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Billet de blog 15 avr. 2020

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Le Coronavirus et le management d'après !

Quelques mots venus d'un lieu de défaillance pour dire l'espérance de voir le bon sens et l'intelligence triompher au-delà de cette crise sanitaire.

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Le chaos viral

Aveuglés par des succès précaires, confortés par le silence et les acclamations des cadres managériaux opportunistes, des médias de services, des éditorialistes et publicistes à gage, des arnaqueurs de la société civile et des complicités des hauts dignitaires de la culture, plus soucieux de protéger leur emploi, leurs subventions et leur zone de confort que d'être performants, les décideurs de la planète ont refusé de voir et de comprendre que la course vers la richesse et le profit se fait toujours au détriment des principes de justice et de vérité. Cette crise sanitaire a le bonheur de nous montrer que nos critères de réussite, basés sur le clinquant et l'utile, n'étaient que des impostures. Les succès que nous avons poursuivis, souvent au détriment de notre humanité, au mépris de la dignité des autres, se révèlent porteurs de vulnérabilités et de médiocrités.

De toute évidence, il faudra repenser le monde d'après le Coronavirus pour réinventer de nouvelles formes de management tournées vers ce qui magnifie davantage l'humain, sa dignité et sa liberté. Car, il est un fait que le COVID-19 a montré les carences et les défaillances du modèle managérial actuel ; lequel est en tout point calqué sur celui de la croissance et du profit. Si au bout de notre chute, nous nous relevons, nous ne pouvons plus reprendre les mêmes pas, la même danse, sur le même rythme, en fredonnant la même mélodie. Si cela se trouve, c’est que nous n’aurons pas compris la leçon, et ce sera sans doute, parce que nous n’aurons pas assez souffert. Alors il faudra nous attendre à ce que de nouvelles chutes plus violentes, plus douloureuses viennent nous ramener à l’évidence.

C'est la théorie du chaos qui prend son sens à travers cet effondrement qui magnifie l'infiniment petit au détriment de la grandeur : c'est la dépendance sensitive aux petites causes qui révèle sa pertinence. Un petit virus qui met KO le train festif de la mondialisation a une portée pédagogique qui invite à la méditation : se concentrer sur les grandes choses en négligeant les petites, courir après le pouvoir, la gloire et la richesse en renonçant à sa dignité, à son intégrité et à sa liberté, renoncer à penser dans la critique pour être utile sont des choix porteurs de lourdes conséquences. Ces choix s'accompagnent d'une charge virulente d'impostures qui déforme la conscience et abiment l’humain pour laisser apparaitre des monstres inouïs de laideur.

La PoÉthique au-delà de l’indigence

Il nous faudra du courage pour assumer cette horrible laideur et accepter d’aller au bout de l’horreur pour nous régénérer. Il nous faudra comprendre que le NORD ne pourra pas continuer d’être prospère et en sécurité, si le SUD continue d’être de vastes shitholes livrés à toutes les expériences douteuses. C’est vers les portes dérobées, ignorées, méprisées, dissimulées que s’infiltrent toujours les sources des défaillances.

L’impuissance actuelle des réseaux de pouvoir et de savoir face au Coronavirus n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans une dynamique que nous avons entretenu par nos vilenies et par nos complicités, structuré par la surdité et la cécité dont nous faisons toujours montre vis-à-vis de la vérité quand elle heurte nos intérêts. Il devient manifeste que tout savoir et tout pouvoir confinés au voisinage de leurs certitudes, de leurs réseaux d’allégeance et d'accointances ne servent plus qu’à protéger leurs zones d’intérêt, et dès lors, ils perdent toute capacité d'anticipation, de reliance et d'agilité. Or ce sont ces valeurs qui, associées à une grande part de risque, sont les technologies de l’intelligence propices à l'action en période d'incertitudes.

Cela étant dit, au-delà du coronavirus, il faut déjà penser au monde d’après. Qu’importe le nombre de morts qu’il faudra dénombrer, qu’importe la faillite qu’il faudra acter, qu’importe la récession qu’il faudra supporter, qu’importent les souffrances que le monde aura à vivre, il faudra surtout que ce monde soit radicalement différent de celui d’aujourd’hui. Il faut espérer que le management politique sache se réinventer en sachant se distancier des intérêts financiers porteurs de défaillances collectives. Il faut espérer que le management académique et technologique sache se régénérer pour promouvoir aussi l’intelligence éthique afin de ne pas laisser l’intelligence artificielle déshumaniser les territoires de la conscience humaine. Il faut espérer que le management stratégique se tourne vers d'autres méthodes de recrutement.

Il doit être acté et tatoué dans la mémoire des décideurs que la prise de décision, que ce soit au niveau de la gouvernance publique ou de la gouvernance d’entreprise, est soumise à tant d’incertitudes et de complexité qu’elle exige la mobilisation de capacités cognitives qui ne peuvent pas être disponibles que là où il y a une intelligence turbulente et multidimensionnelle orientée vers l’intérêt collectif : Intelligence Organisationnelle, Intelligence des Affaires, Intelligence Analytique, Intelligence Éthique. Le monde de demain doit être érigé sur des infrastructures éthiques, lesquelles doivent être portées sur un socle d’intelligence centré autour de l’humain et aligné sur les perspectives harmonieuses de la nature.

En tout état de cause, il faudra dénicher de nouvelles formes de connaissances agiles et subtiles, qu’importent qu’elles soient porteuses de subversion. Il faudra se tourner vers ceux qui sont capables de faire preuve d'inflexion cognitive par leur intuition et de reliance par leur capacité analytique pour agir dans l'incertitude. Il faudra prendre le risque d’accepter les divergences structurantes plutôt que de s’aliéner les convergences aliénantes. Il faudra soutenir les réseaux d’intelligence pour réduire le poids des réseaux d’accointances. Il faudra apprendre à cultiver l’utopie au détriment de la réalité dès que celle-ci commence a devenir déshumanisante. De toute espérance, l’utopie sera toujours préservée pour être révélée quand le réel sera effondré et dévasté sous le poids de ses impostures et de ses médiocrités quand soufflera le vent des contagions.

Voilà pourquoi c'est dans les saisons de contagion, qu'il faut laisser éclater ces notes fleuries d’espérance pour distiller mille senteurs et saveurs, pour augurer ce temps précoce du changement profond. Temps d'éloquence et d'infinie PoÉthique, où viendront, par vague fugace, se nicher, en cohorte vorace, les hommes régénérés, transportés par vol d'oiseaux vers l'ivresse de la solidarité.

Mais, entretemps, que de colères inter-dites il faudra pour s'enflammer et se transporter jusqu'au bout de l'incandescence ! Que d’intelligence il faudra pour se réinventer, par-delà ses propres défaillances, pour s'extraire de l'indigence !  Par-delà la perte des morts, par-delà la douleur des survivants, bénie soit cette saison de contagion qui nous offre l’occasion de nous régénérer ! Osons réapproprier les mots sublimes du poète René Char : Quand autour de toi le monde s’effondre, ne reste pas à terre, ne marche plus dans les pas de ceux qui chutent, impose ta lumière, saisis la plénitude des incertitudes, va vers ton risque et brille des feux de tes colères ! 

Erno Renoncourt, le confiné du shithole

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