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Billet de blog 18 oct. 2021

Republication : Lettre ouverte aux Petro Challengers

Cet article est une republication, il a été publié en novembre 2018 sur le blogue Integrale qui a été récemment victime d'un bug détruisant une bonne partie de ses fichiers. Je le republie ici pour de raisons historiques.

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Capture Ecran authentifiant article paru en 2018 © Erno Renoncourt

Lettre ouverte aux PetroChallengers:

Sortez de vos conjectures pour embrasser la conjoncture !

Chers PetroChallengers,

Je me fais le devoir citoyen de vous écrire dans cette conjoncture effervescente et cruciale pour le pays. Si je le fais, c’est d’abord parce que je crois à la vertu des échanges, au-delà des différences. Tout contact avec l'autre nourrit et structure notre humanité. Seule la médiocrité convaincue refuse les échanges. En outre, je veux miser sur l'intelligence et le pragmatisme de votre mouvement. En tenant compte des leçons de l'histoire et des enseignements du passé, il semble que vous ayez une carte à jouer pour aider le pays à sortir de cette obscurité qui l’enfume, et qui nous déshumanise tous. Il suffit de suivre l’harmonie des branches qui crépitent côte à côte pour maintenir intense et vive la flamme du feu qui éclaire : chacun doit briller de sa petite étincelle en cherchant à se regrouper à d’autres pour briller afin de porter la lumière plus loin que soi.

Comme tout observateur, j’ai suivi la naissance de votre mouvement. Et comme vous devez le savoir, j’ai, tour à tour, exprimé, mon enthousiasme pour que ce soit l’aube d’un vrai réveil citoyen et aussi mes doutes connaissant le bug collectif qui nous empêche de nous unir autour d’un projet national qui dépasse nos petites personnes ou nos petits intérêts. Puis, devant certaines stratégies sectaires, le choix de manifester uniquement les jours de fête et les dimanches afin de faire bon enfant, le refus de la conscientisation politique, l'exclusion des politiques, l'enlisement improductif et la multiplication des slogans sans formuler de vision claire et définie, oui, devant tout cela, mes doutes se sont amplifiés et m’ont poussé à exprimer ouvertement mes réserves par des questions et des prises de position aux allures de provocation. Évidemment, certains, parmi vous, ont dû, ou continuent de, me prendre pour un ennemi ; car notre culture aidant, nous ne sommes pas toujours à l'aise avec la critique et avec la vérité. L'une des médiocrités dont collectivement nous devons nous défaire dans cette Haïti dont nous voulons mais pour laquelle nous refusons de faire les alliances stratégiques opportunes pour construire.

Et c'est sur ce constat que je me permets de vous interpeller. Modestement, je crois que vous êtes en train de passer à côté d’un moment historique porteur de grandes opportunités de changement. Car, en vous désolidarisant des politiques, qui montent au créneau contre le pouvoir actuel, vous creusez votre propre tombe et vous faites le deuil de ce reveil citoyen qui ne pourra point retrouver sa crédibilité.

Il ne fait aucun doute que vos réticences et méfiances par rapport au secteur politique haïtien est justifié. En ce sens, il est urgent de construire une alternative à la médiocrité. Mais avoir raison, ne suffit pas pour avancer. Vouloir le changement ne suffit pas pour innover. Il faut pouvoir et savoir s’unir même avec ceux dont les perspectives différentes des nôtres, pour autant que cela puisse servir le collectif. Il faut du recul et de l’intelligence pour savoir composer avec d’autres afin de se projeter dans une dynamique dont les finalités dépassent les egos et les intérêts de groupe.

