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Billet de blog 25 nov. 2022

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L'imaginaire indigent : faille anthropologique drainant l’errance par GPS assisté

Les récentes sanctions internationales contre certains notables de la classe politique haïtienne ne sont rien de plus qu'un enfumage de contre feu pour masquer l’évidence : toutes les couches sociales en Haïti sont orientées par un même Gangstérisme Polymorphe Stratifié qui agit comme GPS de géo-déshumanisation par exploitation de la faille anthropologique qu’est l’imaginaire indigent des élites.

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L'imaginaire enfumé d'indigence © Erno Renoncourt

À lire les passes d’armes épistolaires et/ou pamphlétaires auxquelles se livrent certains ténors des réseaux académiques, culturels et médiatiques haïtiens, beaucoup se laisseraient presque gagner par la conviction qu’il existe un courant culturel, académique et médiatique en Haïti qui s’oppose courageusement et résiste dignement au gangstérisme politique, installé officiellement, depuis 2011, au sommet du leadership stratégique haïtien par la communauté internationale. De même, à écouter la fulgurance, la récurrence et la violence des slogans ‘‘anti système’’ qui reviennent dans les discours des représentants et des militants des multiples oppositions autoproclamées, élues ou promues, depuis la chute des Duvalier en 1987, beaucoup se persuaderaient qu’il existe un courant politique et militant qui lutte avec constance, conviction, cohérence et intelligence contre le système de la déshumanisation pratiqué depuis toujours en Haïti. Et quant à ceux et celles qui regardent superficiellement les différentes interventions de la communauté internationale en Haïti, notamment celles promues avec éclat : soit pour restaurer l’État de droit en 1994 ; soit pour soutenir le groupe des 184 et stabiliser le pays en 2004 ; soit plus récemment, en 2022, pour sanctionner quelques ‘‘laideurs’’ politiques réfractaires et quelques chefs de gangs, ils pourraient facilement s’illusionner qu’il existe une certaine faction de la communauté internationale résolue d’accompagner et/ou d’assister Haïti dans le renforcement de ses institutions étatiques dévoyées depuis toujours.

Une même tectonique convergeant vers l’errance en strates polymorphées

Mais, au risque de mécontenter plus d’uns, disons-le sans détour, ces hypothèses sont improbables et illusoires. La singulière et triste vérité, difficilement acceptable, est qu’il n’existe guère de structures constituées et organisées, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale, prenant part au rapport de forces orientant l’évolution des institutions haïtiennes, qui ne soient pas inféodées au gangstérisme multidimensionnel légitimé (Bandit Légal) dans le pays. Malgré les divergences affichées au travers de quelques rivalités bruyantes, sur les domaines politiques, culturels, économiques et académiques, les différentes tendances, qui donnent à l’écosystème haïtien son impulsion, ne forment toutes, par leur quantité de mouvement additive, qu’une seule et même plaque tectonique parfaitement synchronisée et orientée vers l’invariance.

Dans cette tribune, nous comptons prouver qu’en Haïti l’échec de toutes les luttes populaires et le dévoiement de toutes les réformes institutionnelles sont dus au fait que, dans ses différentes structures sociales constituées, l’écosystème haïtien est globalement géolocalisé par un GPS erratique qu’on appelle Gangstérisme Polymorphe Stratifié (GPS).

Expliquons-nous ! La plaque structurelle, sur laquelle s’élève le cadastre anthropologique et social haïtien, repose sur des failles séculairement chargées de précarités et de turbulences déshumanisantes. Celles-ci sont générées à dessein pour fissurer et fragmenter l’écosystème en différentes strates qui s’entrechoquent, aléatoirement et superficiellement, donnant ainsi l’heureuse illusion qu’il existe des forces contraires et opposées au mouvement d’ensemble orienté vers l’errance, comme le géolocalise dans le repère global triangulé par le GPS dominant. Mais, ceux et celles, qui sont systémiquement et contextuellement armés, savent qu’en topologie, les propriétés de certains objets sont préservées malgré les déformations continues qu’ils subissent. Alors, il faut disposer d’outils analytiques intelligibles pour comprendre que la segmentation d’un écosystème en strates polymorphées ne modifie pas les propriétés des strates résiduelles. D’ailleurs, segmenter un écosystème en strates fragmentées, s’accompagne toujours d’une décomposition du repère global en autant de repères locaux qu’il y a de strates. Ce qui a pour effet de masquer l’uniformité et l’homogénéité de l’évolution globale de l’écosystème. Mais les différentes strates fragmentées sont toujours orientées pour suivre la géolocalisation globale dictée par le GPS erratique, même si les repères locaux semblent se disperser et s’éparpiller.

