Quels liens structurent dans une société dictature et culture ?

En Écho à la parution prochaine de mes publications sur la spirale de l'indigence, je livre quelques fondements théoriques des thématiques qui reviennent dans ce récit que je porte comme une approche PoÉthique pour faire émerger, dans le shithole haïtien, un possible humain, par embrasement des imaginaires, pour aller vers un sauvetage national .

Indigence Memoire © Erno Renoncourt Indigence Memoire © Erno Renoncourt

Dans ma dernière tribune, intitulée L’indigence dans la mémoire […], j’ai glissé quelques éléments structurants du puzzle de l’axiomatique de l’indigence. C’est une manière d’esquisser les fondements théoriques qui m’ont permis de transformer, en une proposition cohérente et pertinente, cette intuition par laquelle je postule l’imposture culturelle comme une des causes racines de l’errance haïtienne.

À lire avec attention et sans préjugés

Le lecteur attentif, curieux et intuitivement agile, qui n’est pas un déchiffreur de mots et ne lit pas en diagonale, comme hélas le plus grand nombre des universitaires haïtiens, a dû chercher, au-delà de ce qui est donné, à trouver le « génome discursif [ 1] » du message dissimulé pour faire émerger le sens profond de l’ensemble textuel. Ainsi, il a sans doute décelé que ce texte, comme celui-ci d’ailleurs, avait une tonalité plus pédagogique. Ce que m’a pédagogiquement fait remarquer une fidèle lectrice, qui pense que j’ai su trouver la juste tonalité et ‘‘la hauteur de voix’’ pour porter le message sur l’apprentissage afin qu’il soit ‘‘lu avec plus d'attention et moins de préjugés’’.

Quel bonheur de savoir que ma ‘‘permanente agressivité et mon côté hyper contestataire avec des jugements et des approches violents’’ sur les gens semblent s’assagir dans une irradiance apaisée. Ô joie ! Ma flamme scripturale n’enfume plus d’aigreur.  Elle scintille et projette quelque part l’ombre réfléchie d’une lumière perçue. J’avoue, sans fausse modestie, être flatté de savoir qu’en quelque lieu, on me lit avec ‘‘attention et moins de préjugés’’. Car, effectivement, j’ai pu remarquer que la majorité des universitaires haïtiens lisaient avec inattention et avec l’esprit bourré de préjugés. De fait, ils ne lisent pas, ils déchiffrent. Si vous en doutez, voici un exemple de cas. Un brillant juriste haïtien, m’a contacté, il y a 1 an, pour commenter un de mes textes sur les défaillances judiciaires. Pendant 20 minutes, il m’a sorti une éloquente rhétorique pour contester mon jugement sur la situation judiciaire haïtienne. Avec attention, je l’ai écouté et j’y ai même pris des notes. À la fin de sa plaidoirie, je l’ai remercié et lui ai poliment demandé, s’il avait lu cette petite nuance insérée au deuxième paragraphe de la dernière phrase de la conclusion.  Il a hésité et m’a confié qu’en réalité, il avait lu en diagonale et n’avais pas tout lu. Alors, je lui ai dit d’aller lire et qu’après on en reparlera. Cela remonte à 1 an déjà, et je n’ai jamais plus entendu parler de lui. Sans doute qu’il est e train de prendre son temps pour mieux lire avant de revenir poursuivre l’échange.

Non, je ne plaisante pas. Et, croyez-moi, ce cas n’est unique. Si vous en doutez, référez-vous à mes prochaines publications sur l’indigence. Vous y trouverez des exemples de cas étonnants : De gens doctorés et diplômés qui enseignent à l’université et qui n’ont aucune méthode ; des gestionnaires qui gèrent des projets d’éducation, de justice, de santé et de sécurité sociale, mais qui n’ont ni lecture ni écriture et sont férus d’imposture. C’est au contact de ces gens que j’ai pu revisiter mes années d’errance universitaire à la faculté des sciences pour comprendre combien la déficience en lecture était un handicap cognitif culturel immense.