La vraie valeur des hommes ne tient pas dans leurs titres ou leur succès personnel, mais dans leur capacité à comprendre l'urgence de certains moments pour savoir se dépouiller de leur ego afin d'accéder à l’appel de la responsabilité et de la solidarité. A ce propos, permettez que je vous ramène à une tranche d’histoire que vous devez connaitre, mais dont la portée peut ne pas être bien assimilée. En 1989, le professeur Lesly François Manigat était au pouvoir, à la faveur d’élections controversées et illégitimes, suite au massacre de novembre 1987. Fier et orgueilleux de sa percée louverturienne, il a voulu initier une série de changement, croyant à tort que cela allait lui ramener la sympathie des prétendus démocrates et des gens de bien de ce pays. Mais, de fait, il s’est heurté à la rébellion des forces armées, agissant, comme toujours, pour le compte des oligarchies locales. Les mêmes qui nous enfument encore aujourd'hui. Isolé, face à l’armée, qui était, comme l'est aujourd'hui le PHTK, le bras institutionnel de la menace contre la démocratie, il avait appelé à l'aide l’opposition et le secteur dit progressiste de la société. Mais, dans une indifférence revancharde et cynique, les uns et les autres avaient préféré assister à la chute de l'homme à qui on reprochait son arrogance savante. L'erreur capitale est que, les uns et les autres avaient cru, dans une profonde médiocrité, que, face à un ennemi commun, la chute de celui avec qui on a des divergences pouvait être profitable aux uns ou aux autres. Ils avaient oublié que cet ennemi commun ne vit que de nos différences et de nos querelles.

 Et vous connaissez la suite, l’armée avait repris le pouvoir à Manigat en juin 1989. Lavalas a eu son heure de gloire en 1990, l’armée est entrée en scène à nouveau en 1991 avec des groupes paramilitaires baptisés Ninjas et FRAPH (avant garde de Grenn Nan Bounda (GNB) et du PHTK) qui avaient fait régner la terreur de 1991 à 1994. Puis l’armée américaine a ramené Lavalas en 1994. Puis GNB est passé par là en 2004 et les Ninjas et le FRAPH sont revenus au pouvoir depuis 2011 sou le nouvel acronyme de PHTK grâce aux accointances diplomatiques américaines. Dans cette valse indigente, nous n'avons jamais su construire l'unité stratégique contre l'ennemi commun qui par moments finance les plus soumis et plus gentils d'entre nous pour bouffer les méchants avant de revenir nous bouffer à notre tour.

Je vous ramène à tout cela pur vous faire prendre conscience de l’enjeu de ce contexte politique effervescent. Je vous ramène à tout cela pour vous exhorter à laisser vos conjectures petites-bourgeoises pour embrasser l'urgence de la conjoncture de l'heure. Loin de toute imposture, il faut assumer et amplifier la révolte de la rue. Car, la menace aujourd’hui est le PHTK. Maintenir le PHTK au pouvoir, c’est inexorablement renforcer le système mafieux et corrompu pour les 30 prochaines années. Méfiez-vous des sponsors locaux et des parrains internationaux qui vous font croire qu’en vous dissociant de la rue, vous aurez la voie libre pour 2022. Ils avaient fait les mêmes promesses à madame Mirlande Manigat en la conseillant de se dissocier de Préval et en lui promettant de la soutenir face à Martelly. Au final, débarrasser de Préval, ils avaient trouvé que Martelly était plus compatible avec leur projet antinational. Ils savent que l’intelligence a des pudeurs et des scrupules que l’indigence ignore et méprise.

Objectivement, en vous appelant à jouer à contrecourant de l’opposition, tout médiocre qu’elle soit, ils ne veulent qu’affaiblir l’harmonie de la contestation populaire, pour nous maintenir dans une division qui leur est profitable. L’histoire atteste qu’aucun mouvement citoyen ne peut aller au-delà des slogans sans accompagnement politique. Il ne s’agit pas de se soumettre à une direction politique déterminée, mais de définir des stratégies convergentes de lutte dans l’intérêt du pays, malgré les divergences. L’histoire des luttes populaires enseigne qu’il est préférable de construire le changement autour des divergences structurantes au lieu de s’aliéner des parrainages déstructurants.

Joindre sa voix à celle des autres n’est pas un renoncement à son identité et à ses nuances musicales. Et comment voulez-vous que la chorale ne chante pas faux si vous laissez uniquement retentir le grognement des ténors enroués. C’est dans la diversité des harmonies que le chant de l’unité se fait plus aigu, plus fort et plus beau. Osez dépasser cet ego que l'ennemi commun entretient pour vous tenir éloigner des gens pauvres, des déshérités des classes populaires. Ce sont eux qui, par désespérance, remplaceront à coup sûr les monstres politiques actuels, si vous ne les accompagnez pas et ne les éclairez pas de votre lumière. Et pour les accompagner, pour les éclairer, il faut dans l’immédiat une nouvelle orientation politique pour redresser l’économie et renforcer la justice en combattant l’impunité.