Ainsi, croire qu’on peut trouver des groupes sociaux, politiques, économiques, culturels et académiques, disposant d’une quelconque influence sur leur domaine d’affaires, qui ne seraient pas complices du gangstérisme polymorphe stratifié institutionnalisé dans le pays, c’est s’illusionner qu’on puisse extraire de l’or dans les décharges d’ordures par segmentation des mots or et dures. Si l’illusion de forces politiques et sociales opposées au système de la déshumanisation est savamment entretenue et habilement répandue par les étouffoirs communicants, que forment les réseaux médiatiques, académiques et culturels, c’est parce qu’elle est une variable de structuration du processus d’enfumage des boites noires qui régule la géostratégie internationale pour Haïti.

Pour s’en convaincre, on se rappellera qu’en géostratégie, segmenter (diviser) sert toujours les desseins et les intérêts du démiurge qui veut régner. Dans le cas d’Haïti, la stratégie consiste, pour le démiurge manipulateur, à exploiter les failles culturelles et anthropologiques de l’écosystème national, pour y drainer des ressources de dépendance (titres, récompenses, anoblissement, enrichissement) et ainsi verrouiller, sur les nœuds des intérêts transnationaux, toutes les forces influentes ou appelées à devenir influentes dans l’écosystème. Cette stratégie est un puissant contre feu, en ce qu’elle permet d’invisibiliser, d’enfumer, d’occulter et de maintenir dans l’ombre tout ce qui est intelligent et qui s’agite en profondeur pour faire rayonner en surface ce qui est insignifiant et indigent. Tant que ceux qui sont influents académiquement, économiquement, culturellement, socialement et politiquement puiseront les ressources de leur rayonnement dans les marais des intérêts internationaux, ils ne seront que des étouffoirs communicants par où s’évaporeront l’énergie de l’intelligence collective et de la dignité nationale. Une perspective angoissante qui nous permet de paraphraser Edgar Morin, sous certains angles d’enfumage, qu’importe que le fumier soit économique, politique, académique, médiatique ou culturel, « c’est toujours ce qui éclaire qui demeure dans l’ombre » (Le paradigme perdu, p. 144). 

Cette stratégie de faire ombrage à l’intelligence en mettant systématiquement en opposition des médiocres anoblis est d’autant plus efficace qu’elle simule une certaine règle de signes : Moins par moins donne plus ! En effet, l’opposition des mêmes forces médiocres influentes est le plus grand verrou bloquant le changement dans le pays. En maintenant le pays dans l’invariance d’une éternelle impuissance, elle condamne le collectif à suivre l’insignifiance dominante. Ainsi, non seulement, elle pousse les gens à la résignation, c’est-à-dire à accepter la fatalité de l’errance. Mais aussi, elle incite au désengagement, à l’abandon des territoires de la responsabilité et de la citoyenneté pour se réfugier dans la culture d’une petite débrouillardise individuelle où la rupture de tout lien avec l’intérêt national est la règle prépondérante de la réussite.

Regardez les postures de tous ceux qui ont réussi en Haïti, tous vivent dans la certitude que c’est un pays qu’il faut fuir. Donc, ils ne sont qu’en transit, car c’est un lieu de déshumanisation. Rares sont ceux qui sont influents dans a culture, dans les arts, dans la politique, dans l’économie qui n’ont pas leur résidence secondaire dans des ailleurs plus stables où les attende leur famille. Pour cause, dans un écosystème, comme celui d’Haïti, qui est sous l’influence stratégique de puissants intérêts économiques antinationaux, la prolifération de forces médiocres est une aubaine pour la géostratégie internationale de la déshumanisation. C’est d’ailleurs pourquoi derrière ceux qui réussissent en Haïti, il y a les mêmes groupes d’intérêts nationaux et internationaux. Leur but est d’anoblir, d’enrichir, d’auréoler les plus insignifiants pour mieux pervertir la conscience collective en faisant en sorte que le phare qui éclaire l’écosystème soit relié au fumier de l’écosystème national pour que l’enfumage soit la lueur dominante.