Et là je revois mes tourments : Quand dans mes heures creuses, sur la cour de la faculté des sciences, je me ressourçais dans un texte de Bachelard pour compenser la barbarie palpable en ce lieu scientifique, des étudiants et même des professeurs me chahutaient et me demandaient ce que j’étais venu « chercher dans ce temple de la science avec des livres de lecture ». Car, en ce temple scientifique, la grande majorité s‘intéressait davantage à connaitre les livres de référence de tel professeur pour telle discipline que d’apprendre avec rigueur et méthode. En ce lieu, farfouiller dans l’histoire des sciences pour comprendre ce qui facilitait l’émergence de la connaissance scientifique et tenter d’en faire une contextualisation sur son propre domaine d’existence pour combattre ses défaillances, c’est courir à l’échec. L’école et l’université en Haïti ne donnent pas aux apprenants et aux étudiants la possibilité de découvrir l’immense talent qui sommeille en chacun d’eux. Talent enfoui qui n’attend qu’un vrai enseignant pour prendre feu et étonner le monde. L’éducation haïtienne n’incite pas à construire du sens, on apprend à retenir et à restituer comme le blanc le dit. On ne questionne pas les limites des évidences admises pour faire émerger « un possible nouveau contextualisable ». Ici on ne cherche pas à éclairer le dissimulé et le non-dit. Ici, on restitue le réchauffé, et on se croit savant.

L’indigence vue par la méthode de CAS

J’ai eu la chance d’avoir su découvrir l’une des plus grandes tares du processus éducatif haïtien : la défaillance des activités d’écriture et de lecture. En effet, la lecture et l’écriture participent de « la construction du sens » (Demri Naïba). Ils agissent comme des capteurs indispensables aux activités cognitives complexes permettant de produire une performance. Un contact professionnel expatrié m’avait expliqué qu’il avait eu la chance de suivre un séminaire sur la gouvernance publique à Harvard University. Alors qu’il s’attendait à des théories savantes sur la gouvernance, il a été surpris de voir que les cours suivaient un processus récurrent :

  • Sollicitation des sens (observation et attention de pièces de puzzle),
  • Production d’inférence (Intuition),
  • Formulation de proposition cohérente (imagination/conceptualisation),
  • Exploitation de la proposition formulée (contextualisation, créativité, expérience, traitement),
  • Mise en débat (évaluation).

Ce n’est qu’à la fin que l’enseignant leur a fait comprendre que les problèmes politiques n’étaient que des objets idéels qui demandaient de l’attention, de la concentration, de l’imagination pour parvenir à construire un cadre cohérent et pertinent permettant de conceptualiser, proposer, contextualiser, décider, d’agir et d’évaluer pour performer. C’est depuis le contact avec cette information, en 2012, que j’ai compris que le fait que des universitaires haitiens avaient choisi de servir indignement des médiocres portés au pouvoir était une conséquence de leur incompétence, malgré leurs reluisants diplômes. Au vrai, si on ne sait pas lire pour extraire du sens dans ce qu’on lit, si on ne sait pas écrire pour produire du sens à travers ce qu’on écrit, comment, tout ingénieur, statisticien, économiste, médecin, sociologue, anthropologue, juriste que l’on puisse être, comment parvenir à objectiver, problématiser, conceptualiser, contextualiser, décider et évaluer pour performer ? Comment poser un bon diagnostic médical ? Comment concevoir une structure adaptée aux contraintes locales ? Comment modéliser des logiques sociales, économiques et humaines pour faire ressortir les variables d’action ? Comment produire une décision de justice de qualité ?  Comment faire émerger du sens, si on n’a pas, comme dit Bachelard, « le sens du problème ». Avoir le sens du problème, c’est être dans l’agitation et l’anticipation pour comprendre que « rien n’est jamais donné, que tout est construit ». Et que c’est toujours contre ce qui est défaillant, et non avec le défaillant, que le performant est construit.

