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Billet de blog 16 janv. 2022

Le congrès américain et le mystère des 7 exigences sur l’assassinat de Jovenel Moïse

Pour mieux montrer que le leadership qui dirige Haïti est bien un dealership, le congrès américain vient d'ordonner à la CIA, entre autres, de conduire l'enquête sur l'assassinat de Jovenel Moïse en veillant à satisfaire 7 exigences. Connaissant le symbolisme rattaché au chiffre 7, cet exercice nous semble être un prétexte pour un nouveau cycle d'enfumage.

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Le Big Gang © Erno Renoncourt

La mystique du chiffre 7

Qui ne connait pas la puissance symbolique, mystique et féerique attribuée au chiffre 7 par l’imaginaire collectif ?  Que ce soit dans dans la bible, dans l’histoire, dans les sciences, dans l‘aventure, le chiffre 7 revient avec une insistance qui pousse à l’impuissance : Le repos du 7ème jour. La prophétie des 7 vaches grasses mangées par les 7 vaches maigres. Les 7 prêtres soufflant dans les 7 trompettes pendant 7 jours pour abattre les murs de Jéricho. Les 7 péchés capitaux. Les 7 jours de la semaine. Les 7 merveilles du monde. Les 7 systèmes cristallins. Les 7 unités de base du système international. Les 7 collines de Rome. Les 7 voyages de Simbad le marin. Tintin et le mystère des 7 boules de cristal. Les 7 femmes de Barbe Bleue. Les 7 cases du Jeu de l'Oie. Les 7 nains de Blanche-Neige. Sans oublier l’histoire des 7 mercenaires étrangers arrêtés en Haïti en 2019 (lien) et qui ont été libérés, sur ordre de l’ambassade des États-Unis en Haïti, par le ministre de la justice d’alors du défunt, mais non regretté, président Jovenel Moïse (lien).

Et oui, la liste des données évoquant le chiffre 7 est longue et mystérieuse. Si mystérieuse que le chiffre 7 semble même symboliser dans certaines religions « un moment de basculement vers ce qui dépasse l’entendement humain » (lien). Il ne manquait qu’un fait politique associé au chiffre 7 pour que ce basculement ne soit plus seulement d’ordre théologique. Ce qui est désormais chose faite. Car, c’est vers un basculement dans l’enfumage que vient nous plonger le congrès américain en ordonnant au département d’État et à la CIA de conduire une enquête (lien) sur l’assassinat de Jovenel Moïse, et notamment en veillant à satisfaire une liste de 7 exigences.

Et Évidemment pareille information ne peut laisser personne indifférente. Déjà ceux et celles, qui réagissent spontanément au gré des informations officielles, sans chercher à les contextualiser à l’aune des signaux faibles et anticipatifs étouffés, y voient un signe fort pour la recherche de la vérité sur cet assassinat. Tandis que d’autres, pas plus avisés, voient une ingérence flagrante du congrès américain dans cette affaire.

Le basculement troublant du FBI à la CIA

Mais si l’ingérence des Américains dans les affaires internes haïtiennes est manifeste, elle ne date pas de cet acte du congrès. Car à l’évidence Jovenel Moïse agissait surtout comme employé de l’ambassade des États-Unis et du Core Group ; et de fait, il obéissait au doigt et à l’œil à tout ce que lui ordonnaient les femmes au Clito-long du club sélect des Clinton que sont Michèle Simson et Hélène La Lime. Et d’ailleurs en envoyant des agents du FBI, qui est une agence de renseignements intérieurs contre le crime, enquêter 48 heures après sur cette affaire externe au territoire des USA, les officiels américains semblaient confirmer le caractère domestique (interne aux USA) de cet assassinat. Les mauvaises langues disent que les agents fédéraux du FBI étaient de préférence venus détruire les preuves matérielles laissées par les acteurs haïtiens, qui se seraient mêlés les pinceaux en exécutant maladroitement la mission qui leur a été confiée, par voie diplomatique, de « mettre de côté » et neutraliser Jovenel Moïse pour confier le pouvoir à un premier ministre. C’est du moins ce que rapporte un ancien diplomate américain qui évoque de fortes suspicions quant à l’implication des USA dans cet assassinat (lien).