Ainsi se verrouille l’écosystème haïtien sur sa face invariante d’indigence, car les mêmes nœuds qui coulissent impuissamment pour transformer la structure globale suivent le mouvement insignifiant du GPS erratique. Ainsi dans une divergence simulée, les strates culturelles, académiques, économiques, socioprofessionnelles, politiques synchronisent et convergent leur mouvement vers la même errance.

L’art de l’enfumage par contre feu

Nous allons mettre à contribution les récentes sanctions prises par la communauté internationale contre certains acteurs politiques en Haïti, pour montrer qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une stratégie de contre feu visant à masquer la convergence des forces sociales, économiques, académiques et politiques vers une même tectonique indigente sous contrôle du GPS erratique orienté par le Gangstérisme Polymorphe Stratifié. En effet, mise sous pression par sa perte de contrôle temporaire du GPS par lequel elle oriente l’errance collective haïtienne, la communauté internationale, dominée par les USA, la France et le Canada, a été contrainte de sanctionner quelques acteurs politiques haïtiens pour faire évoluer la tectonique du chaos qui stagne en Haïti, depuis février 2021, dans une impasse contre-productive pour la géostratégie internationale.

Toutefois, le profil des acteurs épinglés, par ces sanctions, indique que celles-ci ne sont qu’une stratégie de contre feu pour permettre au maître du jeu de reprendre la main sur une partie rendue caduque et sans avenir par la lenteur et l’insignifiance de la mise des acteurs évoluant sur la scène de la comédie des ratés qu’est le shithole haïtien. Pour déceler rigoureusement cette stratégie de contre feu, il faut comprendre deux choses :

  1. Les propriétés des strates polymorphées ;
  2. Le fonctionnement des automates influents.

Les strates polymorphées ont les mêmes propriétés que les classes d’objets structurés de certains langages de programmation. Elles se présentent sous différentes formes et configurations tout en étant manipulables par une interface unique. Quant aux automates influents, ce sont des acteurs sociaux anoblis, en raison de leur imaginaire enfumé d’insignifiance, d’inconscience, d’insouciance, d’indignité et d’irresponsabilité, pour jouer un rôle erratique sur les strates fragmentées de l’écosystème. La segmentation du cadastre anthropologique et social haïtien en strates polymorphées sur lesquelles règnent des insignifiants anoblis vise donc à offrir au stratège, qui contrôle le mouvement de l’écosystème, la liberté d’exploiter l’indigence comme héritage des strates pour créer de nouvelles configurations d’automates avec d’autres strates et donner ainsi l’impression d’un changement en instance d’émergence, mais qui reste improbable dans les faits.

Pour cause, l’indigence transmise par héritage à toutes les strates est une propriété qui se conserve malgré les déformations. Ainsi le stratège peut changer de configuration d’automates, dans le temps qu’il veut et selon ses besoins, sans changer la structure des strates. En conclusion, quand un automate influent sur une strate ne peut plus diffuser ou arrive au bout de son enfumage, il est soit propulsé sur une strate rivale, soit remplacé par un automate d’une strate rivale. Le stratège exploite ce faisant l’ensemble des strates, malgré leur segmentation et leur disparité, dans une même perspective convergeant vers ses intérêts.