Regardez les petits entre soi culturels et socioprofessionnels qui se mettent systématiquement en place dans les projets financés par la communauté internationale. On y trouve le même mode opératoire : Mobilisation de fonds internationaux autour d’universitaires ayant reçu des bourses d’études internationales pour soutenir des processus de défaillance ; copinage de formation dans les recrutements, recherche d’allégeances et de profils flexibles pour promouvoir la corruption, boycott et mise en échec de ceux et celles qui portent une voix critique et contestataire.

Or Albert Einstein nous dit qu’on ne peut pas résoudre les problèmes avec les mêmes modes (processeurs/processus) de pensée qui les ont générés. Et en Haïti, depuis l’assassinat de Jean Jacques Dessalines en 1806, ce sont les mêmes modes de pensée qui se recyclent et permettent de recycler les structures de l’indigence : Malice, Imposture, Marronnage, Indignité, Crapulerie, Cleptocratie, Criminalité. Dans ces espaces d’entre-soi coquins et malsains, il y a des incohérences et des silences qui induisent une totale perte de sens. C’est cette perte de sens qui nourrit l’indigence en autoroutant étouffant l’intelligence éthique par l’imposture dissimulant la médiocrité. En effet comment un universitaire peut-il être membre d’un parti politique qui s’appelle « Tèt Kale » et qui est en plus dirigé par des gens en conflit ouvert avec le savoir et la justice ? Où est le sens du projet politique ? Où est la pertinence communicationnelle qui doit promouvoir la vision de la performance ? Comment des universitaires peuvent-il obéir du doigt et à l’œil à un président qui n’a ni honneur, ni dignité, ni légitimité ? Comment un ministre de la culture peut-il se sentir confortable dans son rôle de gardien de la culture après qu’un président de la république eut passé des heures à gesticuler dans un spectacle public « Pete Pete w » ?  

Comment les problèmes politiques peuvent-ils être appréhendés avec des activités mentales si indigentes ? C’est Simone Weil qui nous dit que « l’obéissance à un homme dont l’autorité n’est pas illuminée de légitimité (compétence, intégrité, exemplarité) est un cauchemar ». Quel cauchemar de voir que malgré l’errance, malgré les défaillances, malgré la pestilence, les universitaires ne savent même pas trouver la dignité pour démissionner. Pour cause, ils ne sont pas des vecteurs et des processeurs de connaissance. Ce n’est pas dans les diplômes, dans les titres qu’on trouve les preuves de la connaissance, c’est dans le quotidien qui se construit par la mobilisation de cette connaissance pour traiter les informations de défaillance au moyen d’activités mentales complexes.

C’est ce cauchemar culturel appelé indigence que j’ai cartographié à travers une pédanterie Contextualisée pour Approprier le Sens d’une telle incompétence généralisée. Dans mes démarches de provocation, j’avais en 2015 proposé à des universités haïtiennes d’intégrer, dans leur cursus de formation, des modules de cours contextualisés, combinant les technologies de l’information, les méthodes de gestion de risque, les processus de structuration des données pour sécuriser les processus de la prise de décision afin de prévenir les risques de corruption. C’est là qu’est née l’idée TIPÉDANTE mise en place par Integrale de cartographier les processus organisationnels pour extraire leur ‘‘génome structurel’’ comme une brique d’Activités produites par des Décisions Nomenclaturées ou Numérisées (ADN). C’était là une manière innovante d’associer à chaque domaine d’activités de la gouvernance nationale des risques connus pour savoir les prévenir et les traiter par anticipation avant leur survenue, mais pour savoir aussi recruter en fonction du profil des candidats. D’où l’approche Technologies de l’Intelligence et Prospective Éthique pour la Décision (TIPÉD). Nous avons proposé à un ancien directeur de l’ULCC d’orienter la stratégie de lutte contre la corruption sur ce domaine préventif comme un système de management de la corruption. Ses supérieurs au ministère des finances trouvaient que ce n’était pas la priorité du gouvernement qui travaillait sur d’autres projets avec les experts internationaux. Quant aux universités, quelques-unes avaient répondu, avec suffisance, qu’elles travaillaient déjà sur des projets de robotique et d’intelligence artificielle. Car c’était pour elles cela l’avenir !