Et c’est en cela que l’ordre du congrès constitue un basculement de ce dossier vers le flou. Car on notera aussi que le congrès américain a exigé, entre autres que la CIA (office du crime international autorisé dont la juridiction est extra territoriale) prenne le relais du FBI (office dont la juridiction s’étend sur le territoire américain) dans cette enquête (lien) . Ce qui semble nous donner raison dans notre analyse quand nous avions écrit dès les premiers moments de cet assassinat que de toute évidence les agents enquêteurs seront contraints de reconnaitre que les indices collectés sur le terrain renvoient à l’équation d’un assassinat dont les variables défient les mathématiques criminelles du FBI (lien). Défier doit être pris ici dans le sens de troubler, de dérouter, puisqu’au demeurant, les informations parcellaires égrenées çà et là dans les médias, décrivaient un mode opératoire combinant les techniques de résolution des problèmes encombrants des USA hors de son territoire par ses trois agences fédérales favorites : DEA, CIA, MAFIA. Évidemment ce sont des mercenaires colombiens et haïtiens qui ont été recrutés pour exécuter le contrat. Le récit a été cousu de mains de maitre, car le réalisateur n’a pas donné à ses acteurs intermittents de la troupe la comédie des ratés du shithole les scripts complets. Pour semer la confusion et rester maitre de son récit, différents groupes étaient constitués, peut-être même les uns à l’insu des autres, et chacun s’était vu confier des rôles ambigus dans des scénarios divergents : certains étaient mobilisés pour un coup d’État le 7 février 2021, d’autres pour obtenir la démission de Jovenel Moïse et d’autres pour le neutraliser. Car comme le laisse entendre cet ancien ambassadeur américain en Haïti, cité par le journal The Intercept « Jovenel était devenu embarrassant, et le deal trouvé était de le mettre hors-jeu (‘‘Put him aside’’) pour embrasser l’option d’un premier ministre » (https://theintercept.com/2022/01/13/haiti-president-jovenel-moise-ambassador/)

L’imbroglio serait venu de la mauvaise interprétation du mot hors-jeu : fallait-il neutraliser physiquement l’homme ou neutraliser symboliquement sa fonction ? Car comment neutraliser un insignifiant, qui exécutait des ordres du CORE GROUP, sinon en l’envoyant, ad patres, retrouver celui dont il disait être le second ? Car tout en n’ayant de pouvoir réel que celui de massacrer la population par gangs interposés et de piller les caisses de cet État rendu défaillant pour être mieux assisté, cet insignifiant se faisait appeler « après Dieu » ? Et il était si insignifiant qu’il n’avait pas compris que les injonctions qu’on lui donnait, en haut lieu diplomatique et économique, pour nuire à certains membres de la mafia économique et politique haïtienne, n’étaient en réalité que des mobiles qu’on concoctait pour trouver des boucs émissaires pour son assassinat.

Le fumier des SMIC-ards doctorés

Aveuglé par son ignorance et par l’insignifiance des cons doctorés qui le conseillaient, le défunt indigent en chef du shithole s’est précipité dans le piège tendu par les diplomates du CORE Group qui voulaient se débarrasser de lui, puisqu’il était devenu gênant pour le projet de recyclage de l’indigence. Mais comme, ces diplomates, eux-mêmes indigents de souche, ne voulaient pas hypothéquer la main qu’ils ont sur l’échiquier du shithole, ils ont trouvé le moyen de prolonger le jovenelisme sans Jovenel pour garantir que le pouvoir sera remis au nouvel indigent qu’ils auront choisi. Fort heureusement, le fumier dans le shithole est abondant et foisonnant. Pour chaque motte de ce fumier qui se retrouve calcinée, il y en a un millier prêt à la remplacer, et ils viennent de tous les horizons.  Il suffit de voir le profil diversifié de ceux et celles qui sont récemment nommés, à tous les échelons du gouvernement et de l’administration, pour comprendre qu’ici la médiocrité, la corruption et la criminalité ont de l’avenir. Comme je l'ai dit à maintes reprises, la gangstérisation du pays est le reflet du dealership qui a pris possession du leadership national haïtien et dirige le pays par le biais d'un GPS erratique où Gangstérisme, Politique et Société se rejoignent pour servir les intérêts d'une certaine communauté internationale.

C’est d’ailleurs ce que certains observateurs lucides ont compris, notamment Josué Renaud, directeur exécutif de New England Humans Right Organization (NEHRO) qui a affirmé ouvertement que « Si les nouveaux arrivés au gouvernement d’Ariel Henry, n’étaient pas des brasseurs (lisez racketteurs) et avaient au moins une once de moralité, jamais, ils n’accepteraient d’intégrer un gouvernement de ce genre » (lien). Mais cela n’est pas surprenant, car en Haïti, ils ne sont pas nombreux ceux et celles qui sont au service d’une cause, d’un projet collectif ou de valeurs nobles. Ici, dans la très, très grande majorité de cas, les gens ne sont au service que de leur personne. Jamais ils ne prennent le temps de réfléchir au contexte dans lequel ils s’engagent. Car ils savent qu’avec un titre de ministre, de directeur général, c’est un poste de fonctionnaire international qui les attend au détour, al route vers une longue immunité. Ce qui nous donne en même temps une idée de l’insignifiance des organisations internationales, notamment en Haïti. Ici, chacun s’autorise à faire ce qui peut le mettre à l’abri de la précarité matérielle quitte à devenir humainement précaire et à mettre en péril le destin collectif.

