonciateurs, souvent évidents, montrant les dangers de ces choix. Et c’est toujours, au dernier moment, quand il est trop tard qu’ils se mettent à dénoncer ce qu’ils avaient soutenu, cautionné et toléré.

Au risque de mécontenter plus d’uns, osons avouer qu’aujourd’hui la société civile haïtienne, dans ses dimensions économiques, médiatiques, académiques, droits de l’hommistes, contient plus de gangs dangereux que les villages de dieu. Regardez le profil (économiste, sociologue, universitaire, médias) de certains des ministres du PHTK première version, regardez le profil de ministres du PHTK deuxième version (Groupe 184, secteur des médias, ex protégés du secteur privé), ils viennent tous d’un même lieu d’indigence qui vit dans un entre soi malsain. Cela ne peut pas être une coïncidence. Une telle pestilence ne peut pas envahir tout le corpus social haïtien, si au sommet il n’y avait pas une appétence pour la merde. C’est là qu’il faut agir pour épurer la société. Il est manifeste que le PHTK n’a pas creusé dans une fosse à merde pour déterrer ceux qui le servent, c’est donc la société qui est corrompue dans ses dimensions les plus profondes. 

Cela rend encore plus pertinent le message que nous portons depuis des années, il faut une PoÉthique d’engagement pour faire émerger une nouvelle écologie de valeurs. On ne peut plus faire confiance à ceux qui brandissent leur doctorat, leur expertise, leur neutralité pour enfumer toute une population, il faut exiger que les compétences soient irradiées par des postures éthiques de courage, de dignité et d’intégrité.  Tant que ceux qui sont au sommet dans les universités, dans les médias, dans la société civile, dans les organisations professionnelles, dans les organismes de droits humains n’auront que leur enfumage à vendre, ils feront toujours obstacles aux étincelles qui peuvent faire pâlir leur obscurité. Haïti a un imminent besoin d’intelligence éthique. Car, comme l’a dit Christian Bobin, dans son œuvre L’inespérée, « l'intelligence n'est pas affaire de diplômes. Elle peut aller avec mais ce n'est pas son élément premier. L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi - vers l'autre là-bas, [….]égaré dans le noir ».

Ceux qui portent la PoÉthique de l’engagement pour la dignité doivent se bousculer dans la lumière. Aussi peu nombreux qu’ils puissent être, ils doivent imposer leurs étincelles, pour paraphraser René Char, à les regarder scintiller, l’enfumage se dissipera.  Tant pis, s’il y en a qui ont peur que ceux qui n’ont nulle autre accointance que leur insolence, leur insoumission et leur compétence réelle, veulent briller en prenant tous les risques. Il devient évident qu’il faut en finir avec la malice des marrons qui se déguisent en promoteurs du changement tout en étant acteurs du statu quo indigent.

Quand l’État n’est plus que racaille, quand la société se refuge dans un malsain marronnage, c’est aux citoyens qu’il appartient d’assumer la responsabilité de la dignité menacée par leur courage.  Désormais ce sont les marques d’intégrité, les prises de risque pour la vérité et la dignité qu’il faut médiatiser. C’est le temps des luttes non subventionnées, il faut tourner la page des impostures militantes.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
« Shtar Academy » : sortie sous haute surveillance d’un album de rap enregistré par des détenus
Ce projet musical unique en son genre a permis à quatre détenus de la prison de Fresnes de travailler avec les plus grands noms du rap français. Un projet de réinsertion qui pourrait subir le contrecoup de la polémique déclenchée cet été autour d’une course de karting.
par Yunnes Abzouz
Journal
Pénurie de places en lycée technologique : des élèves « oubliés » ou forcés de redoubler
Des centaines d’élèves se sont retrouvés sans affectation à la rentrée, en particulier dans les classes STMG, filière négligée par les autorités depuis des années. Alors que des lycéens n’ont toujours pas d’établissement, le mutisme du rectorat nourrit un sentiment d’abandon.
par Névil Gagnepain (Bondy Blog)
Journal — Santé
Crack à Paris : Darmanin fanfaronne bien mais ne résout rien
Dernier épisode de la gestion calamiteuse de l’usage de drogues à Paris : le square Forceval, immense « scène ouverte » de crack créée en 2021 par l’État, lieu indigne et violent, a été évacué. Des centaines d’usagers de drogue errent de nouveau dans les rues parisiennes.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — Justice
À Nice, « on a l’impression que le procès de l’attentat a été confisqué »
Deux salles de retransmission ont été installées au palais Acropolis, à Nice, pour permettre à chacun de suivre en vidéo le procès qui se tient à Paris. Une « compensation » qui agit comme une catharsis pour la plupart des victimes et de leurs familles, mais que bon nombre de parties civiles jugent très insuffisante.
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Suites critiques aux « Suites décoloniales ». Décoloniser le nom
Olivier Marboeuf est un conteur, un archiviste, et son livre est important pour au moins deux raisons : il invente une cartographie des sujets postcoloniaux français des années 80 à aujourd’hui, et il offre plusieurs outils pratiques afin de repenser la politique de la race en contexte français. Analyse de l'essai « Suites décoloniales. S'enfuir de la plantation ».
par Chris Cyrille-Isaac
Billet de blog
Nazisme – De capitaine des Bleus à lieutenant SS
Le foot peut mener au pire lorsque l’on a définitivement quitté les vestiaires par la mauvaise porte. La vie et la mort d’Alexandre Villaplane l’illustrent de la façon la plus radicale. Dans son livre qui vient de sortir « Le Brassard » Luc Briand retrace le parcours de cet ancien footballeur français devenu Allemand, officier de la Waffen SS et auteur de plusieurs massacres notamment en Dordogne.
par Cuenod
Billet de blog
Un chien à ma table. Roman de Claudie Hunzinger (Grasset)
Une Ode à la Vie où, en une suprême synesthésie, les notes de musique sont des couleurs, où la musique a un goût d’églantine, plus le goût du conditionnel passé de féerie à fond, où le vent a une tonalité lyrique. Et très vite le rythme des ramures va faire place au balancement des phrases, leurs ramifications à la syntaxe... « On peut très bien écrire avec des larmes dans les yeux ».
par Colette Lallement-Duchoze
Billet d’édition
Klaus Barbie - la route du rat
En parallèle d'une exposition aux Archives départementales du Rhône, les éditions Urban publient un album exceptionnel retraçant l'itinéraire de Klaus Barbie de sa jeunesse hitlérienne à son procès à Lyon. Porté par les dessins du dessinateur de presse qui a couvert le procès historique en 1987, le document est une remarquable plongée dans la froide réalité d'une vie de meurtres et d'impunité.
par Sofiene Boumaza