Quelle incompétence ! Quelle indigence d’entendre des recteurs d’université, des chercheurs en éducation et de doctes professeurs informatiques affirmer qu’ils vont travailler sur l’intelligence artificielle (IA) dans un pays où l’écosystème informationnel est un foutoir ! Or l’épistémologie de l’IA ne repose que sur une axiomatique de données : Volumineuses, structurées en thématiques Variées et Véridiques. Intuitivement, on voit que sans données structurées, l’IA n’est qu’une indigence automatisée. C’est justement ce que nous essayons de montrer dans notre ouvrage Humaine défaillance, la spirale de l’indigence pour tous. En outre, cette démarche de CAS, qui a été rejetée, est une méthodologie de recherche très prisée en sciences humaines et est utilisée pour étudier des phénomènes complexes nouveaux en situation réelle pour étendre les connaissances (Pierre Jean Barlantier [2]). L’étude de cas permet d’analyser en profondeur des phénomènes dans leur contexte pour faire jaillir leur potentiel de sens (Yves Chantal Gagnon [3]).

C’est la faculté des sciences de l’université d’État d’Haïti qui m’a permis de découvrir l’indigence de l’éducation et de la formation universitaire en Haïti. J’ai côtoyé de ‘‘brillants universitaires qui ont eu un parcours d’excellence’’, à la fois comme ingénieurs et statisticiens, alors qu’ils ne pouvaient ni lire, ni comprendre, ni écrire dans la langue qu’ils apprenaient. Il ne s’agit de nulle coquetterie, j’aimerais qu’on m’explique comment un tel miracle est possible de réussir avec mention des études dans une langue sans comprendre cette langue dans ses nuances structurées ?  

Structurer le débat sur l’indigence

Voilà le message qui nourrit l’axiomatique de l’indigence : partout où les activités cognitives complexes, qui génèrent l’apprentissage, sont systématiquement combattues, rejetées, étouffées, l’intelligence s’estompe pour laisser l’indigence s’imposer comme valeur incontestable. Nous avons dressé, dans une axiomatique en 5 volumes, le portrait culturel [4] de cet être à la conscience effondrée pour permettre à chacun de déterminer son niveau d’indigence et l’effort éthique qu’il devra faire, en ce qui concerne Haïti, pour œuvrer pour le sauvetage national. Mais, cela ne concerne nullement de manière exclusive Haïti.

L’indigence a une dimension universelle et tend à devenir, par la fragilité des écosystèmes, la norme qui conduira à la déchéance humaine par le biais de l’intelligence artificielle qui fera émerger, par l’inculture triomphante, une nouvelle espèce appelée l’Homo Detritus. Ce qui se passe en Haiti a tout l’air d’une expérimentation de cette indigence automatisée. On se rappellera que l’homme noir a toujours été la première victime de tous les progrès de la civilisation occidentale. Aussi, nous défendons le point de vue minoritaire que le drame haïtien n’est pas une errance isolée, mais une défaillance assistée et contrôlée à distance. On a fait errer le processus de la gouvernance en Haïti par l’indigence promue comme défaillance de la culture et effondrement de la conscience. Cela peut sembler anodin, mais dans notre délire qui fait désordre pour laisser émerger du sens, nous postulons qu’il s’agit d’une expérimentation du lien entre savoir et pouvoir. La nature criminelle d’un pouvoir est toujours en lien avec le savoir dominant en un lieu. C’est bien Foucault qui postule que le savoir donne toujours une volonté de pouvoir. Ce que Francis Bacon formulait déjà dans un éloquent énoncé « savoir est pouvoir ». Énoncé qui sera nuancé par Auguste Comte en « savoir pour prévoir, afin de pouvoir ». Une façon de montrer que le rôle du savoir est de guider le pouvoir. De sorte que quand un ministre de l’éducation nationale se met à se déhancher en plein conseil de gouvernement sur invitation ou ordre du président, il est en situation d’indigence.

