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Billet de blog 19 mars 2021

Dans la peau d'un chercheur

J’ai essayé de me mettre dans la peau d’un chercheur, et voici l’acte de démence que j’ai produit. J’ose croire que cette douce folie que je porte peut être contagieuse et que d’autres que moi essaieront de la mettre en œuvre un jour, pour tenter de faire germer une nouvelle écologie de valeurs et faire basculer le shithole qu'est Haïti de l’indigence à l’intelligence.

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CarteProspectiveÉthique © Erno Renoncourt

Dans son éditorial du mercredi 18 mars 2021, le rédacteur en chef du Nouvelliste découvre stupéfait, comme un Martien fraichement débarqué sur terre, qu’Haïti s’enfonce dans l‘incertitude. Et en clap de fin, le brillant analyste nous fait rappelle que le maitre blanc a les yeux sur nous et ordonne des élections pour cette année 2021, en pleine incertitude. Et prenant au mot, cette injonction, il écrit : ‘‘Deux éléments n’ont pas échappé aux observateurs : les mots ont changé, le ton a changé’’.

Pourtant, tout observateur lucide, et soucieux de l’avenir d’Haïti, aurait questionné l’horreur que préfigure une telle injonction. Comment des élections frauduleuses pourraient-elles stabiliser prétendument une crise que des élections impopulaires et illégitimes tenues en 2016 ont lourdement aggravé ?  Comment un esprit doué de bon sens peut-il encourager des élections dans un pays où les gangs ont le pouvoir de confisquer des blindés des forces de l’ordre et d’exiger d’être dédommagés pour le restituer ?

Il y a une telle indécence dans l’étalage de l’incompétence éditoriale de ce pays que cela devient révoltant et insupportable pour la dignité humaine. Mais pour inverser le cours de cette indigence, faut-il bien qu’il y ait pour cela une majorité de gens capables de s’indigner. Et comme Haïti est en pleine accélération sur la voie de la régression humaine, vers l’Homo Detritus, il n’y a pas lieu d’espérer un possible humain dans cette indigence. D’ailleurs le fait même que la mise en scène macabre de l’opération de Village de Dieu n’ait pas conduit à une révolte populaire légitime contre le pouvoir et ceux qui le soutiennent, prouve à quel point le prochain président haïtien se rapproche du profil d’un chef de gang sans plus de vernis démocratique. Car si le premier ministre d’un pays peut officiellement avouer qu’il a des relations intimes et privilégiés avec des gangs et que cela ne conduit pas à l’arrêt de l’administration publique pour exiger sa démission et celle de tout le pouvoir, c’est que les fonctionnaires ne sont pas gênés de travailler pour des gangs.  Il suffit qu’ils aient leur salaire, et le reste ils s’en foutent. Si des gangs peuvent contraindre l’État qui a le monopole de la violence à subir leur violence, comment empêcher qu’ils n’imposent leur chef comme président aux prochaines sélections que le blanc souhaite mettre en place ?

Les gangs et nous

La démence qui m’habite, devant l’indigence étouffante pour la raison et l’humain, me laisse croire qu’il y a d’autres faits plus importants à observer que la grammaticalité ou la tonalité de l’injonction du blanc. Et ces faits peuvent se formuler ainsi : le gangstérisme de rue qui impose sa loi à Haïti est le résultat d’un gangstérisme social, intellectuel, médiatique, professionnel, économique que toute la société a pratiqué pendant des années.

Tuez-moi, si vous le voulez, lancez vos gangs à mes trousses, quand vous le voudrez, mais tant qu’il me reste un souffle de vie, je le dirai : c’est la médiocrité de ceux qui ont accédé à la richesse et au savoir dans ce pays qui explique le triomphe des gangs. Toute la société haïtienne fonctionne avec un modèle d’affaires qui se rapproche de l’escroquerie et de l’opacité. Quand dans un pays, les gens n’ont pas le courage de leurs idées et de leurs convictions, c’est la corruption qui triomphe toujours. Quand dans un pays, les gens ne se solidarisent qu’avec les réseaux d’argent et de pouvoir, cela ne fait qu’amplifier les réseaux de la criminalité. Quand des universitaires, des intellectuels, en privé dénoncent la médiocrité des projets de la communauté internationale, et pourtant continuent de se vautrer vers ces projets pour assurer leur réussite et celle de leur famille à l’abri dans leur résidence secondaire ailleurs que dans le shithole, c’est du gangstérisme social. Quand des journalistes utilisent leur influence sur l’opinion pour accroitre leur business privé ou sécuriser des avantages pour leur famille, c’est du gangstérisme médiatique. Quand les banques récupèrent les devises de la population a vil prix pour les leur revendre à prix d’or, c’est du gangstérisme bancaire. Quand ceux qui sont dans les partis politiques soi-disant de gauche sont les mêmes qui dirigent toutes les petites et moyennes entreprises du pays, lesquelles font des études bidon pour le pouvoir et le secteur privé ou pire encore sont les cadres techniques des agences internationales, c’est du gangstérisme professionnel. Les laissés pour compte des villages de dieu ‘‘qui nous dévorent’’ ne font qu’utiliser, à leur tour, pour survivre les armes que l’environnement leur a donné en plus de la déshumanisation.