Ceci étant posé, il devient aisé de comprendre que les automates indigents qui ont été propulsés, depuis plus de 20 ans, sur l’échiquier du succès politique et économique haïtien, ont soit atteint leur date d’obsolescence, soit ont vu leur date d’obsolescence prématurément programmée, pour permettre à la structure indigente de perdurer tout en donnant l’illusion de changer de gouvernance. En sanctionnant quelques acteurs politiques haïtiens, tant ceux des groupes d’opposition, réfractaires à ses injonctions, que ceux des groupes au pouvoir, qu’elle soutient pourtant du bec et des ongles, malgré 4 années de rejet total par la totalité de la population, la géostratégie internationale, qui pilote à distance, par GPS, le chaos haïtien, ne fait que mettre en œuvre son savoir-faire séculaire : l’art d’enfumer le monde par contre feu au travers d’une géostratégie de déshumanisation invisibilisée.  Cela sous-entend qu’elle a déjà remplacé les automates indigents qu’elle a sanctionnés et qu’elle est en train de reconfigurer les strates sur lesquelles ils évoluaient pour maintenir le rythme invariant de l’errance.

On ne peut comprendre l’évolution de l’écosystème haïtien dans son invariance sans disposer d’un repère capable de cartographier les contextes anthropologiques structurés et stratifiés pour l’errance. Souvenez-vous en 2018, il y a eu les strates de l’opposition violente et radicale face aux strates de la continuité indigente au pouvoir. Pour faire diversion, le stratège a segmenté les strates de la continuité en différentes sous-strates sur lesquelles évoluaient d’abord les Petro Challengers, puis les promoteurs de la passerelle pour un départ ordonné du pouvoir. Mais, la communauté internationale, n’a pas vu de raison de se passer d’un pouvoir qui a défendu si servilement et si prestement ses intérêts, non seulement sur le plan local, mais aussi sur le théâtre international, notamment contre le Venezuela, le Nicaragua. Alors les Petro challengers et les promoteurs de passerelle ordonnée se sont fragmentés en des strates d’opposition bouillante, alors que ceux qui tenaient, jusque-là, les banderoles des strates de l’opposition violente sont devenus les nouveaux strates conjoncturelles offrant un sursis au pouvoir.

Ceux qui connaissent un peu de thermodynamique y verront certainement là une application du démon de Maxwell : un être doté de facultés surpuissantes qui intervient sur l’information cinétique (éthique, dans le cas qui nous occupe) d’un gaz fermé à température constante et volume constant dans un récipient fermé (écosystème chaotiquement invariant) pour réguler le bilan entropique (chaotique) des molécules (strates sociales) qui s’agitent dans le récipient (écosystème fermé d’Haïti). Le démiurge stratège qui contrôle le chaos de l’écosystème haïtien sait que l’entropie des strates (niveau du désordre) ne peut qu’augmenter, s’il n’y a pas de transfert d’énergie (de reconfiguration) entre les strates chaudes et froides. Alors, exploitant les défaillances éthiques des acteurs influents sur les différentes strates sociales en activité, le démiurge de Maxwell s’assure de changer alternativement leur état de turbulence pour permettre aux plus froides de devenir chaudes, tandis que les plus chaudes se refroidissent.

Là où le démon de Maxwell a besoin de grandes facultés intellectuelles pour créer un lien entre l'information cinétique de chaque molécule d’un gaz et la température donnée de l’ensemble (entropie globale) pour traiter cette information afin de réduire l’entropie, le démiurge de la géostratégie de la déshumanisation utilise lui des ressources puissantes et illimitées, notamment financières, pour agir sur la turbulence (bilan informationnel éthique) de chaque acteur appartenant aux différentes strates de réussite dans l’écosystème national afin de faire converger celui-ci vers une même tectonique d’errance. C’est d’autant plus facile pour lui, que tous les acteurs, qui sont projetés dans la lumière de la réussite en Haïti, et qui influent sur les strates (culturelles, économiques, académiques, politiques) auxquelles ils appartiennent, sont verrouillés sur le fumier des ressources et des intérêts de la géostratégie de la déshumanisation.

N’avez-vous pas vu que tous les automates influents, qui viennent préposer séquentiellement leur service au gangstérisme polymorphe stratifié pour Haïti, ont reçu un gage en préalable sous forme d’anoblissement académique, culturel et/ou économique ? N’avez-vous pas vu que tous ceux qui ont servi la cause indigente de la géostratégie de la déshumanisation sont toujours récompensés par des promotions dans les organismes internationaux. Ils évoluent ainsi vers de nouvelles strates globales qui leur permettront d’être encore plus infamants et plus abjects qu’ils ne l’ont été pour de nouveaux rôles d’influence erratique sur les strates locales.