Où est l’aigreur d’assumer le courage de nommer un indigent par son nom ? Pourquoi avoir peur de cibler les indigents qui gèrent les fonds internationaux alors que l’on se sent légitime pour cibler les indigents politiques ? C’est du reste pourquoi, nous étendons notre point de vue minoritaire pour dire que ce ne sont pas les structures économiques, politiques et sociales qui imposent l’indigence à un collectif. Ce n’est pas la précarité matérielle, économique et sociale qui pousse à l’irresponsabilité. C’est la précarité humaine qui permet la reproduction de la précarité matérielle à travers des structures conçues pour opérationnaliser une vision, une culture, une idéologie. C’est l’absence des valeurs de base, constitutives du matériau humain et représentatives du processus d’apprentissage, qui pousse à l’indigence. En évidant la conscience humaine de toute valeur, on rend le sujet humain disponible pour toutes les médiocrités. La connaissance émerge comme un processus résultant des luttes entre savoir et pouvoir. Si le savoir n’est plus en mesure de s’indigner de sa condition (exquise aigreur), de résister pour imprimer au pouvoir le sens de l’action, c’est l’indigence qui triomphe. C’est ce que dit aussi Albert Einstein : "C'est la personne libre et créatrice qui façonne le beau et le sublime". Autrement dit la performance politique passe par la mobilisation d’une intelligence qui se doit d’être à la fois ‘‘épistémique, pragmatique et éthique’’ (Jean-Louis Lemoigne). Ce qui exige une dignité proactive pour nourrir l'insoumission comme compétence situationnelle et contextuelle.

 Une lecture intelligente de Marx, recoupée et mise en résonance avec la pensée complexe, permet de faire luire l’éthique comme ‘‘l’ultime intelligibilité de l’humain’’ (Hans Jonas). Cela n’a rien de moral ou de religieux, puisqu’il s’agit ‘‘d’intégrer les effets de son action dans une interaction avec son milieu pour qu’ils soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine [5].’’ pour soi et pour les autres.

Au risque de paraitre arrogant, une lecture ne peut produire du sens que si elle rencontre, dans la conscience qu’elle pénètre, des états étincelants prêts à s’embraser pour faire jaillir la lumière de l’intelligence. De sorte qu’on peut lire des tonnes de livres sans jamais comprendre leur sens véritable. C’est une imperméabilité de la conscience que seule l’indigence peut expliquer rigoureusement. C’est donc dans la conscience que tout se joue, et les structures qui violentent et précarisent sont d’abord des constructions mentales qui se trouvent d’abord dans la conscience humaine. Ce n’est pas mon aigreur qui le dit, c’est Marx en personne, dans un superbe texte que j’avais découvert en philo au moment où mon esprit prenait feu au contact de la flamme d’une chandelle du maitre épistémologue Gaston Bachelard. Il y a eu logiquement résonance entre Marx, Bachelard et les vibrations de ma conscience. Cet embrasement m’a poussé dans mon cheminement à trouver en Morin le support épistémologique reliant pour que le matérialisme dialectique vibrer de tout son humanisme dissimulé par des errances de lecture.

Dans ce texte Marx compare le travail de l’abeille la plus experte et de l’architecte le plus maladroit : « Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est que le premier a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat […], préexiste idéalement dans l'imaginaire du travailleur. Ce n'est pas qu'il opère seulement un changement de forme dans les matières naturelles ; il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action, et auquel il doit subordonner sa volonté » (Karl Marx, Le capital (1867), trad. J. Roy, Éd. Sociales, 1950).