Le vrai problème aujourd’hui est l’incapacité de ce régime (exécutif et législatif) à se défaire de ses gages avec les mafias locales et internationales. Celles-ci sont prises de court par la bêtise de leur choix et veulent trouver du temps pour s'offrit un nouveau Martelly. Ce n’est pas l’opposition politique le problème aujourd'hui. Il faut une grande médiocrité ou une grande complicité pour croire que le PHTK peut faire le procès du PHTK et de ses sponsors. Dilapider 3.8 milliards de dollars a nécessité de grandes complicités financières locales et internationales. Si ce sont ces mêmes accointances économiques et diplomatiques qui vous conseillent de vous désolidariser de l’opposition, il est clair que c’est parce que toute alliance conjoncturelle pour chasser l’indigence PHTK peut ne leur être que défavorable.

Le pays est à un carrefour historique. Laisser le pouvoir à un régime, bien qu'affaibli, mais profondément illégitime, incompétent, crapule et menteur, ne peut que pervertir les institutions et les verrouiller sur leur face médiocre. Ce qui donnera au régime le temps de se ressourcer pour se renouveler en 2022. C’est aujourd’hui qu’il faut initier le changement. Et c’est avec une intelligence stratégique que nous devons le faire. Les leaders de l’opposition n’ont d’avenir que si l’obscurité continue de régner. Vous avez les matériaux humains pour enlever la population de leur emprise. Osez-vous engager auprès de cette population dans les rues. C’est là que tout se joue. Si vous faites preuve d’intelligence, si vous gardez votre autonomie sans vous « sectariser », si vous construisez votre leadership loin de toute accointance douteuse, vous entrerez dans l’histoire.

Mais s’engager pour le changement exige des sacrifices et des renoncements. C’est le prix pour aider le peuple à sortir de l’obscurité. Alors, dans cette obscurité, nous avons besoin de nous regrouper pour que nos étincelles portent plus loin que nous, là ou brille l'on cherche la lumière. Ne refaites pas les erreurs du passé. Résistez à l’influence malsaine des sponsors, aussi puissants qu’ils soient. Votre crédibilité est à ce prix.

La bataille pour changer Haïti n'est pas que politique, car les causes racines de nos malheurs ne sont pas politiques. La crise haïtienne est essentiellement éthique. Nous devons apprendre à nous changer nous-mêmes pour nous régénérer collectivement. Nous devons apprendre à nous unir pour affronter l’ennemi commun. Agissons avec intelligence dans une permanente éthique de la responsabilité et de la solidarité. Laissons-nous guider par la vertu de la pédagogie de la transmission. Aucune génération ne peut spontanément construire le changement. Dans le clair-obscur, où s’affrontent les monstres politiques actuels, il faut choisir ceux qui peuvent nous accompagner jusqu’à l’aube et refuser ceux qui veulent nous maintenir dans la nuit profonde.

Ce n'est plus le temps pour hésiter. La bête est à terre, ne la laissez pas reprendre des forces. Osez joindre votre voix à la rue pour initier le changement auquel vous semblez tenir. Maintenir au pouvoir un inculpé qui recrute des mercenaires pour tuer son peuple, qui livre, à des porcs comme repas, des cadavres de gens abattus dans des conditions douteuses, est une forme de déshumanisation. A vous de choisir si vous allez rester inactifs ces 3 prochains jours ou si vous allez aider le pays à vivre le challenge du changement. Vous avez le créneau pour faire l’histoire. Et elle vous jugera comme elle a jugé celle des générations passées et présente. Et plus sévèrement encore, puisque vous avez eu comme enseignement l’expérience de l’échec de leur lutte sectaire. A vous de choisir entre l’engagement et l’imposture ! N'oubliez pas que certains silences demandent de grandes complicités ou de surprenantes médiocrités.

Un citoyen haïtien indigné,

Port-au-Prince, le 25 novembre 2018

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