Difficile d’avoir un succès quelconque en Haïti et de ne pas s’aligner sur la tectonique de la géostratégie de la déshumanisation qui imprime au collectif haïtien le mouvement de son errance anthropologique. Difficile d’être influent culturellement, économiquement, académiquement, politiquement et socialement, sans ne pas avoir un endettement qui interdit toute solidarité avec la pensée critique et dissuade toute disponibilité pour l’intelligence éthique. Difficile d'être digne quand on est anobli par des gages contraignant à des endettements éthiques.

Le bug anthropologique haïtien : l’imaginaire malicieux et indigent !

Et c’est justement pourquoi nous persistons à croire et à postuler que c’est l’imaginaire indigent des élites culturelles, académiques et économiques qui fermente les adjuvants nécessaires au triomphe de la médiocrité politique. Il n’y a pas de déroute de l’intelligence en Haïti, contrairement à ce que disent les lettrés haïtiens, car il n’y a pas de forces antagoniques qui s’opposent authentiquement et dignement à l’indigence. Il y a un autoroutage des couches dominantes haïtiennes vers les raccourcis marécageux, près des lignes des basses eaux culturelles où l’assistance internationale tient toujours les gamelles de la réussite. Car la géostratégie de la déshumanisation a repéré les failles éthiques qui évident la conscience et enfument l’imaginaire culturel des couches dominantes haïtiennes. Elle a compris que c’est en laissant l’imaginaire de ces élites déracinées se vautrer dans les marécages poissonneux de la dépendance, pour qu’elles émergent dans l’indigence de quelques succès précaires, qu’elle peut garder le contrôle sur la gigantesque faille qui est au cœur de la culture haïtienne :  la MALICE nationale !

Il y a un même fil imaginaire qui se déploie dans le temps et fixe les lignes de basses eaux culturelles où l’on doit vautrer pour briller d’indignité dans la lumière, que dis-je, dans l’enfumage indigent du shithole. Et comme ces postures d’indignité viennent de ceux qui ont le succès, elles s’imposent comme climat culturel dominant transmis en héritage pour atteindre la réussite. Ainsi tout l’écosystème culturel haïtien s’est rué sur les techniques multiformes de suçage du blanc. À force de vouloir être malin, Se sòt ki bay, embesil ki pa pran (traduction: il faut être sot pour donner, et imbécile pour refuser), le collectif haïtien a creusé le fossé qui l’emporte vers les abysses putrides sous les strates de ses succès culturels. À force de jouer les opportunistes et d’accepter de sacrifier la dignité nationale au prix de quelques réussites précaires, le collectif haïtien a nourri son déracinement en survivant dans les légendes d’ailleurs au lieu de construire les siennes, pour vivre modestement et dignement. Il a sans doute oublié que le gras des ressources de la dépendance alourdit la pensée, évide la conscience et enfume l’intelligence. Car, la diplomatie internationale n’est pas une légion de bons samaritains, même quand elle met en avant l’assistance internationale, elle ne fait pas de cadeau. Partout et en tout, elle ne cherche qu’à promouvoir ses intérêts sur fond de géostratégie de duplicité. Seul celui qui cède le territoire de sa dignité est responsable de son errance et de sa déshumanisation.

Cycle de résilience maj © Erno Renoncourt

Et tant que le collectif haïtien ne peut pas sécuriser cette faille du haut de laquelle se dresse le phare qui enfume l’écosystème national, ceux qui entreront dans la lumière du succès par les rêves blancs, ressortiront toujours rayonnants de cauchemars noirs. Car, tous auront le front tatoué des lettres de noblesse de la réussite précaire par endettement éthique qui permettent au loin de déceler la posture de ceux qui ont l’imaginaire indigent : Médiocres Anoblis en Lettrés par Indignité pour Cultiver l’Errance.