Je ne suis pas professeur de français, mais ce passage dit clairement que toute la valeur des activités humaines tient dans le fait que ce sont des activités conscientes. Il est donc permis de penser qu’en sublimant la conscience des hommes, en embrasant leur imaginaire, on peut les amener à reproduire des structures politiques moins barbares qui induiront des logiques économiques moins aliénantes et des écosystèmes moins indigents. C’est donc dans la conscience qu’il faut porter le changement, par la culture, par l’exemplarité, par la PoÉthique pour embraser les imaginaires et désenfumer la pensée pour qu’elle cesse d’être indigente.

Voilà pourquoi, je cible courageusement les personnes inconscientes qui manquent à leur mission. Ce n’est pas par aigreur, ce n’est pas par haine. C’est pour les responsabiliser dans leur rôle de garant des valeurs des structures et des institutions. Quand un brillant universitaire justifie son silence ou son adhésion face à la corruption rien que pour continuer à se maintenir à son poste et de disposer des ressources économiques pour financer les études de ses enfants à l’étranger, est-il une victime des structures du système ou un acteur conscient qui reproduit les schémas du système pour sa réussite ? Qui faut-il indexer ?  L’acteur conscient irresponsable ? Ou les structures institutionnelles qui ne sont que des mécanismes pour mettre en œuvre une vision qui est celle de l’idéologie dominante [6] ? Mais de quelles structures parle-t-on ? Comment caractériser ces structures ? Sont-elles une abstraction qui impose leur totalité immanente de manière fatale à tous ?  Les structures institutionnelles ne sont-elles pas objectivables par une culture de gouvernance [7] qui s’imprègne de l’idéologie dominante : cleptocratie, crapulerie, médiocrité, incompétence ? Ces quantificateurs d’indigence ne sont-ils pas cartographiables dans les procédés techniques qui mobilisent l’action politique et sociale pour opérationnaliser l’idéologie [8] assumée ? Comment alors les objectiver sinon qu’à travers les actes, les incompétences et les indigences de ceux et celles qui revendiquent et bénéficient de cette idéologie ?

Voilà qui nous pousse à aller vers ce débat sur les structures pour trouver les forces motrices assurant la reproduction de cette insoutenable précarité qui spaghettifie tout le corps social haïtien. C’est tout de même intéressant de voir que ceux et celles, qui demandent de porter le débat sur les structures institutionnelles et non sur les individus, sont les mêmes qui fustigent la nouvelle constitution dans les articles proposant de déresponsabiliser les ministres et les officiels du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions.  Au vrai, si ce sont les structures politiques, économiques et sociales qu’il faut fustiger dans leur totalité abstraite, pourquoi refuser ces articles si structurants dans leur approche pour invisibiliser les acteurs de crimes, de vols et de pillage contre la population ?

J’espère avoir embrasé l’imaginaire de quelques lecteurs pour les pousser à découvrir l’intégrale axiomatique de l’indigence dans son exquise AIGREUR portée par le souffle poÉthique d’une Agile Intuition Générant des Retours d’Enthousiasme Ulcérés et Régénérateurs.

C’est Morin qui nous dit que sans régénération, pas d’innovation !

[1] Une trouvaille de de notre approche par CAS en analogie avec le génome humain

[2] https://www.cairn.info/les-methodes-de-recherche-du-dba--9782376871798-page-126.htm

[3] https://www.puq.ca/catalogue/livres/etude-cas-comme-methode-recherche-edition-2271.html

[4] Voir nos publications prochaines sur l’indigence

[5] http://philocite.blogspot.com/2016/05/agis-de-facon-que-les-effets-de-ton.html

[6] Les systèmes, les idéologies, les institutions politiques et le problème de leur diffusion. Karl Loewenstein

[7] http://www.slate.fr/story/162773/avenement-cleptocratie-kakistocratie-gouvernements

[8] https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1953_num_3_4_452734

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.