Et pour comprendre l’engrenage mafieux que font tourner ceux et celles qui se bousculent à la table du succès en Haïti, il suffit de lire l’épitre aux indigents (lien) rédigé par le directeur des affaires judiciaires du ministère de la justice pour déshabiller l’actuel ministre de la justice. On notera cependant que cette correspondance incendiaire n’est pas la première du genre que des fonctionnaires révoqués, transférés ou rétrogradés adressent à quelques-uns des sinistres qui ont occupé le portefeuille du ministère de la justice pendant ces 11 dernières années. Si bien que dans le plus récent exercice dont nous disposons, l’auteur énonce le vœu de voir venir le « temps, enfin, [où] le poste de Ministre de la Justice en Haïti cesse d’être la cachette de prévaricateurs et de criminels pour devenir le repaire des honorables et incorruptibles ». Et comme dit le proverbe, qui s'assemble se ressemble ! On imagine la brochette de gangsters qui siège dans les tribunaux haïtiens et dans certaines institutions du pays.

S’il est indéniable que la rédaction et la publication de cette lettre ont nécessité un grand courage, on ne peut toutefois s’empêcher de se demander, si son auteur aurait mis son poste en jeu pour déshabiller avec tant de soin son ministre de tutelle, si le premier nommé n’avait pas été muté à un poste moins prestigieux en termes de privilèges ? D’autant que le ministre a déjà un mois et demi de service et que l'auteur de la lettre a bientôt 4 ans à son poste. Faut-il rappeler que tous les ministres de la justice de ces 11 dernières années trainent des casseroles bruyantes à leurs pieds si ce n'est à leur coup ! On se souvient qu’un ex commissaire de gouvernement près du tribunal de première instance de Port-au-Prince limogé en 2012 avait aussi déshabillé avec éclat le ministre de la justice d’alors (lien). Et plus près de nous encore en 2021, un autre fonctionnaire du parquet révoqué étalait les records du ministre de la justice d’alors : révoqué des tribunaux en 2006 pour corruption, renvoyé des tribunaux en 2017 pour incompétence, il est devenu ministre de la justice en 2021 (lien) .

Voici un court résumé du profil douteux, sinon mafieux, avec lequel la communauté internationale a dilapidé plus de 5 milliards de dollars dans des réformes de la justice de 1994 à 2021. Il est manifeste qu’en Haïti, on n’accède pas à certaines hautes fonctions sans faire preuve de grandes bassesses ou sans disposer de lourds passifs. C’est ce profil préposé à la servitude que recherche la communauté internationale pour ses succès. C’est ce profil bassement reluisant qui confortent les élites économiques haïtiennes pour conserver leur monopole sur l’argent sale. Et c’est justement cette logique d’affaires modélisée par la médiocrité, la corruption et la criminalité qui nous vaut d’avoir des élites culturelles et académiques insignifiantes.  On ne se rassemble jamais autour d'un projet sans avoir quelque ressemblance en termes d'objectifs sinon en termes de personnalité. A moins que ce ne soit des redevances en commun vis-à-vis des mêmes réseaux d'intérêt.

Les observateurs lucides ne manqueront pas de noter que la lettre de l’ex directeur des affaires judiciaires est adressée en copie conforme à tous les ambassadeurs du Core Group, comme s’il s’agissait d’une lettre de positionnement dans la course au titre pour un nouveau titulaire de ce ministère. Car la roue tourne et un nouveau gouvernement se précise à l’horizon. D’ailleurs, l’entrée en lice du congrès américain dans le dossier de Jovenel Moïse peut déboucher sur un fait capable d’amplifier la légende du chiffre 7.  Car le 7 févier 2022, il y aura 7 mois depuis que Jovenel Moïse a été assassiné par ses alliés, ses tuteurs et ses protecteurs. C’est possible que pour cette date symbolique le rapport exigé par le congrès américain soit fin prêt (enfin soit communiqué, puisque le rapport est déjà écrit). Cela permettra de faciliter une transition en douceur vers un nouvel enfumage : on sacrifiera quelques petits couteaux et quelques ambitieux. C’est possible que d’ici là l’ensemble des 6 fugitifs officiellement recherchés (Mario Antonio Palacios Palacios, Rudolph Jaar, Samir Handal, John Joël Joseph[i], Edwin Coq Thélot, Joseph Félix Badio[ii]) soient tous mis aux arrêts et qu’un scénario final soit écrit pour l’occasion pour satisfaire à minima les 7 exigences du congrès. Qui sait, peut-être qu’on apprendra qu’il y avait un 7eme fugitif ? Mais qui sera l’heureux sacrifié ?  Qu’importe ! l’essentiel est que le chiffe 7 puisse tenir un peu plus sa légende.

Et je vois déjà les titres de nos fumistes éditorialistes :

  • 7 mois après le drame, les 7 exigences du congrès américain pleinement satisfaites !
  • Les 7 assassins de l’homme banane enfin tous aux arrêts !
  • Un assassinat en cycle de 7!
  • Perpétré le 7 août par 6 + 1 salopards, résolu le 7 février par ordonnance de 7 exigences du congrès.

Et la vie, que dis-je, l’indigence reprendra son cours dans le shithole en attendant la prochaine éruption merdique. D’ici là, surveillez les personnalités qui seront nominées pour les prix, elles auront un rôle à jouer dans le prochain cycle à venir.

[i] Tous arrêtés hors d’Haïti.

[ii] Encore en cavale

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