Au cœur du drame haïtien se trouve l’éternelle stratégie de la malice revendiquée par le lettré haïtien comme intelligence. Le lettré haïtien est un être paradoxalement insignifiant. Il revendique l’héritage d’un passé historique glorieux qui rompt courageusement et dignement avec la servitude, mais il célèbre le succès de ses élites culturelles qui se projettent, indignement en esclaves volontaires, dans les rêves blancs d’ailleurs pour ressurgir dans une dépendance nourricière qui résonne en cauchemars noirs. Objectivement, cette culture malicieuse est la faille qui fragilise l’écosystème national.  L’impuissance qu’elle génère, par absence de résistance intelligente contre les précarités, nourrit le désespoir collectif, encourage le désengagement citoyen, promeut l’irresponsabilité collective et pousse les gens vers une débrouillardise individuelle qui empêche tout recours à l’intelligence. Ce n’est donc pas la médiocrité politique qui met l’intelligence en déroute en Haïti, c’est la médiocrité humaine des gens de culture et de savoir qui, incapables de consentir les efforts courageux et éthiques pour produire de l’intelligence, préfèrent les raccourcis vers la malice, épousent le marronnage déviant et assument la corruption et la criminalité pour vivre dans l’imposture et l’enfumage de quelques réussites précaires.

Le lettré haïtien est un être profondément affreux et malicieux. Il n’utilise ses savoirs que pour promouvoir la Crapulerie, ensemble de coup bas, de forfaits et/ou de méfaits, dans l’unique but de tirer un avantage, un intérêt qui lui permettra de sécuriser ses zones de confort ou d’assurer sa réussite personnelle. Et cela, au détriment de toutes valeurs. Ce mélange de malice et de crapulerie rend impossible toute posture authentique et digne. Le lettré haïtien, malicieux et crapule, s’interdit de traiter l’autre avec altérité et équité. Dans sa perception du monde et de la vie, l’autre n’est qu’un couillon juste bon à instrumentaliser ou à exploiter. Le lettré haïtien, rivé sur cette perception, devient donc incapable d’engagement authentique et de solidarité envers les autres. De même, il se décharge de toute interaction responsable et respectueuse envers la société, les institutions et l’environnement. Pour cet être malicieux et crapule, tout est opportunité d’affaires ; en tout et partout, il ne cherche que la faille à exploiter pour drainer ou générer des ressources pour ses projets personnels. S’il milite dans une organisation, ce n’est jamais par conviction, mais parce qu’en retour cette militance peut lui apporter un gain, un avantage auquel il n’aurait pas pu accéder autrement. Combien nombreux sont les lettrés qui avant les élections de 2017 militaient dans des groupements d’opposition ont rejoint le lendemain des résultats les groupements du pouvoir ?

En Haïti, les lettrés ne cherchent la collaboration des autres que si ceux-ci sont de parfaits couillons, bons à être instrumentalisés, ou de vils opportunistes, prompts à se dépouiller de toute dignité pour se proposer à la servitude volontaire. Ainsi, on devient, par dépendance servile, une faille au travers de laquelle d’autres peuvent drainer des ressources pour leur projet. Mais, cette posture de couillonnerie n’est pas sans intérêt, elle génère aussi des ressources. En effet, pour sa disponibilité à servir de portes dérobées pour des projets foireux et douteux, le couillon reçoit en retour de menus gages, de substantielles récompenses. Ces gages, ces ressources sont engageantes, car leur but vise à lui donner une aura, un rayonnement, un pouvoir symbolique pour augmenter son influence médiocre sur la société, sur les institutions. C’est une forme d’endettement éthique par lequel le couillon est investi d’une noblesse, pour laquelle il renonce à sa dignité et devient un insignifiant instrumentalisé. Sa noblesse n’est qu’un enfumage qui lui permet d’apporter au malicieux, qui le manipule comme faille humaine, davantage d’accès aux ressources de l’écosystème.

Voilà la relation triangulaire indigente entre malice, crapulerie et couillonnerie qui verrouille l’écosystème haïtien sur sa face médiocre, corrompue et criminelle. C’est sur elle qu’il faut agir pour libérer les verrous et permettre d’explorer de nouveaux possibles humains. Mais cela ne peut advenir que si l’imaginaire collectif devient lumineux pour s’éloigner des raccourcis en épousant le temps long de l’apprentissage et de la transmission de valeurs éthiques propices à l’éclosion d’une écologie de la responsabilité, de la dignité et de l’intégrité.

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