Comme je l’ai insinué récemment, ce texte est sans doute mon testament, car je m’attends à être lynché et abattu pour oser dire tout haut ce que d’autres murmurent en silence pour protéger leurs accointances. A 54 ans, je n’attends plus rien de la vie, sinon que l’espérance d’une utopie, d’une douce folie que cela aurait pu aller mieux, si nous avions appris à combattre, non pas les individus, mais les structures qui engendrent les défaillances. Et ces structures ne sont autres que nos écoles, nos universités, nos organisations, nos familles, notre modèle d’insouciance, d’insignifiance et d’indigence de vivre. Vivre s’accompagne d’une exigence d’exemplarité et de dignité. Quand un peuple renonce à ces exigences vitaux et humains pour un certain confort et une certaine tranquillité, il récolte toujours la médiocrité.

Alors, il faut se demander qu’est-ce qu’on peut espérer d’autre que la mort dans un pays qui tolère d’être dirigé par des gens ayant avoué, affiché et prouvé leurs complicités avec les gangsters ? Peut-on faire semblant d’avoir une petite vie professionnelle réussie dans un pays où les gangsters liés au pouvoir en place, au vu et au su de tous, lancent des opérations de vendetta contre des entreprises privées ?  Qui après la Sogener, et Universal Motors se feront taper sur les doigts par le cartel au pouvoir ? Moi je sais que l’ordre de me liquider a sans doute été déjà donné. Et cela donnera de la tranquillité à ceux qui disent ou qui trouvent que je prenne trop de place et que je parle trop. Mais, et après ? Seront-ils plus confortables, plus heureux, plus savants de bouffer la merde sans avoir quelqu’un pour leur dire que Côtoyer la puanteur tue la dignité humaine, il faut s’en distancier.

Dans la peau d’un chercheur

Mais avant que mon libéra soit chanté (si on retrouve mon cadavre), pour laisser l’indigence se repaitre tranquillement, je me laisse dire que ce ne serait pas mauvais, moi qui ai toujours assumé l’idiotie et la folie, de me mettre dans la peau d’un brillant universitaire qui constate la montée en puissance d’un gangstérisme d’état dans son pays. Car, tout en étant ce sale idiot dément, je me laisse dire qu’«il ne suffit pas de constater non plus de dénoncer mais surtout de savoir énoncer ». Car, comme expert, j’aurais surement été en contact avec de grandes théories sur la complexité du monde qui postulent que ‘‘l’intelligence n’est que la capacité de l’esprit à mobiliser le maximum d’informations pour se frayer une brèche dans les incertitudes’’ (Edgar Morin).

Alors, dans ma savante expertise, je ne me serais pas contenté de répéter Morin, j’aurais tenté de partir de son postulat pour mobiliser mes connaissances et mettre en évidence les informations de mon contexte problématique afin de faire émerger des variables structurelles sur lesquelles les décideurs et les acteurs pourraient agir. Tout en sachant, évidemment que je pourrais me tromper, j’aurais pris le risque de faire le ‘‘strip-teaser’’ pour aller à la recherche de la vérité qui ne s’obtient jamais sans agitation démentielle de la conscience. Et, comme la vérité n’est qu’une erreur rectifiée, j’aurais, fini un jour, sous le coup des essais, des expériences, des échecs et des succès, par l’éclat de mes diplômes, a trouvé le flash pour cheminer vers la brèche irradiante de l’inespéré.

Voici ce que j’aurais fait si j’étais un chercheur et si j’avais de l’influence médiatique, économique et politique pour aider à agir sur les incertitudes.

Dans un premier temps, je serais parti du constat unanime de la défaillance. Le constat partagé pour Haïti est qu’il y a un statut quo invariant que tous les régimes, toutes les innovations de renforcement laissent invariant. Alors j’aurais posé la base de ma démarche pour expliciter les ramifications de ce statu quo. Ce qui m’aurait permis de proposer une première

Carte Conceptuelle 1 © Erno Renoncourt

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Cette carte se justifie par une approche méthodologie processuelle. Car pour agir intelligemment et efficacement sur une problématique défaillante, il faut que trois conditions de base soient réunies : La connaissance des Causes de la défaillance, l’identification des Acteurs qui exploitent et vivent de ces défaillances, la disponibilité éthique, les méthodes et outils pour élaborer et formuler une Stratégie pertinente pour l'action. Dans mon intelligence contextuelle, j’aurais appelé cela une modélisation par CAS (Cause - Acteurs - Stratégie).

Manifestement, cela parait pertinent, car pour un problème donné, on ne peut agir intelligemment que si, objectivement, on peut savoir qui fait quoi, pourquoi et comment. Maitriser les dimensions d’un problème complexe exige de recourir à une approche de complexité.

Avec mes outils analytiques, cette première carte m’aurait conduit à expliciter le statu quo dans ses manifestations rigoureuses et factuelles : une instabilité cyclique qui induit un climat général de précarité poussant chaque groupe, chaque individu vers des stratégies de débrouillardise, de malice, de marronnage et d'individualisme qui sont incompatibles avec la culture démocratique et qui tuent l’intelligence collective.

Par cette modélisation, j’aurais fait émerger deux pistes objectives qui pourraient provisoirement suffire à expliciter le statu quo défaillant.

  1. L’instabilité cyclique prenant actuellement la forme d’une criminalité explosive qui rend dysfonctionnelles toutes les institutions ;
  2. L’impuissance collective nourrie par l’abandon des territoires de la citoyenneté de la solidarité et de la dignité.

Ce qui m’aurait donné cette

CarteModelisationStatuQuo © Erno Renoncourt

explicitant mieux ce statu quo indigent. On notera que ce ne sont que des hypothèses partant d’une observation et restent optimisables.

Sur la base de cette modélisation, j’aurais cherché les variables sur lesquelles la société, les universités, les organisations, les entreprises et les acteurs non étatiques pourraient orienter et influencer les acteurs étatiques. Et pour celles qui sont plus difficilement influençables localement, j’aurais proposé un pacte éthique entre les acteurs nationaux pour aller vers une démarche de risque afin de maitriser leur complexité. J’aurais insisté sur le fait que l'instabilité cyclique haïtienne n'a pas qu'une dimension politique. Ce serait une erreur fatale d’aborder cette nouvelle phase d'éruption avec les mêmes modes de pensée qui n'ont jamais apportés de solutions durables et viables. C’est Albert Einstein qui dit qu’il faut être fou (j’ajoute ou escroc) pur vouloir faire à chaque fois la même chose simplifiante qui ne marche pas. Il faut une approche plus innovante pour intégrer de nouvelles variables dans l'équation de résolution de la défaillance.

Les variables mises en évidence par ce diagramme d’Ishikawa étant de nature, de grandeur et d’impact différent, j’aurais proposé une approche de CAS pour les traiter selon leur complexité : Cause, Acteur, Stratégie. Il va de soi qu'avec intelligence, c'est-à-dire avec un savoir contextualisé, comme outil de résolution des contraintes, et transformé en connaissance, avec une conscience éthique pour des choix responsables et orientés vers l'intérêt collectif, avec courage pour assumer les risques et les conflits, on peut agir, sur toutes ces contraintes. Même sur celles qui sont d'ordre climatiques et diplomatiques. Tout est dans la nature des forces de sortie.

L’idée serait de faire émerger une prospective éthique pour la décision afin d’agir à la fois sur toutes les variables maitrisables. Et, tout en allant vers des actions politiques et économiques pour réduire la précarité sociale, j’aurais proposé aussi d’agir sur la précarité culturelle en proposant de nouveaux modules de formation basé sur les technologies de l’intelligence pour faire jaillir dans l’écosystème de nouvelles valeurs pour assurer l’intelligence des affaires afin de garantir l’imputabilité des actions par l’intelligence analytique et l’intégrité des acteurs. Voilà une démarche IA en quatre dimensions que j’aurais proposé pour sous forme d’un

CartePacteEthique © Erno Renoncourt

par les Technologies de l’Intelligence et la Prospective Éthique pour la Décision (TIPED).

Ainsi, au lieu d’attendre d’être dévoré par les monstres du gangstérisme d’état triomphant, j’aurais contribué à la formation de TIPÉDants insoumis, insolents, intègres et intranquilles pour ensemencer de la Richesse dans l’écosystème national par la multiplication de Réseaux d’Intégrité, de Citoyenneté et d’Engagement pour le Sauvetage.

Voici, l’utopie que j’aurais propagé par mon influence doctorale, si j’étais dans la peau d’un chercheur ou si j’avais de puissants réseaux diplomatiques, économiques et médiatiques en arrière-plan : Faire d’Haïti un pays RICHE par l’intégrité éthique de ses citoyens et œuvrer vers un pacte éthique pour une gouvernance responsable.  Il est médiocre de rendre uniquement les politiques responsables quand tout un pays pratique le gangstérisme et le marronnage. Mais, je ne suis qu’un sale idiot dément qui ne peut s’empêcher d’être en colère de voir que ceux qui ont les titres ronflants, au lieu d’apporter de la lumière pour les égarés comme moi dans le noir, ne font qu’enfumer la conscience collective. Si pour oser dire cette vérité, je suis un idiot et un salaud, il faut célébrer cette douce folie par l’insolence. Faites-moi assassiner pour cette arrogance de la pensée critique. D’ailleurs, il n’y a que cela qui assure la réussite dans ce pays : le complot de la malice diplômée avec l’indigence contre l’intelligence éthique.

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